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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 09:27
Dans l'un des livres de Gustav Meyrink, j'ai oublié lequel, peu importe, et, même si l'envie ne me manque pas de relire Meyrink une fois encore, le temps me fait défaut pour cela, un lama prédit l'affreuse guerre de 14/18, parce que les humains sont précipités les uns contre les autres par une volonté inflexible, comme des fourmis attirées par l'affreuse magie du sucre.
 
Cette volonté, je la crois réelle et parfaitement efficace. Elle façonne la destinée collective. Comme une rivière coule selon une pente donnée. Les rivières joignent la mer, où tout se dilue.
 
Et pourtant, certains poissons remontent le courant. Le saumon, qui figure dans l'art symbolique celte, a ce pouvoir, chèrement acquis.
 
Une sépulture, en Occident, se compose d'une dalle horizontale pesante, censée recouvrir le corps et l'empêcher de foutre le camp, ce qui serait embarrassant pour les héritiers, et d'une pierre verticale où figurent les données anthropométriques du défunt.
 
Notre existence terrestre est ainsi, à l'image de la croix : l'horizontal est soumis au destin collectif. S'il y a une guerre en un pays donné, nul n'y échappe.
 
Certains meurent, d'autres en réchappent. Horizontal. Le vertical, c'est la réponse que nous avons apportée aux questions cruciales que ce maëlstrom brutal a soulevé. Il n'est pas ici question de couleur de peau, d'appartenance à une religion, de politique ou de philosophie.
 
Qu'importe ce qu'on professe, qu'on croit, ou qu'on prétend être, quand la question cruciale - tel est le mot - se pose soudain ?
 
La question ? Qui la connaît ? Pour chacun de nous, elle a un visage, un sens particulier.
 
C'est comme un saut d'obstacles. L'obstacle, le koan, la question, sous leurs infinies variations, n'ont qu'un sens : Es-tu enfin devenu un être humain ?
 
As-tu trouvé la verticalité ?
 
L'être humain, j'ignore ce que c'est. Souvent, du haut de moi, j'ignore, je juge et je sépare.
 
L'homme a reçu le don de la parole. Sans doute n'est-il pas le seul. Les merles et mon chien parlent. Quand souvent les humains grognent et aboient.
 
Pourtant, lorsqu’on franchit cette apparence cuirassée, après avoir encore traversé les marécages de l’avidité et de toutes les pulsions diversement érotiques, reste souvent un enfant qui pleure dans ce monde indéchiffrable où il a été jeté, sans que personne ne  lui vienne en aide.
 
Il semble naturel de lui tendre la main, mais c'est souvent pour qu'il décharge toute sa haine et sa frustration.
 
La guerre qui est en cours - le temps n'existe pas - est très difficile à comprendre, si l'on se base sur les informations officielles.
 
En fait - en fait, cette commodité de langage dont beaucoup abusent, ça signifie : non pas ce qui est dit, car c'est du vent, mais ce qui constitue une base palpable - la guerre porte justement sur ce qui fait le caractère unique de l'être humain : sa capacité à retourner, comme le saumon, à sa source, à la fois riche d’expérience, et exténué par le voyage, réduit à son essence.
 
Elle a lieu, cette guerre, dans tous les temps, entre deux projets : le premier, symbolisé par la ruche chère aux francs-maçons, à la révolution française et à napoléon, et par toutes les variétés de pyramides, qui a pour ambition de constituer de toute l'humanité un seul ensemble différencié par ses seules fonctions (l'ancienne tripartition soulignée par Dumézil, par exemple) ; le second : l'échappée belle, que devraient porter les religions, qui ont failli.
 
L’échappée belle. C'est un sujet de rêverie facile. Dans la pratique, c'est un peu plus ardu. La libération porte bien son nom : elle consiste à ressentir puis, souvent après une phase douloureuse et peu efficace de révolte, à identifier tous les liens qui retiennent ici notre être intelligent.  
 
Les plus misérables des hommes sont soumis à toutes sortes de domination : on les appelle esclaves. Mais l'esclave Epictète était bien plus libre que ses maîtres.
 
Il existe tant d'autres esclavages que la brutale et légale domination...
 
Je n'ai pas pour but de faire un traité des chaînes qui nous rivent à la pesanteur.
 
Les révolutionnaires en carton qui versent généreusement le sang des autres sont esclaves de leurs rêves de grandeur, de puissance, de leurs pulsions infantiles. Jamais aucune révolution n'a libéré qui que ce soit, sauf, comme les guerres et en fait chaque instant de toute vie, à un degré moindre, ceux qui, confrontés à la question cruciale, ont choisi enfin l'humanité.
 
