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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 13:29

Dans un texte, Antoine Gigal dit que l'homme originel disposait de 365 sens. Officiellement, il ne nous en reste que cinq.

 

En fouillant un peu, on pourrait en deviner d'autres. Assis au coin du feu à entendre/écouter Enno Voorhorst jouer Barrios,

 

 

 

je sais déjà que si entendre et écouter passent par le même conduit auditif, les récepteurs diffèrent.

 

Et pourquoi, parmi les différents guitaristes capables de jouer ces oeuvres difficiles, mon coeur m'amène à aimer ce mec là plutôt que d'autres ?

 

Pourquoi fait il naître en moi ce sentiment de paix et d'harmonie ?

 

Quel sens en moi fait il cette différence ? Perçoit la délicatesse du toucher, ou peut-être l'affinité d'âme ?

 

Peut-être que les cinq sens officiels sont cinq portes, par lesquelles passent beaucoup plus de messages qu'on ne le pense.

 

La paix soit sur vous.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 11:11

La facilité, dans le monde humain, où tous sont émanés et comme autant de rayons différenciés, séparés de la base commune (facile de comprendre comment chaque rayon du soleil prend une direction différente de ses voisins pour s'en éloigner irrémédiablement), la facilité, c'est d'accuser l'autre d'avoir pris le mauvais chemin.  

 

J'ai, dans un moment de fatigue et sous le sentiment de répéter sans cesse les mêmes schémas, donné mon départ, au moins provisoire, pour un peu de repos, ne serait-ce que pour faire le point, ce qui me semble essentiel pour garder un peu de sincérité.

 

Le nombre de réactions affectueuses, comminatoires ou suppliantes, et leur teneur, sur ce blog ou ceux qui le répercutent, même s'il reste confidentiel par rapport à n'importe quel media professionnel, m'impressionnent.

 

Sens propre : laissent en ma chair ou en mon être intime une empreinte. Bref, ce désir de repos suscite des réactions que je n'attendais pas.

 

D'autant que je suis un habitué des ruptures. Trois ou quatre fois que je tire ma révérence.

 

Vous savez ce que c'est, de tirer une charrue tous les jours du matin au soir ?

 

Pourquoi tu le fais, alors, disent les futés ? Ton ego ?

 

Chais pas si c'est l'égo, docteur. Je le fais parce que je n'ai pas le choix.  J'écris parce que je suis né pour écrire, tel jour à telle heure. Quand mon stylo sera sec, j'arrêterai. Pas le choix. Pour le moment, y a encore du jus, mais j'aimerais prendre des vacances. C'est permis ?

 

Le plus étonnant, dans cette histoire qui vous arrive en même temps qu'elle m'arrive, c'est que ça pourrait être juste une branlette, ce blog, où VJ s'en tape une tranquille, et que plein de monde regarde, mais non, c'est autre chose, c'est bien plus, VJ se dépoile, et celles et ceux qui regardent se dépoilent avec, sans que personne ne mate ou que quiconque salisse personne.

 

Il n'y a pas machin qui regarde machin qui se défringue, ce qui serait du voyeurisme.

 

Non. Il y a une sorte de magie, venue d'on ne sait où, qui fait que si VJ se défringue, les lectrices (statistiquement 3/4) et les lecteurs se défringuent aussi, en douceur, et que, sans que tout ce bastringue devienne à aucun moment une partouze, tout le monde accepte de poser ce morceau de la cuirasse, et voit ce qu'il y a dessous.

 

Je me trompe ?

 

Mes chers et chères ami(e)s que je n'ai, à quelques exceptions près, jamais vus, n'est-ce pas ainsi que ça se passe ? C'est du porno crade ou du début de la connaissance intime ?

 

En suis-je la cause ? Nullement.

 

Hélios (du BBB), m'a dit un jour (grosso modo) : tu fais ta psychanalyse devant tout le monde, et tout le monde en profite. Je crois qu'elle a(vait) raison.

 

Cet effeuillage que j'ai initié, sans pudeur, sans retenue, apparemment, mais, vous le savez bien, avec énormément de pudeur et de retenue, (parce que le temps est loin où je dirai tout) cette mise à nu progressive de ce moi qui n'est rien qu'un fantôme, n'est rien d'autre que le dépouillement essentiel d'un noyau d'être de toutes les couches protectrices qui le recouvrent.

 

L'occasion, pour vous, et pour moi, d'aller vers la nudité profonde. Ça peut demander des années, et surtout des années de confiance et d'intimité. Longtemps que les voyeurs s(er)ont partis.

 

Vous n'en êtes pas que de simples spectateurs/voyeurs, mais aussi des acteurs. Cette mise à nu/mise à mort des faux semblants, pour certain(e)s, il y a presque 4 ans que vous y assistez/participez.

 

Quel homme politique peut revendiquer une telle constance ? Mais ils ont quelque chose à gagner, à vendre.

 

Moi ? Je suis venu faire un effeuillage, et une guerre. Et la réconciliation. L'amour.

 

Pourquoi êtes vous là, à tourner autour ?

 

Parce que vous et moi sommes unis dans cette découverte (apocalypse). En me révélant, je VOUS révèle.

 

Je ne dis pas cela pour ME valoriser; ni VOUS valoriser. Qu'importent VOUS et MOI ?

 

Ce qui importe, c'est le voyage. Ce blog n'est probablement pas  le seul voyage que vous faites, et pas le seul que je fais. JE vous renvoie des aspects de ce que VOUS me restituez. VOUS avez une existence propre qui croise la mienne, et ce  croisement forme un synapse de plus, essentiel. VOUS et MOI ne sommes rien d'autre, si ce n'est, et ce n'est pas rien, que nous enracinons notre existence au coeur de nos convictions, au coeur du monde.

