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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 22:33

Pour ceux qui l'ignoraient, la nuit dernière (du 30 au 31 janvier) était le point de bascule entre l'an dernier et le nouvel an, sous le signe, pour la culture asiatique, du Cheval de bois.

 

J'en discuterai un autre jour.

 

Juste dire aujourd'hui que je me suis éveillé vers quatre heures et quelque du matin sous la pression de ma vessie, enroulé autour d'un mantra : primum non nocere primum non nocere primumnonnocere primumnonnocereprimum...

 

... et autour de cette boucle l'intellect qui tourne et cherche à comprendre, car c'est son rôle, d'observer et de tirer des conclusions des phénomènes issus du mystérieux royaume de l'ombre.

 

Pas l'ombre qui s'oppose, non. On (homo, le genre humain, la foule) ne fait jamais la différence entre l'ombre et l'Ombre.

 

Sa peur native amalgame l'ombre qui s'interpose et produit les monstres, et l'Ombre féconde et matricielle dont les fruits donnent la Lumière.

 

Par peur de l'ombre, il fuit la Lumière. 

 

Cette phrase cent fois répétée cette nuit dans ma cervelle obscure, je la connais : "d'abord (avant tout), ne pas nuire".

 

Attribuée à Hippocrate, on la lie toujours à l'exercice de la médecine.

 

Personne, à part de rares oiseaux comme moi, n'ayant appris le grec classique à l'école, ne sait que le nom "Hippocrate" est un pseudonyme. Il signifie : celui qui gouverne les chevaux. En Chine, on dirait : Celui qui chevauche le Tigre. Ici : celui qui contrôle ses pulsions.

 

On parle donc d'un Maître. 

 

Le véritable médecin sait gouverner ses pulsions, et reconnaître l'inaptitude de ses congénères à gouverner les leurs, qui sont les mêmes, évidemment.

 

Hippocrate n'est donc pas un médecin, mais un Sage. Qui a acquis par sa propre expérience l'art difficile de guider les autres à travers les méandres et les écueils de leur voyage terrestre.

 

Nous voici loin de la pseudo médecine actuelle, de ses fonctionnaires-prescripteurs, et des "médicaliments", aux antipodes, même.

 

Ces mots revenant sans cesse, alors que je ne suis pas médecin, avaient un sens. Qui s'est dégagé peu à peu du brouillard de la nuit.

 

Le conseil, au médecin, à celui à qui échoit le dangereux rôle d'aider les autres à éviter les gouffres et récifs, pour les amener au rivage d'en face, c'est : avant tout, ne pas nuire.

 

A l'homme ordinaire, qui n'a d'autre ambition que d'être au plus près d'un homme véritable, alliant en lui le difficile mariage du Ciel et de la Terre, est le même : avant tout, ne pas blesser, ne pas faire mal, ne pas se laisser aller à une violente jouissance.

 

Dans ceci, un rappel indispensable :

 

Mathieu, 15 -10 : Et ayant appelé la foule, il (Jésus) leur dit:

 

11  Écoutez et comprenez: ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de la bouche, c’est là ce qui souille l’homme.

12  Alors ses disciples, s’approchant, lui dirent: Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés en entendant cette parole?

13  Mais lui, répondant, dit: Toute plante que mon Père céleste n’a pas plantée sera déracinée.

14  Laissez-les; ce sont des aveugles, conducteurs d’aveugles: et si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse.

15  Et Pierre, répondant, lui dit: Expose-nous cette parabole.

16  Et il dit: Et vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence?

17  N’entendez-vous pas encore que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, et passe ensuite dans le lieu secret?

18  Mais les choses qui sortent de la bouche viennent du cœur, et ces choses-là souillent l’homme.

19  Car du cœur viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les injures:

20  ce sont ces choses qui souillent l’homme; mais de manger avec des mains non lavées ne souille pas l’homme.

10  Et ayant appelé la foule, il (Jésus) leur dit:

11  Écoutez et comprenez: ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de la bouche, c’est là ce qui souille l’homme.

 

D'abord, ne pas nuire, c'est savoir endiguer la violence qui sort de nous, de notre bouche.

 

Éveillé sous le poids de l'urine accumulée dans ma vessie, si j'y cède, je me souille et souille ma couche.

 

Si je cède au poids de la haine qui s'accumule en moi, je me souille tout autant, et souille l'autre auquel je croyais porter secours.

 

Je suis alors mauvais médecin, moi qui pensais pouvoir servir, et n'ai fait qu'écraser l'autre par ma violence et mon mépris contre le rocher où il s'agrippait et attendait de moi aide et secours.

 

D'abord, ne pas nuire.

 

A tous les coins de rue, les coins de stage, j'entends parler d'amour, et d'amour inconditionnel...

 

Dieu, que la barre est haute, et combien peu sont capables de sauter si haut...

 

Déjà, ne pas nuire, serait un tel progrès...

 

Sept fois, tourner sa langue en sa bouche, disait-on...

 

Sept fois, afin de vérifier que la parole qui serait donnée  aurait satisfait aux sept exigences de la relation, qu'on pourrait définir par les caractéristiques des sept chakras, sept filtres vivants, toujours en mouvement, contrairement au mots du jugement, figés et rancis dans leur vilain jus.

 

Une telle parole ne nuirait pas, délivrée de toute nocivité, de tout poison, et serait un véritable élixir de vie.

 

Le premier travail, telle est la leçon de cette première nuit de l'année du Cheval : Avant tout, veiller à ne pas nuire.

 

Après, l'amour, qui est la véritable médecine vient tout naturellement. 

 

 

 

 

 

 

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 11:21

J'allais commencer mon truc par : Dieu.

 

J'oubliais que c'est un gros mot. Gros comme l'éléphant de Saint-Exupéry était un peu gros pour le boa.

 

Durant la fin du Kali Yuga (j'espère que c'est la fin, mais pour certains, ça devrait encore durer des milliers d'années, et après tout, je m'en fous, vivons l'instant), les hommes ne tolèrent pas l'idée que quelque chose soit plus grand qu'eux.

 

La phrase de Platon que j'ai citée l'autre jour : "l'homme est la mesure de toutes choses" prend un autre sens : "l'homme peut et doit tout ramener à sa mesure", comme l'illustre le mythe du géant Procuste.

 

Telle est la lecture - la démence - du monde actuel.  

 

Je reprends mon début, en gommant Dieu, ce gros mot qu'aucun boa à deux pattes ne peut plus avaler. Donnons leur des croquettes pour boas modernes :

 

L'Homme (ne pas oublier la majuscule) (et la Femme, bien sûr, ajoute mon conseiller en communication, qui n'oublie pas que les femmes composent environ les 3/4 du lectorat de ce blog), mais l'Homme c'est un générique, tout le monde a pigé, j'espère.

 

Au fait, ça n'a rien à voir, mais j'écoute en parallèle un CD vraiment extraordinaire, de Garcia-Fons, en public, une merveille.

 

Retour : je saisis le détour par Garcia Fons, parce que c'est mon sujet : Dieu Nous, les hommes, nous sommes des outils. Des instruments. 

 

J'ai eu des fulgurances, il y a maintenant trente cinq ans, j'avais écrit des poèmes, l'un s'appelait "Jus d'orage", et un autre (bien avant David Icke) : "Les mains du Serpent".

 

Notre colonne vertébrale est un reptile, c'est une évidence. L'homme est une extension du reptile, un avatar, un costume élaboré capable de transformer le monde.

 

Des esclaves, disent Sitchin et Parks, entre autres.

 

C'est un peu juste. Nous portons une autre dimension. Un autre de ces satanés rêves qui troublent ma jouissance paisible des plaisirs ordinaires de ce monde me revient : comme dans les  Verts Pâturages, j'étais debout dans une foule en robe blanche qui chantait la gloire de Dieu la, qui chantait, quoi. On a encore le droit de chanter, j'espère ?

 

A propos de chanter, avez-vous oublié que nos proches ancêtres chantaient, vos grands pères et mères, vos parents, peut-être, que les villes et les villages avaient des kiosques, des harmonies, des chorales, des fanfares, pour chanter, a minima, la joie d'exister, cette simple et extraordinaire joie d'exister qui fait vibrer toutes les élytres des insectes, s'égosiller tous les oiseaux, triquer tous les mâles, mouiller toutes les femelles de la création de Dieu dans le grand lupanar du Printemps (je ne parle pas du magasin) Divin.

 

Vous souvient-il des chanteurs des rues, des vielleux et des violonistes, oui, peut-être, parce que certains hantent encore le métro, mais il fût un temps où tout le monde chantait.

 

Le blues, ou la reconnaissance.

 

Si l'homme est une machine destinée par son créateur à bosser (j'ai pas dit : Dieu, hein. Peut-être qu'on a été tripotés par le vilain Ialdabaoth, le démiurge. Ma parole, j'en sais rien. J'ai juste décidé depuis un siècle ou deux de ne croire à rien, de tout entendre, et de me fier à la petite voix que rien n'arrête de couler), il a une autre dimension, l'homme. L'Homme, scusez moi.

 

La flèche de mon texte suit quelques méandres ce soir, j'en suis conscient, c'est la faute à mon addiction au rhum, en l'espèce un mélange judicieux selon moi de Diplomatico un peu gras et sucré et d'un cubain à 14 €, sec et mince. Après le Hautes Côtes de Beaune, ça donne un aspect fluctuant à la trajectoire, j'en conviens. L'important étant de nec mergitur, non ?

 

Zaurez remarqué que le VJ (vieillard juvénile) suit la voie du Serpent, en forme de la diabolique lettre S.

 

Le S traduit la progression de celui qui a été jeté sur Eretz (hébreu), earth (anglais), admirez que le mot soit le même pour désigner la Terre, sans autre moyen que sa cervelle. Marchant sur le ventre, comme l'escargot il expérimente et ressent toutes les difficultés du chemin. Quetzacoatl, le Serpent Ailé associe cette terrible expérience du millimètre par millimètre à l'extase de la vision d'ensemble.