Les médecins modernes qui administrent le poison sans plus rien savoir des équilibres vitaux sont les esclaves de la machine à décerveler. Comme les paysans fonctionnaires et les "artistes". Et les cohortes de psychanalystes qui ont pour fonction de ramener les brebis errantes à la litière commune. 
 
Nos racines sont dans le ciel, d'où vient la sève. Ceux qui l'ignorent, fussent-ils encensés par la république sont des singes sans vertu et sans noblesse. Des rouages.
 
Entre le comportement de rouages que nous proposent tous les catéchismes, et principalement le catéchisme républicain, qui adore le dieu de la ruche, et la déesse raison, entre ces rêves d'épicier et la transfiguration de l'homme que nous offrent en perspective les gnostiques, seuls ces derniers ont une véritable vision de la liberté et de la dignité de l'Homme.  
 
D'un côté, les menaces constantes, l'intimidation, le poids de la loi, l'équarissage pour tous (Vian), afin que nul ne dépasse, et Monsieur Valls roulant ses gros yeux d'hyper-thyroidien s'y emploie à fond, sous les éternels et commodes prétextes de la sécurité, comme ses collègues d'outre-france le font ailleurs, les méchants chiens de garde, - au troupeau nul n'échappera, de l'autre : la paix qui vient de l'intérieur. En chaque homme dort un germe souvent écrasé sous la peur et le conformisme. Curieux que dans ce mot on trouve : confort. Tellement plus confortable de se conformer aux ordres, aux injonctions, aux courants de société, à la télé.
 
Sous les vagues de la surface, il y a pourtant un monde en paix, où le bruit et la peur sont inconnus. Au fond de la mer, l’ancrage.
 
Ceux qui s’amarrent à ce silence échappent à la loi commune. La crainte n’agit plus sur eux. La mort ne leur fait pas peur. Les menaces et les promesses de sécurité les font rire.
 
Ce sont bien sûr des terroristes, qui mettent en danger la cohésion de la ruche. La colle de cette nouvelle Babel, c’est la peur qui coule dans les veines, et son produit, par oxydation : la soumission.
 
 
Il est insupportable au système que quiconque échappe à la peur, et à la soumission. Que quelqu’un prétende à la verticalité dans un monde républicain. Que quelqu'un se réclame d'une essence venue d'ailleurs, et insoumise au prétendu grand architecte de l'univers, qui n'est qu'un clown avec des pinceaux.
 
La question s'est posée souvent. Il y a quelques siècles, 7, Manuel Valls a écrasé le pays et la fraternité cathare, comme il avait cloué auparavant les camarades de Spartacus.
 
Au nom de l'ordre républicain. Ou catholique. Même si ces deux là semblent se déchirer, ils sont de la même écurie. Je m'en souviens, j'y étais. De l'autre côté, déja. Il y avait aussi l'homme au visage plat, Fenech, le renard des sables. Les chiens de garde. On les retrouve toujours, à chaque épisode, increvables. 
 
Ils croient dur comme fer à leur importance, et à leur vérité. Ils servent la ruche et la serviront toujours. Leur mission : que nul ne s'échappe.
 
La vôtre - si vous l'acceptez : foutre le camp.
 
Pour cela, une seule méthode : défaire tous les liens, jusqu'aux plus ténus, toute volonté de domination, toute soumission, toute dépendance, tout lien, sauf ce plus petit dénominateur commun : ce qui fait d'un être humain un être unique, un frère, une soeur, un autre soi-même, quand il s'est dévêtu lui aussi de toute autorité, de toute soumission, de toute appartenance, de toute dépendance.
 
On ne peut aider que celle ou celui qui ont pris conscience de leur servitude. Le reste est servir des perles aux cochons.
 
Il est donc de plus en plus nécessaire d'apprendre à distinguer les humains des cochons. Et, s'il y a plus d'humains véritables qu'on pourrait croire à première vue, le nombre des porcs est immense, et leur malignité redoutable. Il y a même de gentils cochons dont la toxicité est parfaitement inconsciente.
 
Et tant d'hybrides, dont je suis, aussi, bien sûr. 
 
Puis, quand plus rien n'a d'importance - c'est difficile, car il faut en même temps veiller à ne rien troubler, de l'ordre des choses - rien n'a plus de poids.
 
Alors on peut voler, sûrement. 
 
 
 
 
 
 
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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 19:46

Dieudonné, c’est Spartacus à la tête de la rébellion, et c’est pour cela qu’on va le tuer, le mettre en croix comme on le fait des esclaves révoltés. Pour faire un exemple.

 

Pour que l’ordre public de la vermine, la république des canailles ne soit pas troublés et digèrent en paix. Que la bourgeoisie laïque et franc-maçonne continue à savourer sa probité en ronronnant.