 

Enracinés, forts de la force du monde, tous les voyages sont permis, en dépit des interdictions des petits potentats du temps, qui veulent des synapses sous leur contrôle.

 

Se foutre à poil, tel qu'on est, sans photoshop, sans retouches, sans le moindre pli, tout seul ou en lien avec un zozo comme votre serviteur, est parfaitement légitime, et fondateur d'un autre mode de fonctionnement que le cerveau de la Bête venue de la mer, basé sur la suppression de ce qui fait obstacle à la rentabilité, l'efficacité, la performance.

 

Mais, au delà des apparences, tout converge.

 

 

 

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 08:47

L’éléphant et la libellule se rencontrèrent un matin au point d’eau.

 

 Qu'est-ce que tu es es belle, dit l’éléphant. Elle était irisée et buvait doucement une goutte de rosée posée là sur une feuille.

 

Il réfléchit, et une pensée naquit de son énorme cerveau qui enregistrait tout depuis près de cent ans.

 

Tu es belle, et c’est écrit dans ton nom : liBELLulE. Tu es belle, et je suis laid.

 

Il était tout crotté, et de grandes brassées de peau écailleuse pendaient de son ventre rond comme un tonneau.

 

C’est écrit aussi dans mon nom : LAID - LAID- phant, dit-il tristement en arrosant tout de son énorme trompe. Tu vois, c'est même dit deux fois, tellement je suis pas beau.

 

La libellule s’écarta prudemment du jet, et dit : moi, je te trouve beau. J’aime tes petits yeux ronds et ta sagesse, et le vacarme que tu fais. J’aimerais bien en faire autant, mais vois, je n’ai que ces maigres ailes et ce ventre longiligne, alors que toi, tu es rond comme la Terre.

 

Elle vrombit un peu pour montrer comme elle était triste d’être si menue.

 

Et je ne vis qu’un jour, alors que tu sais toutes les histoires du temps passé. Demain, tu m’auras oublié.

 

L’éléphant fut encore plus triste, et une grosse larme, à noyer une tribu de libellules et plusieurs fourmilières, coula sur sa joue parcheminée.

 

C’est vrai, au fil du temps, j’ai perdu tous mes amis, et toutes mes amours. Mais je n’ai jamais vu une si belle personne que toi, et je voudrais être ton amoureux, si c’était possible, et boire avec toi une goutte de rosée sur une feuille.

 

Hélas, c’est impossible, mon cher amour, dit la belle. Moi aussi, j’aurais tant voulu que nous puissions partager cette beauté, cette tendresse.

 

Elle se tut un instant puis dit : je ne te trouve pas laid, bien au contraire. Ta légèreté et ta délicatesse sont écrites dans ton nom : AILES et FAON.

 

L’éléphant éperdu de tendresse lui jeta un coup d’œil, et dit : je sais que demain, tu seras morte, et que je vivrai encore longtemps. Mais je ne t’oublierai jamais.

 

Il y eut un silence, puis il ajouta : Dans amour, malheureusement, il y a mur : aMoUR.

 

Tu as de beaux petits yeux ronds, tu es ancien et tu es sage, dit-elle. Mais tu ne vois pas tout, regarde : dans AmOur, il y a aussi A et O, qui sont le début et la fin du monde.

 

Et leurs esprits s’envolèrent alors très loin, très haut, hors des apparences, là où tout est possible, l'instant d'une éternité.  

 

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 11:59
Dans l'espace où se projettent les rêves de ce que nous sommes - du verbe ÊTRE, et que presque personne ne connaît, car nous sommes une sorte de gelée inconsciente, comme une méduse échouée, notre planète, grain de sable dans l'immense plage sub-tropicale des myriades d'éons-lumière, vole à pleins tubes vers une destination chimérique, tour à tour terrifiante et glorieuse, à la Asimov.
 
Tout semble réel. Les capitaines, là-haut, la mine grave et les vraies gueules de décideurs, de héros, burinés, les mâchoires serrées, tiennent la barre comme feu le capitaine Achab.
 
La mer est démontée, et notre vaillante petite planète traverse la tourmente comme elle le peut, sauf que...
 
COUPEZ !!!
 
Sauf que tout est faux.  Pas de péril, pas de héros, pas d'histoire. Des histoires, oui. Des histoires qu'on nous raconte, qu'on se raconte : "Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerre", cette parole rend exactement compte des fables qui nous tiennent lieu de réalité.
 
Mme VJ, particulièrement en forme, dit : "Je suis de plus en plus dans l'instant". Demain, je reçois 10 personnes, et, pour la première fois, ça ne m'inquiète pas.
 
Parce que tu as stoppé le mental. Une première. Ce n'est pas une planète, où on existe, c'est un vaisseau, une construction collective, artificielle. Il y a eu des concepteurs, des ingénieurs, des contremaîtres et des esclaves, tous persuadés de faire un truc unique et merveilleux.
 
Unique ? Je ne sais pas. Merveilleux ? Peut-être par rapport à ce qui existait avant ? Merveilleux tout court, j'ai un doute.
 
Un vaisseau mental, hypermental où tout est mesuré et analysé, tout, avec un t minuscule, c'est-à-dire la surface des choses, l'épiderme, dans ce qu'il a de mesurable, la matière morte. Comme si on prenait la mesure d'un homme par l'analyse de ses peaux mortes. 
 
Tout, mais vraiment tout, pour qui sait lire les messages officiels, ne concerne que les épiphénomènes. C'est cela, l'existence - étymologiquement : se tenir au dehors (du réel).
 