 

Le serpent sinue dans un axe qui demeure son but. Ainsi progresse la connaissance humaine, toujours entre deux pôles : moins/plus, haine/amour, manque/avoir, dépression/courage, désespoir/espoir.

 

Cela, c'est la connaissance horizontale, indispensable. Elle n'aurait aucun sens si nous n'étions pas reliés à l'axe vertical, qui recueille les infos et insuffle la Vie.

 

Une machine sophistiquée qui permet à un cerveau prolongé par une moelle épinière et des membres capables d'assurer la station debout et la manipulation de l'environnement d'expérimenter l'univers sensible et d'y apporter les transformations qu'il juge nécessaires n'aurait aucun sens si elle n'était connectée à un Centre d'appréciation.

 

Que ce soit ce fameux Dieu, un Démiurge, ou des extra ou intra terrestres m'indiffère. Dans l'oignon, il y a de nombreuses couches, et "de nombreuses demeures dans la maison de mon Père".

 

Un jour, quelqu'un a planté le bulbe.

 

Et moi, modeste bulbe rachidien planté là, quand j'ai lavé par tous les moyens que m'ont donné le hasard, qui fait bien les choses, la conjoncture, la destinée, qu'importent les étiquettes, quand j'ai suffisamment lavé ma tunique, je me trouve empli de joie.

 

Quelle joie, dit le monde des rouages ?  

 

La joie (du latin Jovis, Jupiter) de l'oeuf qui éclôt, du poussin qui découvre l'espace, l'immense terrain de jeu, la joie d'être, et d'être habité.

 

Car si j'étais seul et nu, quelle joie aurais-je ? 

 

Ma joie est d'être habité. Comme une flûte est habitée par le souffle du joueur, et danse au rythme de ses doigts qui en fondent la mélodie.

 

Bien sûr, ceci n'est pas vraiment rentable, je l'admets.

 

L'Industrie, la Banque et la Sécu n'ont que faire d'instruments habités par le Souffle cosmique et qui dansent sur sa mélodie.

 

Nous sommes des instruments, comme les insectes et les oiseaux, faits pour chanter l'oeuvre de Dieu (je me lance). Beaucoup d'instruments gisent en tas, pleins de poussière. Certains s'éveillent, et balbutient, un peu gênés aux entournures, un peu rouillés.

 

D'autres ont déjà trouvé leur chant, leur sonorité particulière, à nulle autre pareille, car, dans le grand concert de la Création, nous sommes tous uniques, et jusqu'à ce qu'elle se fasse entendre, notre voix fera défaut.

 

Notre job, ici, et maintenant, est de retrouver notre voix, notre chant, notre capacité à reconnaître ce que nous sommes vraiment, de parfaits instruments entre les mains de l'Artiste Suprême qui a créé la Symphonie, le Théatre, et qui est à la fois l'Auteur, le Chef, le Joueur, et le Public.

 

Tu es Cela. 

 

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 09:48

En résonance à un commentaire récent, voici un texte qui traînait dans le placard depuis le 12 décembre. Il y dormait parce que ce jour là, les accents circonflexes refusaient tout service, et je crois bien que je l'aurais oublié, merci à DG. Le voici donc dûment chapeauté et un peu épousseté : 

 

Tuez l'ego ! est le mot d'ordre récurrent d'une foule de "sagesses" en vogue depuis un siècle.

 

L'ego (quelqu'un a-t-il son signalement ?) est le criminel le plus recherché. On veut sa peau.

 

Mais qui est-il ?

 

Quelqu'un l'a-t-il déjà vu ? C'est pour ça que son signalement est important.  Moi, perso, depuis que j'existe et que mon popa et ma moman m'ont chassé du nid, à chaque fois que j'ai essayé de l'ouvrir, des plus poilus que moi m'ont dit : oh, ramène pas ton ego !

 

D'où j'ai déduit, peut-être un peu hâtivement que le mieux était que je ferme ma gueule.

 

Les années passant, mon statut de post-ado évoluant vers une maturité un peu plus assurée, et mes contradicteurs ayant abordé peu à peu les rives de la sénescence voire du royaume des morts, j'ai reconsidéré la question.

 

Plus je la considère, et reconsidère, que s'impose à moi l'idée qu'il s'agit d'une fumisterie, voire meme d'un enfumage.

 

Imaginez une fusée qui, plutot que de reposer sur une aire de décollage bien stable, cherche à opposer la pression de ses réacteurs à un marécage, qu'adviendrait-il de ses prétentions au décollage ?

 

Les écoles de ma jeunesse, qui, pour cruelles et stupides qu'elles puissent-etre, sélectionnaient les meilleurs pour les responsabilités les plus pointues ont fabriqué une société où tout fonctionnait. Celle d'aujourd'hui, j'en ai eu plusieurs exemples ces derniers mois, est capable de perdre irrémédiablement plusieurs courriers dans un seul département en moins de trois mois.

 

Est-ce là la vertu de l'absence d'ego ?

 

J'ai eu - et Mme VJ aussi 20 ans plus tard - l'expérience intime de la reconstruction d'une colonne vertébrale à partir des matériaux de la carapace. J'imagine que d'autres que nous savent de quoi je parle.

 

Qu'est-ce que ce nouvel axe, sinon un ego ? Une affirmation de la structure indispensable à tout etre vertical ?

 

Que serions nous sans axe ? Des méduses ?

 

Que voulez-vous de vous ? Etre une méduse, ou un être humain ?

 

Protoplasme agité par la mer ou les pulsions primaires, ou debout, choisissant à quel vent prêter votre voilure ?

 

L'ego, si vous me permettez de contrevenir à ce que vous entendez depuis si longtemps, c'est ce qui vous lie au mât. Ce qu'on vous chante à propos de ce maudit ego, c'est ce que chantaient les fameuses sirènes à Ulysse, qui a du se boucher les oreilles et se faire lier au mât de son navire, justement, à l'axe vertical, pour y échapper.

 

L'ego, c'est l'adhésion au mât (qui sonne comme maturité). L'homme est le seul animal capable de se redresser, pour devenir son propre axe. Les sirènes ont pour but de le maintenir dans l'animalité.

 

Les philosophies qui appellent à tuer l'ego concourent à un seul but : garder le troupeau tel quel, comme le géant Polyphème, à l'oeil unique, gardait ses moutons au fond de sa caverne pour les dévorer.

 

Ulysse, lui-seul, en est sorti, en se nommant lui-meme : Personne. 

 

Les anciens alchimistes auraient dit : ouvre tes oreilles, car voici la finesse : Le véritable ego n'a pas à être tué, car il n'est plus personne.

 

Quand l'ego est totalement constitué, et c'est une nécessité vitale, pour la suite (dans le mythe d'Ulysse, le retour au monde d'origine), il n'y a plus d'ego.

 

Vouloir le tuer avant qu'il soit formé est donc une entreprise criminelle, contre-initiatique, au sens guénonien, comparable à ce qu'est l'avortement.

 

Soyez ce que vous êtes, sans honte. Soyez ce que vous êtes destinés à être depuis l'aube des temps, affirmez ce que vous êtes, prenez le pouvoir sur le doute et les contradictions, devenez Un, monos, et de ce Un, faites le serviteur de l'Oeuvre.

 

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 21:31

Piqué sur le BBB, tellement bon, tellement vrai, tellement sensé que je ne peux pas ne pas le diffuser instantanément. Ça me rappelle le lait que je buvais gamin, direct du seau en plastique, déjà, vers 1960, où flottaient sur la mousse les écailles de bouse séchée autour des mamelles de la vache placide que trayait l'ouvrier de mon père.

Et, les gars, je puis assurer que comme George Carlin, je ne suis presque jamais malade.

A part les maladies de civilisation, les douleurs chroniques, qu'un jeûne d'une semaine, un simple jeûne de rien du tout a balayé.

 


 
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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 12:18

Je ne suis pas fan de Laura Knight-Jadczyk, que j'ai du mal à lire, mais je lui suis reconnaissant de la clarification qu'elle a opérée en créant le concept duel : service de soi (SDS) et service des autres (SDA).

 

Cette simple opposition renverse d'un coup tout ce que nos esprits pollués par de mauvaises lectures, des éducations poussiéreuses ou craintives et la propagande de tous les partis, qu'ils soient spiritualistes ou matérialistes.

 

Au diable le bien et le mal, le bon et le mauvais, l'ombre et la lumière, ces paires d'opposés toujours difficiles à cerner, à délimiter.

 

Il n'y aurait que ces deux attitudes possibles : service de soi, ou service des autres.

 

Et puis, à la réflexion, ça se complique. On connaît tous des gens empressés à servir les autres, pour qui c'est un moyen inconscient et détourné de servir leur propre image, de se vouer un culte. Seigneur, vois comme je suis bon.

 

Ne désespérons pas, il y a une sortie : le service de l'Univers. Ou service du Tout, ou de Dieu, pour les amateurs.

 

L'Univers est en moi, le Tout est en moi, comme je suis en LUI/EUX. Microcosme et macrocosme sont les deux faces imbriquées du même mystère qui est moi et l'autre.

 

Si ça reste une notion intellectuelle, certes, c'est inopérant.

 

Dès lors qu'on le vit, ne serait-ce qu'un instant, ou par bribes, il est facile de comprendre que tout ce que je fais de façon consciente est exactement ce qui doit être fait à cet instant précis et sert donc l'Univers entier, le Tout, dans toutes ses parties.

 

A cet instant, je suis au service de moi, et au service des autres. Il n'y a plus d'ombre.

 

Essayez, vous saurez.

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 11:44

Il y a des mots qu'on ne devrait pas prononcer.

 

Dans une nouvelle de Dino Buzzati, " L'écroulement de la Baliverna", il y a quelque chose comme ça : un type tire sur un bout de ferraille anodin, qui lui semble anodin dans une énorme construction, et tout s'effondre.

 

Le mot, c'était : loyauté. Dans la voiture, dans la nuit de pluie ruisselante et les phares, et Axiom of Choice en boucle, notre passagère a dit à Mme VJ : tu es l'image de la loyauté.