 

L’antisémitisme, toute personne douée d’un minimum d’intelligence sait que c’est juste un prétexte, de la poudre aux yeux. 70 ans qu’on joue les violons aux foules abruties à la mémoire des seuls humains à avoir jamais souffert sur terre, et ça continue. La planque idéale.

 

Pendant ce temps-là, à l’instant où j’écris, des millions de gens crèvent de misère à la vue du monde entier, parqués dans le camp de concentration de Gaza. Dire que c’est immonde et inhumain, c’est être antisémite, et c’est le crime majeur, mon frère. Il fallait y penser.

 

Un petit placement pour un gros bénéfice, sans aucun doute.

 

C’est tellement ubuesque que le nombre de juifs humains et empathiques qui s’insurge contre cette éclatante ignominie augmente chaque jour le nombre des antisémites ! Des juifs antisémites, je ne suis pas sûr qu’Alfred Jarry y aurait cru. Plus fort qu’Ubu !

 

Toutes proportions gardées (j’insiste sur la proportion), Dieudonné, c’est aussi Jésus face au Sanhédrin et à Ponce Pilate.

 

Même scénario : le grand prêtre a demandé au roquet de service la tête du nègre, et l’a obtenue.

 

Sauf que le Ponce Pilate du moment ne s’en lave pas les mains, au contraire, il oeuvre avec une telle délectation que c’en est effrayant. Sa haine est affreuse à voir, au larbin. Il jappe, il grogne, il mord, il bave et se démène, et mobilise toute son énergie malfaisante contre la victime expiatoire.

 

Dieudonné, c’est le mec dont il faut avoir la peau pour que la mafia puisse tranquillement retourner tondre ses moutons et mettre son jeu en place pour la grande fête satanique.

 

Le Sénat lui, ne s’y est pas trompé, qui vient de refuser de lever l’immunité parlementaire d’un très brave homme, aimé de tous, un certain monsieur Dassault, ici dans le rôle de Bar-Abbas, qui a beaucoup fait pour notre pays, avec un admirable désintéressement, dans le respect constant de nos chères valeurs républicaines.

 

Ce serait, je le crains, une preuve d’antisémitisme que de penser un instant que le fait qu’il est juif y soit pour quelque chose.

 

Non, je n'y ai absolument pas songé, Monsieur Valls, pas un instant. C’est juste qu’il y a des bons, des justes, des qui tutoient le bondieu à cause de leur naissance juste là où il fallait, du bon côté du mur et qui se serrent les coudes, entre amis, entre gens de bonne compagnie, que voulez-vous, c'est bien normal, n'est-ce pas ? et d'un autre côté des salopards de nègres qu’il faut remettre une fois pour toutes à leur place : les poubelles.

 

Et c'est ainsi qu'Allah est grand, écrivait Vialatte.

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 11:11

Elle sortait juste de l'école d'infirmières, à dix-neuf ans. C'était son premier stage.

 

Depuis deux ans qu'elle était partie de chez ses parents qui ne comprenaient rien à rien, elle vivait avec et chez un vieillard de 35 ans qui ne foutait rien, dormait jusqu'à midi en attendant qu'elle apporte le déjeuner et cherchait la Lumière.

 

Elle y croyait très fort. Chaque soir, après qu'elle ait fait la vaisselle et mis un peu d'ordre dans l'appartement, tous les deux appelaient sur eux la Lumière, sur eux et sur le monde, ce putain de monde qui ne tourne pas rond et vit dans le noir.

 

Parfois, il lui arrivait d'appeler la Lumière sur ses parents, qui vivaient eux aussi dans le noir et ne comprenaient rien à rien.

 

Ce soir là, c'était son premier poste. Contente, contente. Deux ans à apprendre la prise en charge des patients, les soins, l'hygiène, les gestes de confort et d'apaisement, elle était prête, et si désireuse d'apporter la Lumière !

 

Elle dansait d'un pied sur l'autre derrière l'infirmière de garde lorsqu'on amena le client.

 

Bien amoché. Sale trogne, bien esquintée.

 

Elle suivit le cortège jusqu'à la chambre, aida à tout, pleine de lumière. L'autre grognait.

 

Il y eut ensuite plusieurs entrées, où elle fit ce qu'elle put.

 

A 2 heures du matin, l'infirmière débordée l'envoya dans la chambre de l'amoché, lui faire une piqûre. Elle a l'air bien, cette petite, elle saura faire.

 

Gentille, elle n'alluma pas le plafonnier. L'autre geignait un peu.

 

Je vais vous faire une petite piqûre, ça ne fait même pas mal,  vous ne sentirez rien.  

 

L'autre commençait à s'agiter. Un grand garçon comme vous, n'ayez pas peur, dit-elle en saisissant son poignet fortement musclé et poilu.  