En dessous, passée la mince couche des mécanismes psychiques superficiels, celle plus épaisse des engrammes mémoriels personnels, familiaux - karmiques, comme les autres -  ou collectifs et des mécanismes de défense, le début du contact avec le "Soi", dont ne touchons en général qu'un filament, avec quel bonheur ... qui nous fait croire que nous sommes uniques, prédestinés, que nous avons parlé avec Dieu ... 
 
Avant d'en arriver là - et ce n'est qu'un simple contact, il faut d'abord rompre avec l'illusion - le vaisseau - collective.
 

 


 
   
Rompre avec l'hypnose - la malédiction - mentale. L'illusion d'urgence, l'illusion d'importance.
 
Selon le monde, et ses modèles hyper prégnants, il est urgent et important de se jeter à vie perdue dans les délires sociétaux : bosser, voter, choisir, consommer, défendre tel ou tel modèle, participer - toujours ce mot, qui me fait horreur : faire partie, appartenir -, il est urgent et important, si vous voulez sauver la Terre, notre mère, non, je le fais mal, je recommence : NOTRE MÊÊÊREUH, c'est beaucoup mieux, notre grande famille humaine, ouah, c'est porteur, ça me fait bander, mouiller, jouir, éjaculer, le trip collectif, où je suis à la fois le héros -sans moi, tout se casse la gueule, s'il manque une voix, la mienne - c'est TOI que j'aime, mon chéri, susurre la BONNE mère, l'Amante - et sans TOI, comment ferais-je ??? comment ferions nous, que serions nous, sans toi, si tu ne nous donne pas TA voix, la seule, l'unique, ton pouvoir, si tu ne restes pas soudé à ce vaisseau mental, et si tout le monde se barre, et là la bonne mère, l'amante, la pieuvre commence à se dissocier, comment continuerai-je à exister, moi aussi, moi qui suis le rêve coagulé de toutes vos parcelles éparpillées, moi qui vous soude et vous pompe en même temps ? 
 
A ce délire où vous et moi nous débattons depuis des temps immémoriaux - mais le temps est un leurre, un décor, un implant - pour la survie de notre être profond et unique, il est urgent et d'une extrème importance de reconnaître que le monde mental qui vous fait vibrer et hurler, comme un godemiché ou une tronçonneuse, aux mots : URGENT/IMPORTANT/ALERTE/URGENT/IMPORTANT   est, comme le temps, ce monde issu de lui, un autre leurre.  
 
Mal leurre.
 
La seule urgence est de stopper le train. Stopper le monde, disait Juan Matus.
 
Mme VJ a raison : plutôt que se jeter dans le boulot, elle a dormi de 17 h à 20 h, parce qu'elle avait sommeil. Sommeil, c'est pas le mental. C'est le corps. Le corps veut dormir ? Qu'il dorme.
 
Débranche le mental. Les invités arrivent demain à midi. 
 
C'est pareil pour tout. Rien n'a d'importance ni d'urgence. L'expérience du jeûne renverse tous les faux semblants : on croit tous que cesser de bouffer une semaine est impossible, suicidaire, dément : rien n'est plus faux. Rien n'est plus simple et facile que de cesser de s'alimenter, et, plutôt que de nous affaiblir et de compliquer notre relation au monde, cela rend le "réel" à ses justes proportions. Ce qui est juste passe au premier plan - l'attention à soi, à l'autre, au monde -, ce qui est faux passe à la trappe - les fausses urgences, les faux semblants - et peut même s'évanouir.
 
Tant qu'on n'a pas vu s'évanouir les idoles, descendre du train n'est pas facile. Même réveillé, tu t'inquiètes. Comment descendrai-je ?
 
C'est que tu dors encore. C'est un rêve dans le rêve.
 
Dans le premier rêve, tu rêves que tu t'éveilles, toi seul, dans le train. C'est horrible : tout le monde roupille, et le train roule à fond dans un train d'enfer. 
 
Continue : tu réveilles les autres voyageurs, ça va mieux. Tu n'es plus seul. D'autres ont peur aussi, certains rassurent les autres. Mais quand même, ça fout les foies.
 
Plus loin : toi, et d'autres courageux voyageurs ont réussi à remonter jusqu'au wagon de tête, comme Tintin dans les Andes, mais là, surprise, mauvaise surprise : soit il n'y a pas de conducteur, soit il est mort ou assommé, et des bandits ont pris les commandes, soit les wagons ont été coupés de la locomotive, en fonction de vos peurs et des projections qu'elles induisent, le rêve proposera l'alternative qui vous va le mieux.
 
Malgré l'amélioration apparente, une question - LA question - demeure :
  
 
 
Comment descendre de là ?
 
Moi qui vous parle depuis le même train que le vôtre, moi qui suis un étudiant comme vous, qui n'ai pas d'autre lumière que celle que m'a donnée une quête obstinée, qui ne suis ni un guru ni un maître ascensionné, je n'ai qu'une réponse à vous (me) proposer : décrocher du vaisseau collectif, sauter du train.
 
 Original. Vous l'auriez trouvé sans moi, hein ? Mais vous n'osez pas. Parce qu'un train qui roule à des vitesses folles, ça fout les jetons.
 
Alors vous n'êtes pas sorti du rêve. Parce qu'il n'y a pas de train. Il n'y a que des acteurs, géniaux, convaincants, des décors, fantastiques, la musique, l'adrénaline, et le besoin d'y croire, parce que merde, c'est impossible que ce ne soit pas vrai !!!
 
A titre d'hypothèse, parce que quand même, même dans ce monde de fous, on vous a appris à ne négliger aucune hypothèse, c'est le B.A.: BA des polards que vous aimez tant, faites semblant d'y croire, à cette invraisemblable possibilité : tout ceci est un rêve, et vous pouvez en sortir.
Comme l'expérience du jeûne permet de sortir de l'illusion qu'on a vraiment besoin de bouffer 3 fois par jour pour survivre.
Alors sauter d'un train qui n'existe pas, c'est assez tranquille, somme toute.      
 