 

Des mots qui vont d'une bouche à une oreille. C'est pourtant simple. Ça devrait s'arrêter là. Mais non. C'est comme des guêpes foreuses, ça continue, ça fait son trou, ça cherche un nid, puis ça déboule, et ça s'installe, et ça prend tout l'espace. 

 

Cette après-midi (c'est féminin, une après-midi de dimanche, non ?), alors que nous nous balancions dans nos fauteuils devant le feu, Mme VJ demande : "C'est quoi, la loyauté ?"

 

"Si on m'interrogeait, continue-t-elle, sur quelque chose que j'ai promis de ne pas répéter, je crois que je me sentirais obligée de dire la vérité".

 

Il faut éclaircir, laver, et rincer tous les mots, et les notions qu'ils recouvrent. Tous les jours, aussi souvent que nécessaire.

 

J'ai conseillé à Mme VJ de revoir le film " L'Armée des ombres".

 

Loyauté n'est pas synonyme de vérité.

 

La vérité n'est pas de ce monde.

 

Bien des hommes croient sincèrement à des vérités différentes, voire opposées; ce n'est pas une trahison, ni un mensonge, c'est un fruit de la dualité.

 

Le simulacre humain de justice qui réclame du témoin qu'il jure dire "toute la vérité, rien que la vérité" est honorable, certes, mais inefficace, presque stupide, dès qu'on se souvient de la relativité des hommes.

 

En toute sincérité, chacun est partial et ne peut livrer que sa propre projection d'un événement. On sait que dix témoins de bonne foi donnent dix versions différentes d'un même accident, et qu'un peu de persuasion suffit à les convaincre d'en changer, toujours en toute bonne foi.

 

Lorsque l'intérêt s'en mêle, et le mensonge délibéré, qu'importent la vérité et le serment, puisque le témoin aura décidé de fouler aux pieds sa propre sincérité ?

 

La vérité plane très haut au dessus des chiottes de ce monde.

 

La loyauté, par contre, c'est la base d'un contrat entre deux parties. L'une révèle un "secret" à l'autre, en lui demandant de ne pas le répéter.

 

Deux options, immédiates, et c'est fondamental : refuser le colis, répondre qu'on n'a pas envie de porter des secrets qui ne nous appartiennent pas, et c'est sain et très simple : il suffit de dire non. Car bien des gens s'empressent de vous confier des horreurs qu'eux-mêmes n'ont pas envie de porter, et risquent de vous soupçonner voire de vous haïr si d'aventure leur propre indiscrétion, ou celle de l'un des baudets qu'elles auront chargé de leur colis finit par faire tache d'huile.

 

Moi perso, j'ai horreur des "secrets", de ce que les gens veulent à tout prix me confier (à moi, parce que je me trouve là par hasard, comme n'importe qui, auquel ils auraient demandé la même chose) leurs petites saloperies, ou pire, celles qu'ils imputent à d'autres et qu'ils ont surpris; je refuse depuis toujours de partager ces fameux secrets qui en fait sont presque toujours des cochonneries assez ordinaires.

 

Mais, supposons qu'une fois, par faiblesse, je me sois laissé corrompre, circonvenir, et que j'ai recueilli l'un de ces fameux secrets. Alors, je me suis engagé.

 

Moi, et personne d'autre. Ce n'est pas du domaine de la vérité, changeante, planante et impossible à cerner. C'est un contrat signé ici-bas entre deux personnes, ou plus si j'appartiens à un cercle de conspirateurs.

 

 

Que ce soit important ou non (à mes yeux), c'est invariable : aussi longtemps que je ne serai pas délié par la partie envers laquelle je me suis engagé, son secret restera mon secret.

 

Qu'importe qu'elle-même raconte partout ce qu'elle m'a juré de ne pas révéler. Pour moi, c'est toujours un secret.

 

Si "JE" est un autre, le "je" qui s'est engagé à ce moment-là doit perdurer. Dans ce cas précis, JE est bien je. Ou l'inverse.  

 

C'est cela, la loyauté. Une forme de permanence, d'incorruptibilité.

 

 

Il y a des mots qu'on ne devrait pas prononcer, disais-je. Mais si on n'en parlait jamais, on n'aurait pas l'occasion de faire le point sur des notions essentielles.

 

Il est donc absolument important qu'entre amis véritables, de ceux qui doivent tout dire, et se dire, tout soit dit, jusqu'à la plus petite chose, car la plus minuscule poussière peut cacher la plus dangereuse menace. 

 

 

 

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 11:54

Titre inspiré d'un commentaire de M. Ned et d'une discussion avec Mme VJ, cette source intarissable de sagesse toujours marquée au sceau de l'expérience.

 

La chair, considérée comme l'aboutissement de l'incarnation, est l'interface entre les molécules émanées de l'Être Unique après l'explosion que les kabbalistes appellent : Tsim Tsoum, et les scientifiques : Big Bang, et les différentes strates de l'Esprit immatériel qui peu à peu se concrétise et se solidifie.

 

Le phénomène (en grec, apparence de ce qui vient à la lumière, ce qui se révèle à la perception) de la chair, même s'il tombe sous le sens, ou les sens, qui sont en ce temps le seul vecteur, ou le plus immédiat de correspondance entre les humains perdus chacun sur son îlot, le phénomène de la chair, tout entier dans l'apparence, visuelle des formes, olfactive des phéromones, dans le velours des voix traduit tour à tour le désir et le rejet.

 

Ce que les anciens poètes ont traduit à leur manière.

 

La chair est périssable, et l'amour de la chair tout autant. Les gastronomes les plus réputés ont fini aux tisanes drainantes, et les amants légendaires grabataires, objets de répulsion.

 

La chair, le corps, en français actuel, n'est selon la Tradition que la nième couche de plus en plus épaisse de la racine du Réel.(Noter au passage l'adéquation entre le français couche et le sanscrit kosha, alors que d'après l'étymologie officielle, on aurait affaire à deux racines différentes).

 

Dans cette perspective, la "libération sexuelle" du milieu du XXème siècle qui a consisté à encourager les générations impressionnables, au nom de la liberté à multiplier les rencontres sexuelles ressemble plus à une tentative de dispersion, une continuation du Big Bang séparateur qu'à une réintégration.

 

Sans la moindre connotation moralisatrice, et pour employer un terme connu, on pourrait dire, pour désigner ce mouvement centrifuge dire : "satanisme".

 

Dans la même optique, seule une réunion des âmes dans ce qui précède la chair, donc dans leur origine commune peut servir à la réintégration, pour dire le voyage de retour des âmes émanées vers leur soleil émanant.

 

De la périphérie vers le Centre. Ce que font les incroyables saumons de retour vers le lieu de leur naissance. 

 

Autrement dit encore, j'insiste parce que c'est véritablement LA seule question qui (m')importe : retourner au centre implique que l'on reconnaisse les âmes soeurs, et que pour notre réunion nous abandonnions les bénéfices extérieurs, immédiats, palpables, charnels, qui attirent de plus en plus loin vers l'extérieur, au profit de l'essentiel, lequel ramène au centre commun.

 

Techniquement, c'est privilégier le souvenir plutôt que la curiosité.

 

Chacun peut voir que l'ensemble des media fait constamment l'apologie de la curiosité, érigée en vertu.  

 

Le désir sexuel, pour faire simple, n'a pas forcément de rapport avec les affinités réelles.  

 

Le désastre familial ambiant en est un exemple criant.

 

Les baiseurs de 1968 en sont un autre : la plupart vieillissent seuls et amers, quand leurs parents qu'ils tenaient en mépris ont souvent surmonté de multiples épreuves en restant unis jusqu'à la plus profonde dégradation physique et mentale.   

 

L'époque actuelle est encore pire, si possible : des femmes (en français orwello-peillonien : mammifères dotées de mamelles injustement efficaces) de plus en plus nombreuses s'insurgent contre le fait qu'elles auraient à allaiter, tâche jugée dégradante, presque dégueulasse, imputant sur le temps de repos défini par la loi et susceptible de porter atteinte à l'image si précieuse de leur corps qu'elles rêveraient toujours adolescent, dégradante aussi bien (ou mal) que la grossesse, qui fait de toute nymphe une bonbonne explosive et suintante ; d'où l'on verra certainement sous peu des avocats positivistes assigner Dame Nature aux fins de la voir condamner pour discrimination. On l'a rêvé ? Nul doute que Taubira le fera, ou l'un de ses clones. 

 

Une fois fait l'inventaire des charmes de la chair, après avoir beaucoup baisé, s'il faut le dire ainsi, l'être humain pas tout à fait abandonné de Dieu, ou de sa Source généreuse et compatissante s'aperçoit que ce qui compte ne réside en aucun cas dans l'attraction superficielle des humeurs.

 

Mais bien dans le ou les stades qui précédent l'incarnation ; que les Anciens, par exemple les Indiens des temps passés désignaient par exemple par l'attraction astrologique des temps et lieux de la naissance, qui présidait aux unions.

 

Cela dit, le temps présent, dont le désordre apparent est souvent ressenti comme un signe extérieur de pauvreté me semble riche et fécond.

 

Peut-être parce que j'ai la chance d'avoir participé avec bonheur à ce qu'on appelle une "famille recomposée", et assez complexe, et parce que cette "fausse" famille est devenue un vrai centre de force et d'affection mutuelle, malgré quelques cahots, je crois que, comme au rugby, tout essai peut être positivement transformé.

 

Tout dépend de l'équipe, et de sa motivation. Quand l'un flanche, tous se portent à son secours.

 

L'apparent échec sociétal des couples basés sur les phéromones et l'automatisme des relations hasardeuses peut être sublimé par l'expérience des échecs intelligemment compris et assimilés, la connaissance des véritables attirances, basées sur les relations invisibles et pourtant sensibles des affinités secrètes, que la Tradition nomme : AMOUR, ou ANIMAE OPERA, l'Oeuvre ou le partage des âmes, ou ANIMAE AOUR, la Lumière des âmes.

 

C'est pourquoi de l'échec de couples primaires peuvent naître la réussite de couples plus mûrs, fondés non plus sur le vernis des apparences, mais sur les ressorts profonds des affinités réelles.