 

Un peu fébrile, elle localisa la veine, y planta l'aiguille d'un coup et y injecta le produit en psalmodiant : Reçois la Lumière, mon frère, reçois la Lumière !

 

L'amoché commença à frémir, à trembler violemment puis à faire d'horribles sauts de carpe sur le lit étroit. Ses plaintes devinrent un gémissement, puis un cri insoutenable qui tira de leur somnolence le personnel hospitalier et les malades qui, terrifiés, crurent arrivée l'heure du Jugement.

 

Lorsque les instances médicales, la direction et la police furent sur place, la petite, choquée, mise sous sédatifs fut emmenée à fin d'interrogatoire ultérieur. Elle balbutiait : la lumière, la lumière...

 

A l'inspecteur qui demandait l'identité du défunt, carbonisé dans les décombres fumants du lit, l'infirmière ulcérée d'avoir fait confiance à cette petite dinde chaussa ses lunettes et répondit, butant sur les lettres du patronyme : Monsieur... Angelo SHAITAN, monsieur l'Inspecteur.

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 11:21
En regardant cette puissante version du 2ème concerto pour piano de Brahms, où le paterne Celibidache s'associe au fougueux Barenboïm pour nous livrer les pensées secrètes de ce génie de la musique, je ne cesse d'être bouleversé par d'évidentes flamboyances : chaque musicien, le soliste y compris sont liés au respect de l'oeuvre écrite, figée dans l'encre et le papier, et nul ne peut y déroger.
 
Le vieux Celibidache est le domestique en chef, un larbin comme un autre, comme le cher Haydn, qui mangeait à la table du personnel et tous les histrions dont le rôle est de divertir les maîtres qui les paient. S'ils sont fastueusement traités, de nos jours, pour ceux qui réussissent, la concurrence est rude, et ils ne sont toujours que des rouages de la pyramide.
 
Leur mission pyramidale, plus encore que de divertir les maîtres, est de maintenir le peuple dans le moule culturel ambiant, qui forme une sorte de mur dont nul n'échappe. Et par peuple, j'entends aussi les gens fortunés qui s'assoient sur leurs fauteuils à plusieurs centaines d'euros la soirée avant d'aller dîner de bulles et de graisses animales.
 
J'ai dit : dont nul n'échappe, et c'est faux. Je sais que c'est faux, pour avoir vécu il y a bien longtemps un rejet viscéral de ce carcan. A un certain degré de libération, le silence revient, et le silence suffit (et puis la vie revient). 
 
Comme des fourmis industrieuses, les musiciens disparates - blonds, bruns, jeunes ou anciens, hommes et femmes, aux faciès de boutiquiers ou de romantiques bien soignés, tous anonymes mènent sans broncher l'oeuvre à son terme, pour que le public soit content d'être venu là plutôt qu'ailleurs, et puisse émettre sa satisfaction, ou sa critique : certains se diront déçus, qu'ils avaient nettement préféré Machin, en 1992, c'était autre chose, rien à voir, toutes sortes de commentaires destinés à donner le change, à faire croire qu'eux ne font pas partie de la ruche.
 
L'éternelle question de l'appartenance : comme le violon de l'orchestre doit admettre que le violon soliste l'a définitivement relégué à faire tapisserie, comme le soliste sait qu'au moindre faux pas les critiques le mettront à mort, comme le critique jongle sans cesse entre louange et venin, jusqu'à ce que les lecteurs et ceux qui le paient le renvoient à l'anonymat, comme le rupin lambda, grand amateur de concerts et peut-être présent ce soir doit admettre que le fisc le tonde, et finisse par avoir sa précieuse peau, chacun de nous est qu'il le veuille ou non une abeille dans la ruche.  
 
Pendant ce temps, la déferlante s'abat sur nos oreilles et sur nos coeurs, et la musique torrentielle ploie tout sur son passage.
 
Et, bien que tout soit rouage, rouage et encore rouage, autre chose se révèle alors : sens et beauté, comme la vapeur monte de l'eau en ébullition.
 
Comment croire que de toute cette soumission en chaîne, de l'exécutant que nul ne voyait avant l'avènement de la télé spécialisée au chef des domestiques, du virtuose coulé dans le moule au public en grand habit, dont l'or vient toujours de son obéissance et de son conformisme, que de toute cette pauvre et terrible soumission puisse émerger cette profonde liberté, cette limpide beauté un jour jaillie du cerveau du jeune et vieux Brahms ?
 
 
 
                 
 
 
Pour les amateurs :
 
 
 
 
 
 
 
 
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 11:02

Naufragé dans une jolie maison perdue dans la campagne nivernaise où Mme VJ aidait quelqu'un à surmonter une crise, je suis resté seul une heure et demie, dans le salon.

 

Après avoir épuisé les charmes d'une guitare made in china correcte mais austère, j'ai regardé la bibliothèque (en pleine décadence, on trouve encore des demeures qui abritent des livres).