Même si ça paraît tellement impossible que presque personne n'arrive à le faire.
 
On saute quand vous voulez : à la une, à la deux ...
 
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 16:04
 
 
Il est né la même année que moi, on se connaît depuis toujours.
 
Maintenant, dit-il, lorsque je rencontre une femme qui me plait, faire l'amour n'est plus vraiment mon but. Ce qui m'intéresse surtout, c'est le chemin de la découverte, le jeu subtil du dévoilement, une forme de danse grave ou légère, approche, retrait, attrait, comme un apprivoisement des deux.
 
Je n'ai plus besoin de prendre, de posséder, de mettre ma griffe. Plus cette faim, ce besoin de me repaître.
 
Et si un jour les peaux s'attirent et vont plus loin, c'est comme une cerise sur le gâteau.
 
Quand j'étais plus jeune, j'ai mangé des paniers de cerises. J'en ai volé sur bien des arbres. Celles qu'on vole sont tellement meilleures...  
 
Mais aujourd'hui, rassasié des rapines, je préfère l'étude attentive des fines froissures qui joignent les yeux, ces joyaux uniques, d'un infime réseau, témoin des rires et des peines, des détresses enfouies et des étonnements enfantins, ce maillage de veines sombres et ourlées qui zèbrent discrètement l'ivoire des mains qui se croisent ou se décroisent, ces mains qui parlent, un regard apaisé, une cheville délicate, des mots qui volent comme des oiseaux et voient loin, portés par l'air tiède.
 
L'amour, moteur du monde, est révélé partout, dans un geste de la main, un hochement de tête, un coin de sourire, un éclat de rire qui dévale les perles des dents et glisse en cascade jusqu'à fracasser les doutes et les hésitations.
 
C'est un merveilleux dessert à déguster à petites bouchées, à laisser fondre sur la langue. Une heure de promenade, un mot, un repas impromptu, un ou des temps d'absence, le souvenir de ce sourire secret et retenu, ces silences abrupts et ces bavardages soudains, cela suffit.
 
Comme je n'ai plus besoin de prendre et de garder par devers moi, de dévorer, de jouir, j'ai des amours toujours nouvelles, tendres et vives, comme de perpétuelles fiançailles, une attente sans attente.
 
Si d'aventure, tombe une cerise, c'est qu'elle sera mûre, et que le temps sera venu de sa consommation. Cette cerise là sera comme le ciel sur la terre, indispensable et sans nul poids ni contrepartie, sans objet, sans ombre, cause ou enjeu.
 
Juste le fruit offert, le présent.
 
Et de ce fruit hypothétique, l'absence et l'incertitude elles-mêmes sont éternelle promesse, et infini présent.
 
 
     
       
 
 
 
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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 10:04

Ce soir, c’est la fête du Têt  

 

 

La chambre baignait dans une semi obscurité, ponctuée de taches bleues et vertes et du halo qui entourait les cadrans des appareils. Dehors, derrière les volets baissés et les épaisses fenêtres à double vitrage, l’énorme vacarme du monde restait contenu, et ne filtrait que par un insondable grondement.

 

Une forme immobile renflait à peine le lit. Au dessus, des tubes et des capteurs formaient comme une énorme araignée noire aux aguets, suspendue dans la pénombre.

 

L’infirmière venait de sortir, après avoir vérifié la perfusion.

 

Cette nuit, le savait-il ? C’était la nuit du nouvel an. Et sur la terre entière, les communautés asiatiques grandes et petites venaient à la rescousse du nouveau soleil, contre les armées de la nuit. Des millions, des milliards peut-être de pétards secoueraient de leur explosion le linge noir des ténèbres, des gongs, des tambours, des cymbales, des casseroles vibreraient sous les coups martelés, des cris de peur, des cris de joie, ou les deux entremêlés entrecouperaient les marmonnements des moines tout à leurs prières et conjurations. Les voitures klaxonnaient déjà dans les rues des villes d’Asie, et jusque dans certaines rues de Paris. Le délire, la fête, l’enthousiasme allaient tout pulvériser.

 

Cette nuit, s’affrontent les diables de toutes les diableries et chancelleries démoniaques des mondes, et l’espérance de lumière, fortune et chance dont rêvent les hommes. Cette nuit, toutes les armées obscures de la terreur cachée et les hordes des morts avides et inassouvis déferlent à l’assaut de la Terre, et cherchent à ruiner leurs frêles rêves de bonheur et de paix. C’est pourquoi il faut se battre, les affronter et les chasser, à grands bruit, à grands cris, les refouler jusqu’au lever de ce soleil qui triomphe enfin de toute la crasse. Jusqu’à cet instant fragile, rien n’est gagné.

 

La forme mince est absolument immobile, à l’exception d’un pincement régulier et silencieux des narines. Dans le couloir, parfois, des pas feutrés et les roues assourdies des chariots qui s’éloignent.

 

Il se souvient de tout. Tout revient, par bribes. La maison blanche de ses parents, dans les fastueux jardins de Saïgon, vers le fleuve. Du village de ses grands-parents, la cohue des cochons, des chiens et des poulets, la boue et la senteur de l’acre pourriture, et les fleurs opulentes des haies lui reviennent aussi.

 

Y a-t-il des diables dans les fleurs, dans la nuit qu’elles recèlent en elles, dans leur capiteux parfum, dans la houle indolente de leurs corolles ?

 

Peut-être faudrait-il alors chasser les diables des fleurs.