 

Le vrai amour, dans ce monde terminal ne se fonde pas sur l'aspect, la surface, la peau, la sueur. Au contraire, l'amour doit surmonter la sueur, qui a une odeur âcre et spécifique. L'amour surmonte.  

 

Ne me croyez pas sur parole - et je ne suis pas le Bouddha, juste un petit reflet dans un miroir de poche - expérimentez simplement, si vous ne l'avez pas encore fait, ce que j'affirme, et peut-être que votre expérience différera de la mienne : la relation qui nait du frottement des peaux et des humeurs est comme un feu de paille, qui brûle vite et laisse désemparé face au froid glacial de la solitude.

 

La chaleur discrète et douteuse qui s'assemble parfois difficilement et lentement à partir des relations timides, et cependant audacieuses, aventureuses,respectueuses et progressives de deux êtres désireux de ne rien imposer l'un à l'autre peut ressembler, en comparaison pour une âme neuve et ardente, à une bouillotte de vieillards, je l'admets.

 

Cependant, c'est ici que gît la vertu secrète, l'aimentation, disaient les anciens alchimistes, qui rassemble les parties disjointes de l'Un primordial.

 

Ce n'est pas Madame la Chouette qui hulule depuis dix minutes (il est 23 h 35) qui me contredira, je crois. 

 

 

 

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 07:07

Avertissement au lecteur  Le texte ci-dessous, trouvé en 2036 dans une liasse de documents achetés avec un lot de livres en salle des ventes, sans indication qui puisse en indiquer l’origine relate une sorte de rupture, de crise libératrice intervenue dans l’existence de l’auteur ou d’un personnage fictif dont il parait être le modèle, le jour de ses trente ans. L’auteur restant inconnu, aucune donnée biographique n’a permis de savoir si cette rupture a persisté après sa survenue. Le fait que la rédaction semble pouvoir être située une trentaine d’années plus tard semble cependant le confirmer. D’après les indications chronologiques, l’auteur aurait pu naître dans les années 1950. L’analyse des documents et des livres qui accompagnaient ce texte donnent à penser qu’il aurait pu être rédigé entre 2010 et 2015. L’histoire a semblé suffisamment curieuse, d’un point de vue sociologique, pour être publiée, car elle expose quoique d’une manière plutôt élusive et moraliste les frasques d’un milieu bourgeois hédoniste et décadent des années 1980. L’auteur entre parfois dans des considérations plus ou moins théologiques assez ennuyeuses, que nous avons choisi d’imprimer en italiques afin que le lecteur puisse les sauter s’il le souhaite sans perdre le fil du récit.   

     

 

 

C’est l’heure

 

Une fête de plus. C’est comme ça qu’on appelait nos rassemblements. Des fêtes, des fiestas. Comme ce soir, ça commençait à la nuit tombante ou tombée. Le soleil nuit au teint blafard des vampires, chacun sait ça.

 

J’avais pris le temps de m’éveiller lentement, de rassembler les bribes fuligineuses d’un rêve qui s’occupait d’un autre lieu, d’un autre temps, puis d’y renoncer, comme toujours. Ce qu’il reste des rêves me fait penser à ce qu’il resta d’un bouquet de coquelicots que j’avais, enfant, couru apporter à ma maman, ma chère, tendre et si belle maman que je n’avais pas encore eu l’occasion de haïr ou de mépriser, un jour de fête des mères : des tiges dans ma main. Les pétales s’étaient envolés au gré de ma course, comme s’envolent nos rêves.

 

La conscience d’une nouvelle journée, ou d’une prochaine nuit, vue l’heure déjà tardive et l’éclat rougeoyant du soleil à travers les épais rideaux, franchit les dernières redoutes de l’assoupissement.

 

Restait à me lever, et à me préparer pour la fête.

 

La fête, c’est ainsi qu’on désignait ces fastidieuses cérémonies toujours semblables, sorte de rituel poussiéreux destiné à oublier la brûlure ou l’ennui de l’existence.

 

Ça marche d’ailleurs très bien. J’ai vu des fantômes à l’allure humaine traverser les années un verre vissé à la main en ricanant et crever sans qu’aucune larme ait jamais semblé sourdre de leur faciès figé dans le vieux cuir.

 

Après les fatigants et méticuleux préparatifs nécessaires à transformer un vampire blafard en prince plus ou moins charmant, après quelques verres d’alcool comme aiguillon, je fus prêt.

 

Les fêtes se déroulaient là où elles ont toujours eu lieu, de tous temps : dans de fastueux palais ou des nids d’aigle tortueux et croulants, dans des jardins sombres et moites ou dans des criques, baignées de vagues tièdes, ignorées des badauds car ces plaisirs secrets ont intérêt à le rester.

 

Plaisirs secrets et vénéneux, triplement vénéneux : par le poison de la débauche, dans le commencement, et dans ceux du dégoût et de l’ennui, à la longue. Car ces plaisirs prennent à la longue un mauvais goût âcre, acide, et rance, qui rappelle celui du vomi.

 

L’enfer a toujours un goût de paradis avarié, l’expérience me l’a montré. Mais je n’ai jamais pu me résoudre au paradis. C’est toujours cette vieille exigence aristocratique qui m’en éloigne : comment survivre à l’encombrement des masses, à leurs plaisirs vulgaires, à leurs rires gras, à leurs tissus adipeux secoués de soubresauts, à leur absence presque totale de caractère ? Leurs haines et leurs discordes s’éteignent au deuxième verre.

 

Dans mon monde à moi, les rancunes survivent à la fin du monde. Si les alliances sont mouvantes, et tout le monde le comprend, car l’existence des ombres est fragile et délicate, certains affronts, certaines volte face, certains abandons sont de véritables déclarations de guerre, et l’engagent sans limitation de durée.

 

Le paradis est un monde bourgeois, de petits propriétaires. L’enfer est pour les âmes exigeantes.

 

J’ai donc choisi l’enfer.

 

Et l’enfer commence ici. Ici, et maintenant, dans ce petit carré de terre, d’eau, d’air et de feu, ajoutons-y l’esprit toujours fécond et sensible pour faire bonne mesure, c’est ici que se déroulent les fameuses fêtes que nous nous donnons, au grand scandale des bourgeois soucieux d’épargne et de tous les bondieusards.

 

Ça commence comme toujours : des voitures sont déjà garées, d’autres arrivent. Des types sortent, et des femmes. Certains sont ridicules, peu importe. Ce qui compte, c’est leurs femmes, la nourriture du jour. Certaines sont moches, bancales, bancroches. D’autres stupides et caquettent et rient haut comme de la volaille. D’autres luisent comme des phares, tant elles se sont roulées dans la graisse et le suint des cosmétiques.

 

Parmi elles, il se trouve toujours une perle encore diaphane, ou, à défaut, un démon souple et narquois, qui sera la rude et délicieuse compagne d’un instant de guerre des épidermes et des egos.

 

J’ai choisi les femmes, parce qu’elles recèlent un mystère qui m’échappe, toujours et toujours. Je sais tout des hommes. Le masque des homosexuels est une mascarade, qui ne cache qu’un mystère relatif, celui de leur impuissance à affronter le profond mystère féminin, leur peur.

 

Les femmes me le rendent, puisque nombre d’entre elles m’ont choisi, elles aussi. Pour être tout à fait franc, des homos m’auraient choisi aussi, mais je reste maintenant fermé à leurs avances, qui au mieux m’indiffèrent ; car, je l’avoue, j’ai eu dans ma prime adolescence deux ou trois aventures de la sorte, qui ne m’ont pas retenu.

 

Les voitures arrivent, conduites par des mecs pomponnés selon leurs critères de séduction – souvent rasés de quatre jours, ce qui m’étonnera toujours, car c’est tous les jours qu’ils sont rasés de quatre jours – et de ces voitures toutes plus rutilantes les unes que les autres, à part celles des vieux bringueurs ou des anciennes hétaïres fauchés qui se sont peut être invités d'eux-mêmes; des nuées de femmes s’en échappent, dans un arc en ciel de couleurs, des sarabandes d’écharpes de soie, des virevoltes de robes gitanes, de bouquets toxiques de parfums de toutes les gammes, dont le mélange pourrait provoquer l’asphyxie en milieu fermé.

 

Justement, toutes ces beautés des trois sexes s’agglutinent autour du vestiaire. Débarrassons-nous du superflu, avant de jeter un œil sur le cheptel reproducteur – telle est la pensée des pucelles, et des mâles que leur mère inquiète a conjurés avant-hier de faire une fin une fois pour toutes - mais la bonne, cette fois-ci, hein, et quelqu'un de notre milieu ! – sur les opportunités pas trop avariées, pour les plus modestes, et sur les nouveautés, pour les plus blasés, dont, hélas, je suis.

 

Blasé au point de ne pas ignorer que les nouveautés n’ont que deux sortes de destinée : plaire et être souvent portées, ou finir en solde. Occasion ou fin de série.

 

Ce n’est pas le propos du jour. Je suis ici pour jouir, souffrir, sans aucun doute, faire jouir, et faire souffrir, peut-être.

 

Si jouir et souffrir ne demandent que de la prédestination, faire jouir et faire souffrir réclament du talent, et une certaine persévérance.

 

Il existe donc au moins deux strates, en enfer : l’une pour ceux qui le subissent, l’autre pour ceux qui choisissent de le maintenir.

 

Les poulettes caquettent toujours et cherchent à se repérer, espérant être repérées. L’amateur, le consommateur averti fait vite son choix. La plus timide est souvent la proie la plus excitante, et pas la plus facile.

 

Car, je vous arrête immédiatement : c’est ici la grande foire au cul, et à tout ce qui en dépend, et que la bienséance désigne par d’autres mots, car la bienséance préfère les mots aux faits.

 

Ce que la bienséance appelle mariage, la nature l’appelle ennui et contrainte. Ce que la bienséance appelle amour, nous l’appelons soufre puant, et délices. Ce que vous appelez pudeur et fiançailles, nous le savourons d’autant plus que nous en renversons toutes les barrières. Ce que vous appelez adultère, nous en goûtons le fruit et le piment unique. Ce que vous nommez crapulerie, obscénité, viol, débauche, est pour nous consommation eucharistique, messe inversée, dont l’hostie est cet équilibre incroyable et passionnant qui résulte du combat fraternel de l’amour et de la haine.