 

On rencontre souvent chez les autres (ces précieux autres qui sont nous et pas nous à la fois, et pour lesquels nous sommes nous aussi ces précieux autres qui, etc.) ce qu'on n'a jamais eu l'occasion de rencontrer et de découvrir auparavant.

 

Parmi ces livres, l'un a retenu mon attention. Lui seul. Il se dressait sur ses petites pages et priait très fort : moi, moi,si fort, si fort, que c'était forcément lui que je devais choisir.

 

Lui.

 

Quand j'étais môme, ma mère m'avait fourgué une BD sur le curé d'Ars, l'"athlète de Dieu".  

 

En feuilletant ce bouquin, j'ai retrouvé cette terrible impression que le monde est une arène où s'affrontent éternellement le Bien et le Mal, Dieu, ce Pôle Lumineux, et le Démon, cette ignoble crapule maléfique, qui cherche à croquer tout ce qui dépasse, cet infernal ténia qui veut tout avaler.

 

Et, paradoxalement, au delà de cette rhétorique guerrière, un véritable enseignement de sagesse, véritable parce qu'expérimenté, subtil, profond et sincère.

 

Comment, pensais-je, peut-on rencontrer aussi mêlés la philosophie la plus pure, la plus limpide, appuyée sur tant d'exemples vivants - cette profonde connaissance qu'avait Jean-Marie Vianney, prêtre catholique hors normes, des êtres humains, de leurs carences, de leur détresse -, à une telle pathologie, une telle souffrance ?

 

L'histoire du Curé d'Ars, être éminemment respectable, profondément émouvant, m'a toujours laissé partagé, dès la BD de mes dix ans. A l'époque, je n'avais ni le recul ni la culture nécessaire pour développer mon propre système.

 

Ce curé de base, peu instruit mais terriblement exigeant et, d'une certaine manière, terre à terre, vivait un drame hallucinant, d'un genre qui me semble assez hallucinatoire. 

 

Quand au XXIème siècle, les plantes enthéogènes sont qualifiées d'hallucinogènes, pour effrayer les foules et diaboliser leur vertu émancipatrice, alors que pour le pélerin qui ne recherche pas la sensation, mais l'éclaircissement, elles sont une source de sagesse et de réconciliation entre les opposés,tout ce qui ressemble à la sensation d'une impitoyable guerre cosmique ou spirituelle doit être examiné de près.

 

Microbe débutant dans la recherche, je n'ai pas l'intention de juger cette espèce de géant qu'était le curé Vianney. Comme si un peintre du dimanche se mêlait de donner son avis sur Gauguin et Van Gogh.

 

Ce n'est pas un excès d'humilité. Le simple respect des proportions.

 

Que Monsieur Vianney me pardonne, mais j'ai le sentiment qu'outre son indéniable et admirable grandeur, il a projeté avec sa redoutable puissance créatrice un conflit personnel sur la scène du monde.

 

Son théâtre intérieur était extrêmement douloureux, pour des raisons qu'une analyse attentive aurait peut-être pu démêler, et partagé entre deux pôles inconciliables : Dieu, et le démon. Deux abimes.

 

Le plein, Dieu, et le manque, le voleur.

 

L'église catholique a excommunié les "manichéens", pour leur tendance à faire du principe négatif l'équivalent du principe lumineux.

 

Comment peut-elle faire alors du Curé d'Ars, irréductible guerrier, incapable d'envisager la moindre trêve, la moindre conjuctio oppositorum, pire, considérant toute union ou tentative d'union des contraires comme trahison, oeuvre du diable, le modèle des prêtres ?

 

Son but est-il la guerre à outrance ? Y trouverait-t-elle sa subsistance et sa justification ?

 

Si Dieu, principe de Lumière, et Lumière englobante n'a pas d'équivalent, pourquoi livrer de telles batailles ?

 

Voici ce que je ne comprends pas dans cet homme admirable, ce héros que je voudrais prendre dans mes bras, pour lui donner la pauvre paix qui vit en moi, le laisser pleurer sur mon sein - avec circonspection, cependant, puisque le Grappin traînait ses meubles dans sa chambre -, et qui peut-être, me qualifierait de démon.

 

Et puis, un homme peut-il tenir un homme dans ses bras ?

 

Plus loin : un être humain peut-il, sans péché, hormis la mère son enfant, serrer un autre humain dans ses bras ?

 

Pour en venir à la vraie question : a-t-il jamais connu la tendresse humaine ? Sa mère l'a-t-elle aimé, ou l'a-t-elle rejeté ? Quelqu'un, dans le monde des hommes, lui a-t-il accordé la moindre attention, le moindre regard, la moindre tendresse ?