 

Sa grand-mère balayait la maison avant cette fameuse nuit, lavait le sol à grande eau et faisait tout reluire. Chassons d’abord les diables de chez nous, disait-elle. Puis elle préparait avec ses servantes  les jiao ze, et les corbeilles de fruits et de sucreries, la carpe, le coq et le jarret de porc.

 

On chasse les diables, songeait-il, mais ils sont forts. Si forts, que nous ne sommes que des marionnettes entre leurs griffes.

 

Te souviens-tu, mon cœur ? Quand la petite Rosita s’est noyée dans le puits, le grand-père a rabroué ta tante, sa fille : « Ce n’était qu’une fille. Tu n’avais qu’à mieux la garder ».

 

Les oncles revenaient de la pêche, toujours contents de leurs trésors ruisselants. Le diable les a mangés, les deux. Il y a de puissants, de très puissants diables, qui jouent le monde aux dés, aux cartes, peut-être, se le disputent, se le partagent, le déchirent en pièces.

 

Il se souvient des cartes de l’école coloniale. Indochine, Tonkin, Cochinchine, Laos, Siam, Cambodge, noms séparés par de gros traits noirs sur fond de diverses couleurs violentes, vert, bleu, orange. Sommes-nous comme cela ? Bleus, verts, oranges ? Où passe ce trait épais ? Que sépare-t-il ? Il sépare les peuples et la famille des hommes en tranches que se disputent des diables importants au banquet de l’Enfer, qui se tient encore assez souvent.

 

Un jour des diables blonds ont mis la main sur son pays, on disait alors Viet Nam, et de nouvelles limites étaient apparues, Nord et Sud, comme on taille dans un morceau de viande.

 

Des diables vomis par des engins de fer, des bateaux de fer, des bombes de fer volantes, des tempêtes de fer, des nuages de feu, à ne pas croire.

 

Lui n’était plus là pour le voir, mais il savait que le malheur tombait là-bas comme par une invincible magie. Quand il est retourné, la bête avait tout dévoré. Les oncles, les cousines, le village tout entier, et tant d’autres villages. On voyait cela sur les écrans en noir et blanc des villes et des villages, et même à Paris où il résidait maintenant.

 

Les pétards et les conjurations n’ont pas suffi à écarter ces diables de la maison pourtant luisante de la grand-mère, qu’astiquaient les servantes.

 

Il y a de puissants démons.

 

Il se souvient aussi de ce tigre qui un jour est entré chez lui, deux ans après son mariage. Un tigre soyeux en robe verte, aux yeux fendus de velours noir, ce terrible sourire en coin, et cette voix rauque, ce feulement, s’il s’en souvient ! Il en frémit encore, et c’est si loin pourtant, des siècles et des siècles, et la tache orangée de son dos, quand il défaisait un par un les boutons de sa robe, puis la morsure, soudain, la terrible morsure, le tigre qui le dévore, lui déchire les yeux de ses griffes, le tigre de la jalousie, qui mord aux tripes et les arrache sans répit, des siècles durant, sans même celui des nuits de la saison sèche, pourtant moins oppressantes, et cette femme qui respire fort à côté de lui, voilà qu’elle ronfle, maintenant, il la hait, et son ventre qui enfle encore et encore, d’être là, alors que l’autre…

 

Les enfants, qui étaient si contents de lâcher leurs pétards, confits de joie et de terreur, tout excités, faisant derrière eux le cortège sinueux du dragon, frappant les casseroles à grands coups de cuillères et braillant pour exorciser le monde, ont-ils mieux réussi ? Que sont-ils devenus ? Il y a si longtemps qu’ils ne viennent plus. Depuis qu’il les a chassés de sa maison. Ces sales histoires de drogue. Cette petite grue qui se faisait sauter par des nègres. L’autre qui ne savait que faire. Dehors, vermine.

 

Ceux-là aussi, le diable les a mangés. Le diable a toujours faim. Peut-être est-ce moi, le diable qui les a mangés. Peut-être ne les ai-je pas aimés. Pas vraiment.

 

Il n’empêche qu’ils se rassembleront comme des vautours pour se disputer encore une fois sur son cadavre les restes encore chauds de ma fortune.

 

Parce que oui, c’est vrai, j’ai bien réussi en France. J’ai continué le commerce des perles et des pierres fines, avec les juifs et les indous.

 

Demain ils se rassembleront comme des vautours ou comme des diables et arracheront chaque bribe de ma chair, et mes immeubles, mes livres et mes trésors.

 

Et ce démon qui me dévore, ce soir, d’où provient-il ? Aucun barrage ne l’a tenu, retenu, ne l’a empêché d’entrer jusque là, jusqu’à ce lit où je demeure, de me broyer encore un peu, dans la salive de sa colère.

 

J’essaie de calculer mon âge, et je n’y parviens plus. Les pensées se chevauchent et ne veulent rien savoir. J’ai passé quatre-vingts, de cela je suis sûr.

 

Il faut que je me lève et que je casse enfin tout, que je hurle avec le monde entier, pour faire barrage aux ombres, leur interdire d’entrer.

 

Ma femme. Je pleure maintenant des larmes de sel pour ce que je sais maintenant d’elle, et de la souffrance que j’ai chaque jour versé de ma rancune et de ma haine dans les sillons de ses journées et de ses nuits.

 

Maintenant je la vois. Je l’aime. Ses yeux me brûlent. Qu’ai-je fait, pourquoi ne l’ai-je pas aimée non plus ?

 

Il est trop tard. Aucun filet n’a retenu les grands démons de ma noirceur, de ma folie, aucun tambour, aucun pétard, ni aucun moine.

 

Dehors la nuit s’embrase, et rien ne filtre dans cette chambre ponctuée de souvenirs.