 

Un sacrement que l’église bourgeoise refuse viscéralement, car elle n’aurait rien à y arracher, pour le mettre dans ses coffres.

 

Les coffres de son paradis lourdement terrestre.

 

Pour les tristes et maigres jouisseurs des délices charnels envolés sitôt que consommés, le paradis recule comme l’horizon. Aussitôt, s’installe le no man’s land grisâtre du purgatoire, comme l’intervalle entre les tranchées allemandes et françaises de la fameuse grande guerre, la der des ders, le temps de s’évacuer réciproquement, et de s’installer dans l’enfer permanent et stable du regret, du désir jamais assouvi, des petites rancunes, et de l’indispensable espérance.

 

L’espérance est, avec la foi et la charité, l’une des trois vertus théologales.

 

Avez-vous jamais réfléchi que sans espérance, l’enfer ne serait plus l’enfer ?

 

Car l’espérance réintroduit l’idée de temps dans cet espace confiné qu’on dit éternel. Sans espérance, l’idée du temps s’efface, et le dit enfer éternel n’est plus qu’une souffrance constante, et donc normale.

 

L’âne qui tourne tous les jours de son existence autour de la noria, l’écureuil qui emporte sa cage dans son éternel piétinement, le poisson rouge qui cercle sans fin son bocal échappent à l’enfer, puisque leur démarche imposée est permanente et sans nulle fenêtre d'espoir.

 

Le dieu inconnu, ou le sadique qui a précédé Sade et inventé l’idée de l’enfer éternel est un menteur, ou alors dispose de moyens qui échappent à la conception humaine.

 

Car pour remplir son rôle, l’enfer doit s’inscrire dans la durée qui seule donne la notion de regret et l’espoir d’en finir.

 

Ces réflexions peuvent paraître oiseuses ; elles ne le sont pas. Car, si les menaces de l’enfer sont fausses, tout le reste de l’édifice théologique s’effondre, et en premier lieu, l’idée bourgeoise du paradis.

 

Un paradis, au demeurant, fondé sur l’idée de la castration de tous les désirs à l’exception d’un seul : le désir de durer par la vertu des actes légaux. Le paradis est alors gardé non plus par le glaive tournoyant d’un chérubin, mais par une escouade d’huissiers, de juristes, de procureurs et d’avocats.

 

Forcément, de ce paradis là, nous autres vampires, morts au monde mais toujours avides de sensations, ne voulons pas.

 

Plutôt mourir en enfer que de vivre au paradis, telle est la conclusion qu’en tire notre humour morbide.

 

Ce soir donc, c’est la fête. Mais ce soir, c’est exceptionnel, c’est mon anniversaire, et la fête, c’est moi qui l’ai organisée. Ce sera une fête à tout casser, car c’est cela que je recherche : tout casser.

 

Ma vie oscille entre la honte de l’homme meurtri, qui n’a fait que gaspiller à toute volée les talents qu’il avait reçus, et l’orgueil du voyageur solitaire qui a décidé de ne s’arrêter qu’au bout du voyage, quel qu’en soit le prix.

 

Ce soir, j’ai trente ans. Quinze ans passés dans la quête du sens, les milliers de livres dévorés, l’étude obstinée des rêves et des passions, et la fièvre des sens, alimentée par l’alcool, principalement, et d’autres drogues accessoirement.

 

A dix ans, je rêvais d’un amour unique, lointain, inaccessible étoile, pour paraphraser Brel. A trente, je ne veux plus qu’une chose : un peu de chair encore pas trop usée, capable de me recevoir et d’apaiser mon désespoir et d'alimenter mon dégoût.

 

Et si cela ne me plaît pas vraiment, parce que j’ai l’impression de m’être trompé d’histoire, de ne pas être à l’endroit où j’avais rêvé d’être, il y a bien longtemps, les coupes de champagne, les mélanges spiritueux, les bières descendues, les rails de poudre blanche et les pétards qui tourneront toute la nuit y porteront remède.

 

Au lever du jour, mon cadavre retournera dormir dans son cercueil en attendant la sempiternelle ronde des fêtes, et des fêtes, jusqu’au fumier.

 

Afin d’agrémenter cette soirée attendue des connaisseurs, j’ai décidé d’organiser une loterie. Je me suis procuré en divers lieux des objets qui devraient plaire à mes invités. Il y en a de tous les prix. Comme je ne suis pas spécialement fortuné, de moins en moins, à vrai dire, les billets seront payants, de quoi amortir l’opération.

 

Il y a des livres, curieux ou obscènes, ou les deux, des disques rares, des bibelots sans utilité, des affiches criardes et, comme premier prix, la reproduction cartonnée d’une case de bande dessinée, d’un assez grand format, 50 par 30, environ.

 

Elle représente les fameux Blake et Mortimer, réglant leurs montres sous une grosse horloge de gare, laquelle est le cadran d’une véritable pendule, encastrée dans du carton fort, et dotée d’un mécanisme et de deux aiguilles, qu’une pile alimente.

 

De la bouche de l’un d’eux, sort une bulle : « C’est l’heure ! ».

 

L’objet, trouvé dans une boutique de décoration, vaut assez cher, plus de trois cent francs des années 1980.

 

La maison est maintenant pleine de monde et de bruit. La musique donne à fond, des barmans improvisés ouvrent les bouteilles et versent à qui demande. Les moins habitués sont un peu sur la défensive, les autres ont ouvert franchement les hostilités.

 

Un nuage âcre d’herbe plane déjà ça et là. Dans certains recoins, des conciliabules et des mines de conspirateurs signalent que l’un des invités a apporté des provisions de drogues plus épicées, ou qu'un dealer fait ses affaires.

 

Le tourbillon commence. Dans quelques heures, il aura tout emporté. Les femmes et les hommes auront les yeux brillants et le regard fixe, les couples se feront et se déferont, la sauvagerie et tous les démons qui dorment sous la peau humaine auront surgi : violence, colère, envie, moquerie, gourmandise, tous les désirs les plus âpres et les plus bestiaux auront atteint le seuil sous lequel on les tient généralement confinés, toutes les barrières auront été franchies, et l’assemblée ressemblera à ce que Jérôme Bosch peignait de l’Enfer.

 

C’est la Terre, cependant, et c’est mon anniversaire.

 

A minuit, tous les billets vendus, une main dite innocente – peut-être la fille la moins habituée de ces orgies – a tiré les lots, à rebours.

 

Pour faire comme tout le monde, j’ai pris un billet. Dans le tumulte, après que tout ait été éparpillé entre les convives, il est déjà plus de deux heures, sûrement, tout le monde est ivre, sa voix a donné le numéro gagnant le premier lot, la curieuse pendule : c’est le billet que j’ai en mains. C'est moi qui viens de gagner ce lot là, le premier. Je surprends des regards qui sous-entendent que j’ai trafiqué le jeu. J’ai peut-être tous les défauts, toutes les bassesses, mais pas celle de me livrer à un aussi vilain tour de passe-passe, et je le manifeste avec force. Le sang et l’alcool battent dans mes tempes. Si quelqu’un est prêt à soutenir cette thèse, qu’il le dise clairement. La foule s’est déjà dispersée, tant qu’il reste quelque chose à manger, à boire, à fumer, à baiser, pas de temps à perdre.

 

Ma colère retombe, mais un ressort s’est soudain cassé en moi. J’ai la pendule en mains. La musique bat avec force, sans doute, mais ne me parvient que dans un brouillard. Quelque chose, un mur opaque, s'est interposé entre le monde et moi.

 

Je regarde mieux. C’est bien moi qui ai acheté cet objet, sur une impulsion. Il ne m’était pas destiné, il devait aller à n’importe qui d’autre, mais pas à moi.

 

Je m’isole dans sa contemplation. Ces deux héros de papier, qui défendent le monde occidental, certes, mais aussi et surtout, comme Tintin, des valeurs dont la nostalgie me blesse intimement, la droiture, le courage, la sincérité, diamants aux arêtes vives qui demeurent en moi, malgré des monceaux d'ordure, de facilité, de lâcheté et d'amertume, ces deux types là, je suis encore de leur côté, face aux ignobles crapules qui les pourchassent. D’ailleurs, le soupçon de fraude que j’ai senti m’a fouetté comme jamais. Peut-être est-ce cela qui m’a ramené à la réalité de ce qui vit encore en moi, sous la pourriture.

 

Ces deux types règlent leur montre, et l’un d’eux dit : « C’est l’heure ! ».

 

Soudain foudroyé par ces mots, je comprends que cette pendule ne m’a pas été donnée par hasard, mais qu’elle sonne le moment fatidique de ma remontée.

 

L’heure où ce qui reste encore debout dans mes décombres enfin se ressaisisse et retrouve sa lucidité, reprenne la barre du navire échoué, et le chemin de l’éternité perdue de vue.

 

Ce soir, le soir de mes trente ans, j’ai enfin touché le fond, et cette pensée me dégrise.

 

Je reviens en enfer. Autour de moi, des ricanements de hyène, des cris, un vacarme prodigieux. Des gens circulent, verres en main, se bousculent. J’erre un peu entre ces formes fatiguées, je vais vers la cuisine. Je veux boire un peu d’eau. De l'eau ? Je n'en bois jamais. La porte est fermée. Je la pousse, elle vient buter sur un couple qui baise là, par terre, dans l’obscurité.

 

Il y a un blanc, puis une formidable colère me traverse, de bas en haut. Je fais volte-face d’un coup, me fraie un chemin jusqu’à la chaîne stéréo, et l’éteins.

 

Les danseurs s’arrêtent et me regardent. Des réactions étonnées fusent. Que se passe-t-il ? Pourquoi il n’y a plus de musique ?