 

Pour le Curé d'Ars, partout rôde le démon, l'ennemi, l'obstacle, ce tentateur, cette luxure permanente, et partout, dans la chair, il souille l'oeuvre spirituelle de Dieu.

 

Alors, que faisons-nous ici ? N'avons-nous pas le droit, et le devoir, même, de nous aimer à travers tous les filtres, toutes les vicissitudes, fûssent-elles celles de la chair ?    

 

La chair, l'incarnation sont-elles un obstacle, ou au contraire, ne sont-elles pas un tremplin pour reconnaître à travers elles l'Oeuvre de Dieu, le Grand Oeuvre, le Grand Magistère ?

 

Sauf le respect que j'ai à votre égard, et il est immense, Monsieur Vianney, je crois que toute la Création est l'oeuvre de Dieu, qu'elle est contrastée et parfois difficile à lire, à connaître et à avaler, et qu'elle n'est aussi partagée que pour nous aider à surmonter notre passion guerrière mortifère, et nous ramener peu à peu vers l'Unique.

 

Je crois que votre profonde sincérité a dessiné une frontière que nous devions profondément connaître, avant de tenter de la dépasser dans le rapprochement des contraires, et que notre temps, dans le continuum alchimique doit se consacrer à unir, non plus à séparer.

 

Je crois, j'espère que votre puissant esprit aide maintenant et bénit cette oeuvre de rapprochement, de réconciliation.

 

       

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 19:07

Un peu d'anthropologie :

 

Préambule :

Me voici, comme chaque année maintenant, en cure thermale destinée à soigner et prévenir les problèmes articulaires.

 

Beaucoup d'anciens, hommes et femmes, souvent bancals.

 

La cure dure 18 jours (3 fois 6, dimanche exclus), et chaque jour voit arriver de nouveaux venus, et des départs.

 

J'entends deux pépés rigolards : "Alors, la quille ?"

 

Parce qu'une cure thermale, si c'est un excellent traitement naturel, c'est assez crevant, et pas des vacances subventionnées, comme le répètent avec malveillance certains hauts fonctionnaires clients de Big Pharma qui régulièrement cherchent à en supprimer ou réduire la prise en charge.

 

Si c'est un plaisir de remettre ses articulations fatiguées aux eaux chaudes curatives, c'en est un autre, trois semaines plus tard, d'y mettre un therme, heu, un terme.

 

Donc l'un des papys se réjouissait de la quille.

 

Mais c'est quoi, la quille, demandent mes filles (rime riche) ?

 

Le vif du sujet :

La quille est une survivance de l'âge préhistorique auquel votre dinosaure (pas le tyranosaurus rex, j'espère) de père appartient. C'était un rituel primaire et touchant, par le moyen duquel les bidasses (entendre : apprentis soldats obligés) comptaient le temps qu'il leur restait à accomplir "sous les drapeaux", et, aussi primaire mais révulsif, affirmaient leur ancienneté et donc leur virilité aux nouveaux, nommés : bleu-bittes.  

 

La revendication de virilité est flagrante. 

 

Faudrait une encyclopédie, en 2013, pour circonscrire ce qu'était le "service militaire", qui joint deux mots latins : servus, esclave, à miles, soldat : les mâles (rien que ça, ça commence à être délicat à expliquer) de la nation (ah oui, la station de métro !) étaient obligés (invités) à passer un an (à mon époque, mais plus avant) en camp de concentration vacances (on voit où M. Trigano a pris l'idée du Cleub Mède) où ils apprenaient à faire la guerre (là, tout le monde sait ce que c'est, au moins en vidéo) et à boire, boire, et boire. Et aller aux putes.

 

Pour l'instant, et à première vue, rien de grave. Le problème - et en dehors d'aspects agréables comme les randonnées, le sport, boire, boire et boire), c'est (c'était) que l'encadrement était nul. A chier, diraient mes filles.

 

C'était l'entreprise la plus stupide de france, dotée des cadres et du personnel le plus débile qu'on puisse rêver, et dont l'ambition égalait, si c'est possible, le délabrement intellectuel.

 

Ambition et misère intellectuelle, faites la somme, c'est facile, égalent méchanceté, petitesse, mesquinerie, brutalité.

 

Telle était la grandiose armée française quand j'y fis un séjour en 1972.

 

Des centaines de milliers de jeunes gens arrachés chaque année à leur milieu pour en faire des hommes. C'est-à-dire, en dehors des aspects positifs énoncés plus haut, livrés aux mains de tortionnaires d'une stupidité et d'une cruauté vertigineuses.

 

J'excepte - il y a toujours des exceptions - certains officiers qui étaient autant de phares dans la tourmente.