 

Un jour on a retrouvée morte la sœur de Mme W. et son meurtrier s’est pendu le même jour. C’était M. W. que les diables ont mangé lui aussi.

 

De tout, je me souviens.

 

Et la boutique aux volets verts n’a plus jamais rouvert. Il y a de puissants démons.

 

Les draps sont à peine tendus par cette forme mince, à peine.

 

La porte est maintenant ouverte, et des pas glissent sur le sol plastifié, dans un murmure.

 

-        Arrêtez ! Laissez-moi ! Partez ! Ne me faites pas de mal !

 

Les ombres se fondent lentement dans l’ombre, et ça devient tout un peuple debout alentour. Puis l’ombre fond doucement, jusqu’à se changer en une clarté diffuse qui s’accroît peu à peu. Et soudain la lumière s’impose, renverse et submerge tout.

 

Autour de lui, il y a maintenant tout un village, grand-pères, grand-mères, les oncles et tantes et les cousines, et Rosita qui lui sourit, et puis soudain…

 

-        Maman ! Papa !

 

Une forme svelte et souple saute du lit pour les rejoindre.

 

 

***

 

Dans un bureau lointain, à l’étage au dessous, résonne sourdement un vibreur. L’infirmière de nuit se secoue, boit une gorgée de café froid, note le numéro de la chambre.

 

Saisissant un stylo, à la case 712, elle écrit : M. L. décédé, 01 h 13.

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 19:32

Entendre des gens dire : je fais ce que je veux, je suis libre, me fait toujours sourire. Il est d’une parfaite évidence, dès qu’on a commencé à voir comment fonctionne la mécanique, que nous sommes presque constamment sur programme automatique, comme nos machines à laver, et que l’espace de manœuvre est minuscule.

 

C’est vrai pour les tâches les plus réactives, marcher, digérer, sourire et tendre la main, échanger des propos météorologiques, bander, conduire, faire la gueule, mais il arrive que l’on puisse déceler des influences beaucoup plus profondes.

 

Voici une histoire qui illustrera, je l’espère, l’alchimie que peut opérer sur lui-même le désir, le désir le plus profond, la noire et primitive pulsion sexuelle enfouie, pour éclater au grand jour, sans même que nous en ayons conscience.

 

Je veux dire que le désir passe par nous sans que nous ayons pouvoir sur lui, ou si peu. Ce faisant, il change de forme et de qualité, afin d’apparaître présentable à nos yeux, présentable ou mieux, paré de grâce et de beauté. C’est lui, l’écailleux dragon vaincu par la virginité et l’innocence. Plutôt que ce terme guerrier, on pourrait dire : sublimé, transformé.

 

L’histoire est d’autant plus curieuse qu’elle a fait des détours pour s’accomplir, passant même par une complice involontaire, ma femme.

 

Il y a de nombreuses années, plus de trente, j’étais amoureux. Rien d’extraordinaire, je suis presque constamment amoureux. Je ne suis jamais un peu ou vaguement amoureux, mais toujours ardemment.

 

L’objet de ma fièvre était une belle dame vive et élancée, mariée, mère de plusieurs enfants ; elle avait quinze ans de plus que moi.

 

Nous avions de longues discussions sur les sujets les plus divers. Ceci était très amical, mais dans mon esprit cette fulgurante beauté épanouie jetait des racines de plus en plus profondes. Ce genre de cheminement obscur fait mal, surtout quand l’épanouissement reste contenu.

 

Pour une foule de raisons probablement - peut-être tout simplement parce qu’il faut une réciprocité dans ce genre d’affaires, cette idylle est restée inaboutie.

 

Trente ans de péripéties existentielles m’en ayant fait perdre jusqu’au souvenir, j’ai eu la surprise un jour de la rencontrer au coin d’une rue. Surprise, joie, rires.

 

Elle vit seule. Sa beauté a certes un peu souffert des piques du temps, comme l’a fait ma silhouette épaissie, mais elle est étonnamment la même que la veille, trente ans plus tôt.

 

Je propose un déjeuner avec Mme VJ dans un petit restaurant de campagne, quelques jours plus tard. Excellent moment.

 

Mme VJ sait bien que je suis encore amoureux. Elle me connaît si bien…

 

Un jour, elle nous invite chez elle. Mme VJ fait l’emplette de chocolats fins.

 

C’est pour le surlendemain. Le lendemain.

 

Au matin, Mme VJ me raconte le rêve qu’elle a fait, dans lequel sa mère lui offrait une brassée de roses rouges ; elle, en retour, lui tendait un bouquet de roses rose.

 

Puis elle dit : les chocolats, c'est bien, mais il faut lui offrir des fleurs. C’est mieux.

 

Nous partons. On traverse une petite ville dans laquelle existait un fleuriste. Mais, pas de chance, la boutique est à louer ou à vendre.

 

-       Tant pis, dis-je. On a des chocolats.

-       Non, attends, on passe à 3 km de St…, on peut faire le détour, il devrait bien y avoir un fleuriste.

-       C’est dimanche, ça risque d’être fermé. On va être en retard.

-       Non, vas-y, essaie !

 

On entre dans le patelin, et là, une boutique de fleuriste est ouverte.

 

On entre sous la pluie d’hiver. Il y a des fleurs coupées, mais mes yeux tombent d’emblée sur une splendide orchidée blanche. C’est-elle que je veux.

 

Le fleuriste, sorte de lutin falot et bondissant, quadragénaire, a une voix bizarre, comme d’un adolescent qui mue, qui du grave part d’un coup dans les aigus, en vrille. Je ne sais pourquoi, il essaie de me fourguer plusieurs plantes rouges, roses, jaunes, aux noms latins ou exotiques. Je tiens bon. Mme VJ ne dit mot.