 

«  Pourquoi ? Parce que la fête est finie. Tout le monde dehors ! Dehors ! »

 

Je commence à pousser les fêtards vers la sortie, malgré les protestations. Vue la rage et la détermination qui m’animent, personne n’a vraiment envie de résister.

 

« Attends, laisse moi prendre mes affaires ! », dit l’une des filles que j’aurais pu baiser ce soir.

 

Chacun récupère son barda, et les oiseaux de nuit dérangés, blessés dans leur misérable orgueil s’en vont en maugréant. Des portières claquent dans le silence soudain retrouvé de la nuit, des voitures démarrent, les pinceaux jaunes et les halos rouges s’éloignent dans le chemin bordé de platanes, et disparaissent. Je fais un tour des pièces pour vérifier que tout le monde est bien parti, qu’il n’en reste pas d’écroulés dans des recoins.

 

La maison est une poubelle. Partout des cendriers pleins, des verres plus ou moins vides, des taches, des chaises renversées, des assiettes sales, des bougies en liquéfaction.

 

Je ferme la porte à clef. Dehors, plus rien ne bouge, que le peuple de la nuit, chats, belettes et chouettes.

 

Je commence à ranger, à nettoyer. Ce faisant, un grand calme descend en moi, comme je n’en ai pas connu depuis une éternité.

 

C’est l’heure, je le sais. L’heure de foutre les démons dehors, de faire le vide, de laver.

 

Je le sais, c’est une évidence qui s’est installée. Je sais que ce soir, pour la première fois depuis des années, je ne dormirai pas dans un cercueil, sans espoir, sans autre attente que l’extinction de mon corps, et de la torture qui va avec, la torture mentale et l'abrasion permanente du muscle cardiaque contre une inusable pierre ponce.

 

Cette nuit, qui sera brève, vue l’heure, je me coucherai dans un lit, comme un homme fatigué qui a fait sa journée. Et je dormirai enfin.

 

Pendant que j’aspire, que je vide les poubelles, je fais ces gestes avec bonheur, sans hâte. Ce sont mes poubelles que je vide, mon âme que j’aspire, mes démons que j’exorcise.

 

C’est l’heure.

 

Demain, je me lèverai avec le soleil, j’irai me promener. Demain, si j’ai soif, je boirai de l’eau.

 

Demain sera mon premier jour ici-bas. Le jour de mon retour à la Vie.              

   

 

  

 

 

 

 

 

 

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 10:57

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Il était une fois, autrefois et même avant, car bien sûr, pour une foule de raisons, ce genre d’histoires n’a plus cours de nos jours, un dragon très antique et un peu vermoulu qui vivait comme le font ordinairement les dragons dans une grotte au fond de la mer.  

 

Les dragons se cachent depuis que les hommes ne croient plus à rien et pensent tout savoir. Il en restait cependant quelques uns sur la Terre à l’époque reculée où se déroule ce conte. Aspirant à la quiétude, ils vivaient loin des foules et du bruit des villes, retirés des regards. Certains hantaient encore des lacs reculés, ou des montagnes haut-perchées, quand ne s’y était pas établie une station balnéaire ou de sports d’hiver, alors que d’autres préféraient les fonds marins, comme l’a rapporté le fameux capitaine Nemo dans le recueil ses mémoires, que certains d’entre vous ont peut-être lu.

 

Tel était notre dragon. Capable de voler dans les airs, comme tout dragon véritable, il n’en préférait pas moins glisser ou se laisser aspirer dans les courants incessants de la mer. Il est vrai que le vol d’un dragon n’est pas des plus gracieux, alors que les écailles de sa cuirasse lui confèrent une remarquable fluidité.

 

Son gîte ressemblait plus à une tanière qu’un palais. Quand on a visité ne serait-ce qu’une fois, ou même aperçu de loin la splendide résidence du Grand Dragon de la Mer de l’Ouest, dont les allées de marbre, les toits de bronze et les escaliers taillés dans la lave des anciens volcans s’étendaient à perte de vue, on a un peu de peine à retenir un sourire lorsqu’on découvre le logis de notre dragon.

 

Son entrée tapissée de poussière de coquillages qui accroche au passage la lumière des poissons lanternes, le rideau d’algues qui pend devant l’huis n’évoquent certes pas la magnificence des châteaux princiers des Seigneurs Dragons.

 

On voit bien que c’est la demeure de quelque dragon de province, et de peu de fortune.

 

Tout juste si l’arête de l’écueil forme une ou deux tourelles, un vague clocheton, et si la forme du pont-levis émerge de la vase amassée là par négligence.

 

Mais ne vous y trompez pas : niché quelque part au large des côtes charentaises, entre deux roches sous-marines, sur la route des bateaux qui de tous temps firent le transport des fameux vins de Bordeaux et de l’Espagne à l’Angleterre, il eût parfois la bonne fortune d’amasser des cargaisons naufragées au plus profond de sa grotte, et même quelques amphores du vin grec résiné que livraient les galères romaines à leurs garnisons du Nord.

 

Et puis l’estuaire de la Loire roulait de ci de là au gré des flux et des reflux de rondes barriques des nectars de ses coteaux, qui donnaient quelque variété à ces discrètes cavernes.

 

Notre dragon, non qu’il fût un buveur acharné, aimait cependant à déboucher les précieux flacons, seul ou en compagnie.

 

Il citait souvent l’adage d’un sien tonton, autrefois médecin de la cour du Moyen Dragon des Gouffres Septentrionaux : « Pour se bien porter, il faut respecter la pause au logis, et ce dans les limites de la dose prescrite, ni plus, ni moins », et ne se faisait pas faute de pratiquer ce qu’il disait, ce qui est une conduite des plus avisées, en appliquant toutefois la plus haute prescription qui se puisse sans toutefois malencontreusement choir dans l’ivrognerie.

 

Il ne sortait guère de chez lui, si ce n’est pour réapprovisionner caves et garde-manger, à l’occasion des tempêtes saisonnières qui faisaient quelquefois sombrer quelque rafiot aux cales rebondies.

 

Un jour qu’il rêvassait en tétant un antique et puissant vin de Malaga aux reflets fauves, il entendit un bruit d’équipage carillonnant sur le chemin de son antre, puis le mugissement flûté de la conque de l’entrée retentit.

 

Se levant prestement du moelleux canapé de goémons où il avait coutume de reposer, brossant de la patte avant gauche le sable argenté qui lui collait aux écailles, il écarta le rideau d’algues de la porte, et vit une mince silhouette qui lui faisait signe à la barrière rocheuse.

 

La Princesse L. des Ch. !

 

Rassemblant ses esprits quelque peu dispersés par la capiteuse méditation antérieure, le cœur joyeux, dopé par un afflux soudain d’hormones dragonnesques, il nagea d’un coup de reins jusqu’à elle.

 

Quelle belle dragonne c’était, que la Princesse : fine et menue, l’œil étiré vers les tempes, un profil indéfinissable, pieds et mains (pattes et pattes fait un peu croquant) élancés, ongles (griffes, si vous préférez) polis, le poignet et la cheville ténus, la narine frémissante, la chevelure ambrée largement bouclée sur des épaules faites au moule, la queue souplement posée sur le sable de l’allée, la finesse et le luisant de l’écaille, tout en elle indiquait la dragonne de bonne race.

 

Elle avait choisi de porter ce jour là l’une des tenues rose et lilas mauve qu’elle affectionnait, barrée d’une écharpe bleue de fine soie marine, ainsi qu’une paire de mocassins indiens à franges assortis.

 

Le sang de notre dragon ne fit qu’un tour : Peste, la belle chose !

 

Ils s’étaient rencontrés quelques siècles plus tôt sur les rivages mexicains, alors qu’ils exploraient chacun pour son propre compte les merveilles botaniques et archéologiques de ce haut pays, y étaient devenus amis autour d’une belle omelette forestière.

 

Aussi loin qu’il s’en souvienne, elle avait toujours eu cet air sage et juvénile à la fois, qui est un air particulier à cette belle race des anciens dragons, dont on hésite à dire l’âge. Avait-elle trente ans, ou vingt mille ?

 

Elle l’observait d’un air un peu moqueur. Il redressa sa mèche et sa taille (ce qui est une figure de style appelée zeugma), se racla la gorge et dit :

 

« Quel honneur, et quelle agréable surprise, Princesse ; que faites vous donc dans ces parages ? »

 

On voit que même pris au dépourvu, notre dragon gardait une bonne idée de la politesse qu’on doit aux dames.

 

« Revenant d’un périple en mer de Chine, cousin, j’ai eu l’idée de vous faire un petit bonjour. J’espère ne pas vous déranger ?

Pas le moins du monde, chère amie. C’est toujours un plaisir de vous recevoir. Ne restez pas sur le seuil, donnez-vous seulement la peine d’entrer. »

 

Aussitôt dit, aussitôt fait.

 

Les deux amis s’installèrent sur le bout de leur séant, ravis l’un de l’autre, et se narrèrent mille aventures.

 

Non pas que ce soient dragons de batailles. L’hôte avait bien un peu guerroyé par le passé, et roulé sa crête de par le monde, mais depuis ces temps héroïques, il était devenu plus grand rôtisseur de palourdes farcies que de chevaliers en habit de fer. Il occupait ses loisirs, on l’a dit, à la méditation des nectars vinicoles que la mer roulait à sa porte, quand il n’était pas plongé dans l’étude de quelque traité de l’histoire des anciens dragons et des vieilles guerres que menèrent tour à tour géants, nains, hommes et démons, ou quelque grimoire relatif aux causes de la descente de la vieille race des dragons sur Terre, et au moyen, s’il en existe, d’en revenir. Sa tanière dégorgeait de livres et de rouleaux, ses tables croulaient sous les manuscrits poussiéreux, les palimpsestes improbables, les dictionnaires obèses et les brochures dépareillées.

Quand à sa mie, son plaisir était l’observation assidue des mœurs de toutes les créatures qui s’ébattent sous le soleil, qu’elle assouvissait par d’incessantes randonnées par air, terre et mer.

 

Jamais en repos, il n’était cependant pas rare qu’elle s’arrête quelque temps dans sa demeure.