 

Mais la recrue (un autre mot pour désigner l'apprenti soldat), tombée d'un autre monde où pouvait subsister quelque douceur et de la noblesse, découvrait rapidement l'un des royaumes de l'enfer.

 

Dans les chambrées (pièce commune réservée au temps libre et au couchage d'un certain nombre de bidasses), comme en prison, s'exerçait la loi du plus fort, qui n'est que rarement le plus éclairé.

 

Juste au dessus du chef de chambre, les caporaux, caporaux-chefs, sergents, sergents-chefs, adjudants, adjudants-chefs, autant de marches que ces êtres là grimpaient sur le ventre, qu'on nommait "sous-officiers", comme par rapport à "homme", on dit "sous-homme".

 

Parce qu'il était rare qu'un sous-officier soit un jour promu au rang des officiers (ce qui ne demeure somme toute qu'une variété de gorille un peu plus chamarrée mais toujours soumise à la sacro-sainte hiérarchie).

 

Le sous-officier de 1972, c'était, pour faire court, un ivrogne au QI de 30, anal, fat, bête, dont la plus grande joie était de terroriser en toute liberté des jeunes gens qui lui étaient infiniment supérieurs.

 

C'est pourquoi j'excepte de cette grande machine à décerveler certains officiers qui, sachant cela, veillaient à brider les malveillantes pulsions de ces fauves. Merci à eux.

 

Voilà donc mes papys, anciens bidasses, évoquant cette quille, symbole de libération, qu'ils taillaient dans un bout de bois (à l'époque, pas de magasins de bricolage), où ils plantaient un clou à chaque jour qui passait. 

 

Le principe était celui de Robinson sur son ile, qui cochait chaque jour passé sur un tronc d'arbre.

 

Quand tous les jours requis étaient gravés dans le bois de la quille (chaque jour, il fallait psalmodier, éructer entre deux canettes, sur un rythme incantatoire, ça faisait partie du rituel : la quille, bordel !), le soldat (maintenant, c'était un homme, qui n'aurait pas peur d'empoitrailler du boche ou du bicot, ou de baiser les gonzesses), la fameuse quille phallique percée de fer comme d'autant d'héroïques blessures symboliques pendue au cou, preuve de sa virilité  (la quille aurait elle à voir avec les fameuses couilles ?) maintenant prouvée au monde, avant de trôner glorieusement jusqu'à son décès sur la cheminée, retrouvait la liberté.

 

Liberté, tu es l'un des mots les plus obscènes, l'un des plus sales, ou des plus salis que je connaisse, et ton emploi me souille la bouche.

 

Voilà donc mon bidasse qui, après avoir copieusement arrosé de mauvaise bière, de mauvais vin et de mauvais cognac cette magnifique journée qui a vu sa "libération", hoquetant, pâle, migraineux, débarque du train où l'attendent son papa et sa maman, droits comme des I, attentifs au regard des tiers.

 

Elle toute fébrile, la larme à l'oeil, lui genre infaillible mais tendre vieux brave (on les aura, avec un gaillard comme ça) et bougon (je t'ai à l'oeil, mon salaud).

 

Une fois les politesses terminées, deux minutes, à peine engagés dans la 203, le père embraie :

 

"Et maintenant, qu'est-ce que tu vas faire ? Parce qu'il faut pas compter rester à ne rien faire. Va falloir trouver du travail, mon gars".

 

Je vous le fais lisible, mais entendez-le avec les RRR qui RRRoulent.

 

"Pis faudRRRa penser au maRRRiage, maintenant que t'es un homme."  

 

Donc, voilà mon gars, enfin libre, mis en demeure de perdre cette prétendue liberté dans l'heure.

 

C'est bien ce qui advient. Mais ça ne le chagrine pas. C'est comme ça. On est nés pour obéir.

 

Un an, deux ans plus tard, notre homme libre subit les exactions d'un ancien adjudant reconverti en sous-chef de bureau, d'usine, ou d'atelier. Sa femme, ronde comme une toupie est aux ordres du curé, qui, c'est étrange, est également un ancien adjudant saisi par "la vocation", toutes ces dames frémissant sous sa tutelle furibarde (j'ai connu le modèle, je n'invente pas).

 

Quand il va chez le docteur (Hein ? Ma femme a attrapé la ménopause ? J'espère que c'est pas contagieux ?), c'est pour prendre ses ordres ordonnances.

 

Le pharmacien aussi est un maître. Si le médecin et lui sont les détenteurs de la science, le banquier, l'assureur et le notaire (auquel on dit "maître", connaissent les arcanes de la richesse, et du patrimoine.

 

Le maire, lui, et son adjoint, ont les clés de la paix civile. Ce sont, avec le député, même qu'on ait pas voté pour, les représentants de l'ordre républicain, qui garantit cette fameuse liberté contre les ferments de la pourriture anarchiste. Le cuivre contre l'oïdium.