 

On repart avec la belle emmaillotée et ficelée d’argent.

 

-       Elle est magnifique, dit ma femme.

-       Oui.

 

Elle est vraiment très belle, et bien reçue. Elle trouve instantanément sa place dans l’appartement.

 

Quelque temps plus tard, Mme VJ rentre de sa journée, et me demande d’un air rieur :

 

-       Tu connais le sens du mot « orchidée » ?

-       Non.

-       « Orchis », ça ne te dit rien ?

-       Mais si ! Oui ! Les couilles !

-       C’est ça.

 

C’est bien ça. Le mot grec orchis désigne les testicules. Quand on offre une orchidée, on offre ses couilles. Un peu raccourci, certes, mais c’est bien cela.

 

En français moderne, on dit : offrir son amour.

 

D’après le ouèbe, orchidée rouge, là c’est vraiment direct, "tout de suite boum boum".

 

Mais heureusement, de l’orchidée blanche, le ouèbe dit : « L’orchidée de couleur blanche exprime un amour pur et idéalisé de la personne aimée. »

 

Un instant, j’ai craint le pire !

 

Parce que c’est vraiment ce que je ressens, un amour calme et profond, admirateur de cette fine beauté qui a intelligemment traversé le temps.

 

Mais, et c’est ce que je voulais exprimer, ce n’est pas par un acte volontaire de ma personne que j’ai réussi à traduire cet amour. L’affirmation éclatante de ce désir sublimé a pris naissance dans et traversé le rêve de Mme VJ, qui a décidé d’offrir des fleurs et m’a poussé bon gré mal gré jusqu’au second fleuriste, puis bousculé l’entrave dudit fleuriste qui tentait obstinément de me fourguer autre chose que la fleur élue.

 

C’est pour cela que j’affirme que le désir vit en nous et nous mène comme il le veut, où il veut.

 

Ce désir issu du plus profond (car si orchis sont les testicules, Orcus est le dieu des Enfers, qui se repaît de chair humaine) a perdu du feu en route, le feu noir du  dragon cruel et insatiable, pour devenir l’éclatante bannière blanche du respect, de l’amitié, de la complicité.

 

 

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 08:58

J'ai transcrit un jour sur ce blog un fabliau exemplaire.

 

Il est d'usage de considérer les anciens comme des crétins, c'est par exemple le message subliminal de cette nullité cinématographique qu'est la série "les Visiteurs".

 

Pour en arriver à ce degré zéro de la pensée, il a fallu que toutes les bibliothèques brûlent. C'est toujours la même main cachée qui efface toutes les traces de la grandeur et de la splendeur qui a précédé cette ère sombre qui n'a que ce seul subterfuge pour se faire passer pour lumineuse.

 

Toute la sagesse du monde est pourtant écrite en ce conte, bien au delà de la gaudriole et de la morale simpliste qu'il affiche... 

 

Un écrivain moderne, Rudy Rucker, a repris le thème des souhaits dans un bouquin facile à lire, abracadabrant et échevelé.

 

Hé bien, alors qu'on ne parlait pas du tout de cela, un soir que je réchauffais ma viande au coin du feu, Mme est arrivée et m'a dit : vois-tu, mon koan, si je devais en définir un, je crois que ce serait : Quel voeu pourrais-je faire, qui engloberait toutes ses propres conséquences et les conséquences de ses conséquences, sans nuire à quiconque ? Ou, en bref: Quel est le voeu parfait ?

 

Je vous laisse avec ça.

 

 

 

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 11:11

On a coutume de considérer la doctrine traditionnelle des âges comme s'appliquant à des ères qui excèdent de loin la vie humaine.

   

Nous serions - nous sommes d'une manière évidente - dans l'âge de fer, ou âge des conflits, de tout ce qui s'érode, se sépare, s'éloigne et disparaît.

 

 

 

 

Si ceci est assez connu, il est plus difficile de saisir, et bien moins exposé que ces âges nous habitent aussi.

 

L'or, c'est la pure lumière de la conscience, qui brille par elle-même.

  

L'argent, c'est l'intellect. Si l'or jamais ne se corrompt, l'argent, qui a cependant des vertus purificatrices, noircit. L'intellect peut servir à divers usages.

 

Le cuivre, c'est avec l'étain, l'un des composants de l'airain, le bronze. Mélange de métaux d'une grande plasticité, qui correspondent aux émotions, aux sentiments, au début de la corruption, par le regret, la nostalgie, l'oubli.

 

Le fer, métal martien, c'est l'irruption de la nécessité, de l'illusion de séparation, et de la violence qu'elle entraîne.

 

Dans le schéma traditionnel, les âges durent respectivement 4, 3, 2 puis enfin 1 temps. L'âge de fer est le plus court.

 

Il mène au pralaya, la dissolution qui ramène l'âge d'Or.

 

L'homme est libre. Rien n'est écrit. Aucune fatalité ne pèse sur quiconque. Au plus noir de l'âge de fer, l'or de l'intuition peut nous illuminer. L'argent de l'intellect supérieur peut adoucir la dureté du temps. La tendresse vénusienne peut nous aider à franchir les ponts qui nous séparent.

 

Livrer nos parties de fer à la rouille, accepter cette corrosion de ce qui n'est qu'une enveloppe, et que nous prenons pour nous-même, c'est aider à exhumer l'or éternel qui gît en nous.

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 10:38

neige-2010-002.jpg

 

 

Qu'est-ce qu'un sage ? se demande Mme VJ.

 

En français, ça sonne un peu comme singe. Saint Je. Ça, je sais. Ça aussi. Je sais tout.