 

Elle lui tendit un paquet enveloppé de soie. L’ouvrant, il découvrit d’antiques parchemins qu’il se promit de dévorer dès que possible.

 

La Princesse avait quelques innocentes manies. Elle prétendait ne pas manger, ou si peu, et proférait une aversion ou du moins une prudence extrême à l’égard des liquides fermentés. Cependant, à l’occasion, il l’avait remarqué, elle ne rechignait pas à engloutir des monceaux de sucreries et force biscuits au chocolat ou à la vanille, et, quand son verre était vide, à le pousser tant soit peu vers la nourrice d’un air distrait.

 

Repue, elle prenait une mine un peu absente devant les assiettes débordantes de victuailles que s’administrait généreusement le glouton, et l’amoncellement de bouteilles qu’il vidait d’un air béat.

 

La conversation suivait son cours, quand notre dragonne en vint à taquiner un peu son ami. Elle lui reprocha son peu de goût pour les hauts faits, les voyages, son penchant pour la vie recluse et les liqueurs éthyliques.

« Hé bien, mon cher, avez-vous oublié le ressac et le déroulement de l’histoire du monde ? Ne seriez-vous pas à vous encroûter, cher dragon ? Quels sont ces plis et replis que je ne vous connaissais pas, aux encoignures, et cette bedaine épanouie ? Votre seul art ne serait-il plus que de décapiter des flacons ? Je vous ai pourtant connu plus d’allant ! »

 

Un peu piqué par ces propos, le dragon se versa pour temporiser une rasade d’un vieux bordeaux au parfum de violettes juste au moment où elles se fanent.

« C’est que je ne suis plus tout jeune, ma belle amie. Cependant, vous avez raison. Mes caves se désemplissent, et mon garde-manger fait pauvre figure. Je vais devoir me mettre à l’ouvrage.

Caves, garde-manger ! Mais ne pensez-vous donc qu’à vous emplir la panse ? N’avez-vous pas honte ? Quand vos ancêtres se couvraient de gloire et amassaient force trésors et coffres de joyaux, ne pensez-vous donc qu’à vous enivrer ? »

 

Jetant un coup d’œil sur l’appartement du pauvre dragon, elle ajouta d’un air hautain :

 

«  Quand je pense que vous n’avez même pas de trésor. »

 

Le coup fut dur pour le dragon.

 

Il faut savoir que depuis des temps immémoriaux, les puissants dragons soudain tombés du ciel n’eurent pour but que d’amasser les trésors les plus riches, n’hésitant pas pour cela à guerroyer contre les géants, puis les hommes, et même comme je le lus il y a peu, contre les nains et les hobbits, tel le vieux Smaug qui se vautrait horriblement sous le Mont Solitaire sur un lit de gemmes et de parures royales.

 

Faire reproche à un dragon de la pauvreté de son état, c’est lui percer le cœur.

 

« J’irai, Madame. Je partirai en chasse. Et, dussé-je ravager plaines et cités, dussé-je cracher le feu jusqu’à embraser le monde, je vous ferai voir que je ne suis pas la moitié d’un petit dragon d’arrière-zone. »

 

On juge par ces propos grandiloquents et excessifs de la colère qui fulminait en notre ami, qui, pour l’éteindre se servit incontinent un gorgeon de Muscadet bien frais, bien citronné.

 

La Princesse regardait le bout de ses mocassins à franges. Le dragon fit effort sur lui-même et se calma un peu, replia le bout de ses ailes qui s’étaient dressées d’elles-mêmes derrière son dos. Ils reprirent une conversation polie mais embarrassée avant qu’elle prit congé. Il en oublia de la remercier pour le cadeau qu’elle lui laissait.

 

Cette nuit là, le dragon ne dormit guère, se tournant et se retournant sur son lit de varech. Parfois la colère le reprenait, un peu de feu jaillissait de ses naseaux pour s’éteindre en grésillant dans l’air humide de la chambre.

 

Malgré le peu d’envie qu’il en avait, il résolut de partir en vadrouille, à la recherche d’un quelconque magot. Au pire, il mettrait bien la griffe sur quelque tonneau échappé ou foudre fourvoyé d’un naufrage.

 

Au diable les princesses, marmonnait-il, en s’équipant.

 

Il sillonna les fonds marins des jours durant, ramenant de temps à autre au logis quelques menues victuailles, dont plusieurs caisses d’un Vouvray pétillant qui avait manifestement le talent de chasser l’amertume du cœur et la soif du gosier.

 

L’amateur de légendes anciennes mit la patte, dans les soutes d’un navire échoué sur un coffre de vieilles légendes primordiales incompréhensibles et tronquées.

 

Tout allait donc pour le mieux. Mais de trésor ? Point.

 

Un peu dépité de ne pouvoir briller aux yeux de la demoiselle, il allait et revenait, des plaines marines de la Manche aux rocs du Finistère, des côtes basques aux confins de la Méditerranée, des Baléares à l’Islande, et s’enhardit même un jour à survoler l’Espagne et le Portugal, où on le prit d’après vingt témoignages concordants pour un OVNI du genre cigare volant.

 

Malgré ces frasques, toujours rien.

 

Lorsqu’une certaine nuit de pleine Lune, il se trouva nageant au large d’Oléron, non loin de sa demeure.

 

Il approchait des plages désertes à cette heure, lorsque soudain, une lueur brilla dans le sable mouillé. Une étincelle rouge, aussitôt éteinte. Puis une verte. Intrigué, il s’approcha, et vit que le fond de la mer, à la jointure des terres, était constellé d’objets multicolores qui luisaient sous la lumière blanche de la Lune.

 

La marée roulait des milliers d’objets translucides qui ressemblaient furieusement à … des bijoux !

 

Nom du Grand Dragon ! Que le grand Cric me croque, si ce n’est pas là la rançon d’un roi, pensa-t-il, car il avait lu et relu Tintin.

 

Fou de joie, saisissant l’énorme havresac qu’il emportait en expédition, il fit hâtivement le plein de rubis, de topazes, de saphirs, d’émeraudes et de diamants, qui roulaient et s’entrechoquaient dans un joyeux désordre.

 

 

 

Le sac plein, il en restait encore.

 

Bah, je ne suis pas loin, songea-t-il dans la fièvre. Dans la nuit claire, il fit deux autres expéditions avant que le jour ne se lève.

 

Serrant le tout dans deux grands coffres au plus profond recoin de son antre, le cœur en paix, il s’endormit.

 

L’auteur de ces lignes doit au lecteur incrédule une petite parenthèse qui lui expliquera ce mystère.

 

Oléron était une île jetée au large des côtes charentaises, une île presque plate dont les plages de sable subissaient depuis des temps reculés l’assaut des vagues qui en faisaient le siège. Comme c’est encore le cas aujourd’hui, la mer roulait le sable, l’emportait, le déplaçait, érodant d’un côté la côte pour ailleurs combler des estuaires, remaniant sans cesse le profil des terres.

 

A l’époque reculée où se situe notre récit, les hommes pratiquaient une curieuse forme de transhumance, nommé « tourisme de masse », qui consistait à s’agglutiner par milliers dans un même lieu en un même temps.  Certains endroits de la planète se voyaient plus souvent que d’autres le théâtre de tels rassemblements. Oléron en faisait partie, comme bien d’autres côtes, car il était furieusement moderne d’exhiber son anatomie aux rayons du soleil. L’été, donc, car l’exposition au soleil hivernal est inconfortable lorsqu’on n’a pas une épaisse peau de dragon, l’île était investie par des hordes de bipèdes et de véhicules porteurs de bipèdes qui piétinaient et sillonnaient les vieilles dunes, tuant la végétation qui ancrait le sable millénaire, rendant ainsi plus fragiles ces constructions éphémères.

 

Les grandes marées et les tempêtes étaient autant de coups de boutoir qui désagrégeaient les côtes ainsi affaiblies.

 

La mer avançait sans beaucoup de peine, la terre reculait.

 

En reculant, elle livrait parfois son lot de surprises. Ce fut le cas quelque temps avant le passage du dragon. En l’an 2010 de cette ère oubliée, une tempête effaça deux cent mètres de côte d’une seule morsure, mettant à jour une ancienne décharge d’ordures, libérant ainsi ce qui s’y trouvait, dont des dizaines de mètres cubes de verre cassé.

 

Ce sont les tessons et culs de bouteilles vertes, bleues, orange ou incolores que notre dragon prit pour des bijoux sous la lumière trompeuse de la Lune.

 

Vous vous y seriez coupés, évidemment mais les dragons ont la couenne épaisse, et notre ami ne sentit rien, tout à son enthousiasme.

 

Le lendemain, il dormit tard, enfila ses larges pantoufles en peau de mérou* et se fit un petit déjeuner de dragon.

 

Il eût à régler quelques menues affaires qui l’occupèrent jusqu’au soir. Un peu fourbu de son escapade nocturne, il se nicha dans le canapé, chaussa ses grosses lunettes de lecture, et se plongea avec délices dans le parchemin étrange venu de Chine.

 

Cela l’occupa tant et si bien qu’il perdit le souvenir de cette moisson de trésor. Car c’était un dragon un peu colérique, un tantinet gourmand et goinfre mais sans avarice, de sorte que l’affaire une fois résolue le laissa l’esprit quiet tout entier à sa lecture.

 

L’étrange document traitait des anciens rois dragons, de la lignée du roi-dragon de la mer de l’Est au palais de cristal, dont un fils insatiable vola les lames de jade de l’immortel Lan Ts’ai He, ce qui faillit rompre le fragile équilibre du Ciel et de la Terre.

 

Chaque obscurité du texte amenait le dragon à des recherches perpendiculaires ou diagonales dans sa vaste bibliothèque, qu’il mit sens dessus dessous des semaines durant, non sans oublier de téter les divines liqueurs qu’il affectionnait.

 

Un beau jour cependant, la corne mugit de nouveau.

 

Émergeant de sa bauge, la crête en bataille, il la reconnut.

 

« Entrez, entrez, ne faites pas attention au désordre », dit-il en lui baisant la main « je lisais justement ces pages que vous avez eu la bonté de m’apporter lors de votre dernière visite, soyez en remerciée ; tout à fait passionnant ».