 

Le sage est-il quelqu'un qui sait ? Plutôt celui qui says. Qu'importe qu'il sache, comme un singe, ou non, sa leçon. L'important, c'est qu'il parle.  Du sage, on attend, on subit, on recueille la parole. Sage est de la famille du verbe anglais to say, dire, qu'on retrouve dans le terme islandais saga.

 

Le sage disait les contes de l'ancien temps, quand, semble-t-il, les dieux vivaient parmi les hommes. Lui se souvient et sait dire les mots qui gardent un peu de lumière dans la nuit qui vient et qui dure. 

 

Pour les parents,un enfant sage ne fait pas de bruit. On verra plus bas qu'enfant sage est un oxymore.

 

Le sage fait preuve de sagacité lorsqu'il ouvre la bouche. Souvent, d'ailleurs, il se tait, ce qui est parfois une preuve de sagesse. La prudence est une forme de sagesse. On disait d'ailleurs : un prud'homme. Trop prudent n'est pas sage. Trop n'est pas sage, et pas assez non plus.

 

Et parfois, face à la sottise et le férocité des bipèdes, le silence est de mise. Prudence. 

 

S'agiter n'a rien de sage. Ouvrir la bouche pour ne rien dire non plus. La parole du sage est de l'or, car elle éclaire les ténèbres.

 

Les anciennes sagas se chantaient, comme chantaient les aèdes, et Homère.

 

 

 

 

Parler, froisser sa bouche, cracher des injures et des mots sales et vides, des menaces et des promesses éhontées comme le font les hommes politiques, qui bientôt poseront le costume trois pièces pour le short des lutteurs de foire, les journaleux, les camelots et la plupart des hommes d'aujourd'hui pour embrouiller, tromper ou répéter à la façon des psittacidés les truismes les plus avariés, c'est emplir le monde de ténèbres.

   

Les ténèbres sont un amas de choses mortes. 

 

Dans ce monde de ténèbres, certes, le silence est vertu (du grec arété, la vertu est puissance et rigueur). Parfois, un mot juste qui sonne clair déclenche des cercles vertueux, suscite, anime ou réanime des énergies latentes, des princesses endormies.

 

Certains poètes sont des sages, d'autres ne sont que de vils marauds. Certains se branlent de mots. De certaines bouches, goutte la haine, parfois cachée sous des appâts sucrés.

 

 

 

 

Le ouèbe fourmille de mensonges, mais c'est le lot de tout ce qui s'énonce aujourd'hui. Mensonges ou paroles inutiles. Tant de revues, de magazines, glacial vomi sur canapé, pour distraire un instant, meubler le vide.

 

La parole sage résonne dans le vide, et le vide demeure.

 

Les contes savaient cela, qui de la bouche des mauvaises soeurs faisaient jaillir crapauds et vipères.

 

C'est que le coeur des gens vils est un nid de vipères, un repaire de bandits. Le coeur du sage est clair comme l'eau qui coule de la montagne.

 

Sa parole ruisselle et abreuve, soigne, guérit, donne un nouveau courage.

 

Le sage ne dit rien qui ne sorte de son coeur. Rien d'appris par coeur. 

 

Le singe singeant saint Jean n'est pas sage. Le son de la leçon même bien apprise n'ouvre aucune porte.

 

Le sage ne se répand pas aux carrefours. Le sage n'est pas un bateleur, un saltimbanque. Lorsqu'il courait les rues en criant "Je suis la Vérité", Al Hallaj était-il fou, ou sage ? 

 

Mais le sage peut-il ne pas dire, puisque son nom même implique qu'il dise ?

 

Est-il sage de chercher à savoir, alors que parfois la sagesse illumine un idiot, et que souvent la vérité sort de la bouche des enfants ?

 

Enfant (infans), c'est celui qui ne parle pas. Le sage, qui parle, doit-il redevenir comme celui qui ne parle pas ?

 

Ai-je parlé pour ne rien dire, ou ce discours contient-il un peu de sagesse ?

 

Je m'abstiendrai (sagement ?) d'en décider, et vous propose d'écouter la parole d'un sage :

 

Comment l'huitre perlière s'y prend-elle pour fabriquer une perle?

 

Tout d'abord, c'est un grain de sable qui est tombé dans sa coquille et ce grain de sable est une difficulté pour l'huitre, il l'irrite.

 
"Ah, se dit-elle, comment m'en débarrasser, il me gratte, il me démange, que faire ?"


Et la voilà qui commence à réfléchir : elle se concentre, elle médite, elle demande conseil, jusqu'au jour où elle comprend que jamais elle n'arrivera à éliminer ce grain de sable, mais qu'elle peut l'envelopper de façon à ce qu'il devienne lisse, poli, velouté. Et quand elle y a réussi, elle est heureuse, elle se dit : "Ah, j'ai vaincu une difficulté!"


Depuis des milliers d'années, l'huître perlière instruit l'humanité, mais les humains n'ont pas compris la leçon, et quelle leçon ! Si nous arrivions à envelopper nos difficultés et tout ce qui nous contrarie dans une matière lumineuse, douce, irisée, nous aurions des richesses inouïes. Voilà ce qu'il faut comprendre. Alors, désormais, au lieu de vous plaindre, trouvez la matière spéciale qui peut envelopper vos difficultés. Quand vous vous trouvez devant un événement pénible, une personne insupportable, réjouissez-vous en disant : « Quelle chance, encore un grain de sable voilà une nouvelle perle en perspective ! Merci la vie ! »

Si vous comprenez cette image de l'huître perlière, vous aurez du travail pour toute la vie.

 

Omraam Mikhael Aivanhov "Règles d'or pour la vie quotidienne".

 

 

 

 

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Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.