 

Comme d’habitude, ils papotèrent et se racontèrent les péripéties de leurs existences respectives.

 

Il alla quérir dans sa glacière deux ou trois bouteilles de ce délicieux Vouvray, et quelques menues friandises pour l’accompagner.

 

Puis lui revint la mémoire de sa bonne fortune.

 

La guidant dans les méandres des fissures qui constituaient les caves de son domaine, ils parvinrent jusqu’au dernier recoin où il conservait son magot.

 

S’éclairant d’un poisson-lanterne, ils découvrirent l’amoncellement prodigieux de pierres précieuses.

 

Alors qu’il se rengorgeait, tenant le couvercle haut levé, elle saisit quelques gemmes et les examina.

 

« Du verre, c’est du verre ! » songea-t-elle. « Pas possible qu’il ait pris ces ordures pour des bijoux ! »

 

« Impressionnant, non ? » dit-il, satisfait.

 

Il y croyait bel et bien, négligeant d’y regarder de plus près.

 

« Tout à fait », décida-t-elle de dire pour ne pas lui faire de peine. « Vraiment magnifique. Et si nous allions boire un petit verre de ce petit …

Vouvray ? Rien de plus facile », dit-il en refermant le coffre, qu’il ne rouvrit jamais, car c’était un dragon sans nulle ambition avaricieuse.

 

Ils remontèrent les obscurs boyaux jusqu’au séjour, où nous les laisserons à leurs occupations.

 

C’est ainsi que dans la nuit des temps, un dragon débarrassa sans le savoir une plage de ses ordures, ce qui demeura toujours un mystère pour les équipes de nettoyage qui venaient chaque matin munies de râteaux, de pelles, de sacs et de gants réparer le désordre de la marée. Tout ébaubis, ils ne purent que constater qu’à part quelques fragments oubliés ça et là, tout avait disparu.

 

Ce petit conte montre au moins deux choses : la première, c’est que rien de caché ne le restera toujours, et qu’enfouir des secrets est inutile et dangereux, comme le virent à leurs dépens les gens d’Oléron. La seconde, c’est qu’un trésor n’a pour unique valeur que celle qu’on lui donne.

 

Un dernier mot : malgré sa fougue et son entrain, maître dragon ne ramassa pas tout. Si vous vous promenez du côté de Grand plage, sur la façade Ouest de l’île d’Oléron, n’hésitez pas à collecter les petits bouts de verre qu’il a laissés derrière lui, s’il en reste encore. Ça vous évitera et ça évitera aux autres personnes de se blesser, et vous verrez, c’est comme un jeu.

 

Au bout du compte, c’est un petit trésor de bienveillance que vous pourrez enfouir au fond de vos caves. Un trésor comme devraient en avoir tous les dragons qui se respectent.

 

 

Juillet 2013.

 

 

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 11:01

Sommes allés une fois de plus à Vézelay, je l'ai raconté. J'ai déjà tout dit sur ce piton a base de minerai de fer que les romains appelaient "mont Scorpio" pour exprimer son caractère néfaste.

 

Tous les temples du monde, quelles qu'en soient les époques de construction, sont construits sur des énergies létales et inhumaines, les bouches du dragon qui vit au centre de la Terre, par lesquelles il inspire et expire.

 

Une science dont tout nous échappe a, dans des temps dont nous avons perdu le souvenir, réussi à transformer ce dangereux poison en médecine.

 

Baudelaire, dans ses "Paradis artificiels", livre à méditer, malgré certaines naïvetés, a exposé aux yeux de ses contemporains comment les parfums les plus exquis avaient pour base les exsudations les plus délétères.

 

De même, l'ancienne science médicale - comme la moderne, d'ailleurs - savait tirer des sucs bénéfiques des plantes les plus dangereuses, digitale, belladonne, et autres sorcières.

 

Les temps ont bien changé, puisque de chacun des bienfaits de la nature, nos modernes et maléfiques envoûteurs ont fait autant de poisons mortels : la terre, l'eau, l'air, et le feu des radiations.

 

Revenons à Vézelay. J'irai vite. Allez-y. Évitez les concentrations de foule. Regardez les horaires des offices. Arrangez-vous pour vous trouver dans la basilique une demi-heure environ avant, parce que les curés locaux se croient propriétaires des lieux et mettent des cordes pour empêcher tout mouvement vers le choeur, et donc la crypte qui se trouve en dessous à ces heures là.

 

Or, l'intérêt du lieu réside dans un séjour d'au moins 20 minutes en immersion dans cette poche suspendue entre ciel et terre.

 

Et le moment idéal, c'est vers midi, quand personne ne vient en polluer l'atmosphère.

 

Mode d'emploi, rapide : faire d'abord le tour de la basilique par l'extérieur, de gauche à droite, c'est-à-dire laisser le peintre sur sa gauche et longer la basilique. La contourner, prendre son temps (sinon, restez chez vous), sentir, percevoir, contempler. L'air, avec les bulles de prâna qui pétillent. Les jeunes ou moins jeunes feuilles des noyers, au gré des saisons, des tilleuls, des marronniers. Les giroflées des murailles. Les roses trémières. L'herbe, l'incroyable horizon, et les villages qui s'étagent comme dans une toile de Brueghel l'ancien. Le ciel, radieux, gris, brumeux, l'air qui nous relie à la vie. Revenez par l'ancien réfectoire, et débouchez de nouveau sur le parvis.

 

Là, il y a (au moins, parce qu'il y en a autant que de personnes) deux portes, invisibles. Quand j'étudiais la géobiologie avec Bernard Brun, ressemblant à l'ours, on avait des cintres en métal dans chaque main, et quand on arrivait à une enceinte, les cintres tournaient dans les mains, et une porte s'ouvrait. Si vous êtes un peu réceptif, vous le sentirez sans cet attirail, fait pour les démonstrations. Encore une fois, il faut juste laisser le temps au temps, comme disait Mitterand qui avait pris ça quelque part.

 

Quand l'air résiste un peu, arrêtez vous. Il y a un barrage. Laissez-vous ausculter, puis ça s'ouvre. Si ça ne s'ouvre pas, vous passerez quand même ; au moins vous pourrez faire des photos.

 

Admettons que ça s'ouvre. Vous le saurez. Passez. Entrez dans le narthex, et prenez le temps d'assimiler ou de vous laisser assimiler par la première enceinte intérieure. La contemplation du Christ cosmique au visage mutilé et aux grandes mains, aux hanches et genoux spiralés, trônant dans le cortège zodiacal devrait vous retenir suffisamment.

 

Ce Christ rayonnant n'a rien du misérable cloué que le système a brandi des centaines d'années. Mais, comme l'a judieusement rappelé Henri Vincenot, les sculpteurs d'images n'avaient rien de commun avec le business romain.

 

Entrez maintenant dans la nef par la gauche, n'hésitez pas à utiliser l'eau bénite, qui symbolise le franchissement du fleuve. J'en mets sur mes lombaires et au-dessus du sexe, ainsi que sur le front, le plexus solaire et la nuque, tous points qui font obstacle à la libre circulation de l'énergie.

 

Sachez, pour ne pas perdre de vue la sottise des hommes, qu'il y a eu débats et empoignades sur la façon de pratiquer le fameux signe de croix : d'abord l'épaule gauche, ou l'épaule droite. Passionnant.

 

Une fois dans les lieux, je ne le répéterai jamais assez, prenez votre temps. J'en vois tellement courir. Longez le mur Nord, en admirant les chapiteaux. Mon préféré, celui, fortement restauré, plus jaune que les autres, où David coupe la tête de Goliath dans un décor de paneolus foenisecii, ou panéole des foins.

 

Officiellement, ce sont des arbres. Donnez-moi le nom d'un arbre dont le tronc ait ces formes ondulées et latêteen parasol qu'a seul ce petit champignon européen, et je reverrai ma thèse.  

 

Vous passerez devant l'entrée de la crypte sans céder à la tentation d'y descendre. C'est trop tôt. Faites le tour du choeur. La pierre des énormes piliers du choeur est d'un finesse et d'une douceur inconcevables, comme serait la peau de la plus belle femme du monde. Ce lieu, dédié à Marie-Madeleine, la prostituée sacrée, ou la matière sublimée est charnel, et fortement érotique.

 

 Revenez vers l'entrée et, sans sortir, croisez votre chemin initial. Comme l'a exposé le géobiologue Jacques Bonvin, il est nécessaire de croiser son chemin et de former une boucle.

 

Cela fait, vous êtes chez vous. Le lieu a enregistré votre présence au monde, et la superbe machine de transmutation des âmes est activée pour votre compte.

 

A partir de ce moment, faites selon votre coeur.

 

Quelques règles cependant : comme celui de la nef, l'accès à la crypte se fait depuis le Nord, lieu de l'obscurité, de la solitude et de l'ignorance, et non pas à l'envers, comme font les hordes de touristes bruyants et pressés, dans une sorte de messe noire inconsciente.

 

Ici, tout parle : le sol, et ses fissures, ses brèches et ses empreintes, la lumière, l'ombre, le bruit et le silence. Les visages des gens, aussi, leurs postures et leurs discours, leurs attitudes et leurs bruits. Vous aussi devenez transparents, à qui sait voir.

 

Une dernière remarque : le dénommé sarkozy, homme de main du satanisme global, avait prévu de transformer la montagne de Vézelay en un parc d'attraction. Il n'a pas eu le temps de le faire. Rien n'empêche que ce projet soit repris un jour ou l'autre, car l'endroit est si magique qu'il constitue - avec d'autres - une menace pour l'avènement du bébé de Rosemary.

 

C'est donc maintenant qu'il faut en profiter pour vous nettoyer, et sublimer votre matière. Comme on profite des derniers fruits et légumes naturels, des derniers vins et des derniers fromages de qualité, avant que Monsanto emporte la première et la deuxième manche, et de se faire écrabouiller, parce que oui, la Lumière gagne toujours.

 

       

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Présentation

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Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

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Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

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Brûlent les cendres

Lave la lave

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Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.