 

Tout cela préserve notre liberté. Car la france est un pays libre. La france libre, c'est pas rien. Comment qu'on te les a niqués les boches ! 

 

Libre. On n'y pense pas assez, mais, par rapport aux chinois ou aux russes, nous, on est libres.

 

On pense comme on veut, on fait ce qu'on veut, on lit ce qu'on veut.

 

"Enfin, je suis quand même libre de penser ce que je veux!" assène notre homme en refermant la Croix, ou l'Humanité.

 

Rasant les murs pour aller au sex shop (il y en avait un dans ma ville de collège au début des années 1970), il rumine : Quand même, je suis libre, je fais ce que je veux. Et pis je trompe personne. C'est pas comme si je sautais la Denise. Et pis la Rolande, ça l'a jamais intéressé, et pis elle a la ménopause. Ah merde, v'là le curé ! Comment xa va, Monsieur le curé ? Ah oui, j'allais à la charcuterie. Bin oui, je fais un détour. Faut faire de l'exercice, faut s'entretenir, oui, si on veut rester en bonne santé, hein ?

 

Libre enfin à la soixantaine (alors, la quille ?), faisant toujours bonne figure au voisin, cet abruti, ce jaloux, regrettant secrètement que la Denise, la femme du voisin, n'ait jamais répondu à ses avances, le voici disponible pour un peu de bon temps bien mérité.

 

Du temps libre, c'est précieux. Ça permet de parler de la météo, des douleurs, des titres du journal, de la politique, des crimes, des jeunes qui foutent rien, des fainéants, des branleurs, et qui c'est qui va payer les retraites, et les impôts, y vont tout nous prendre, ces fumiers de socialos, vous allez voir, et de dire du mal, en rigolant. Nous ? On dit pas du mal, on fait que causer.

 

Non, mais, on a quand même le droit de parler, non ? On est libres, non ?

 

Puis (roulement de tambour), vient enfin, après quelques angoissantes alertes le moment de la grande libération.

 

Là, le plus souvent, on n'a pas coché les jours. Parce que ça fout les jetons, quand même. On a oublié de gueuler : La quille, bordel ! On l'a même pas murmuré.

 

On y pensait, bien sûr. A force d'aller aux enterrements, difficile d'oublier qu'on va crever aussi. Mais le moins on y pense, hein, vous êtes bin de mon avis ?

 

Toujours est-il que, quille ou pas quille, merde, la v'la qui s'amène !

 

Et mon pov coco, là, l'est pas tout faraud, lui qu'a toujours eu des chefs : son papa, sa maman, les grands-parents, l'instituteur, les copains (les grands, les qui tapaient le plus dur), le chef de chambre, les gradés, le curé, le beau-père, la belle-mère, sa femme, sa femme encore, ses filles, déjà, le maire, l'adjoint, les chefs de bureau et d'atelier, les flics, le commissaire, le patron du Familistère (un ancien adjudant-chef) et celui du bistrot, des chefs partout, tout le temps, le docteur, le pharmacien, les voisins, l'oeil en coin, l'infirmière à l'hopital, son fils, maintenant, qui se prend pour qui ? Ses filles, maintenant que sa femme est morte, maintenant, comment ki fait le pov coco, au moment où tout se défait ? 

 

Peut-être qu'il pourrait enfin se détendre, devenir enfin libre de ne rien devoir à personne, comme le bébé qu'il n'a jamais osé être.

 

La quille, quoi.

 

 

 

 

 

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 13:34

Nul ne pouvait prévoir ce qui arriverait à compter de ce jour là, quand les ouvriers du chantier de la nouvelle prison d’État mirent au jour une ancienne nécropole.

 

Dès qu’ils le surent, toujours avides d’or et de puissance, les membres du Divin Panel y dépêchèrent une équipe pluri-disciplinaire chargée d’évaluer l’impact, le potentiel et les risques de la découverte.

 

Il s’agissait en fait d’une tombe isolée et extrêmement simple, mais d’une impressionnante richesse documentaire. Les murs étaient entièrement couverts de scènes peintes, et, chose curieuse, le tombeau était vide. Non pas que les pilleurs de tombes y soient parvenus, comme on le vit un peu plus tard, car on n’y trouva aucune trace d’effraction.

 

La nouvelle fut gardée secrète. Les ouvriers présents lors de l’invention furent déportés et mis au cachot, le temps qu’une escouade de techniciens des services spéciaux fasse tous les inventaires, les relevés, les enregistrements, les analyses nécessaires.

 

Puis on reboucha proprement l’excavation. Les plans de la prison furent modifiés afin d’éviter toute possibilité d’accès, et on coula sur l’ensemble une énorme dalle de béton allégé.

 

Peu à peu, les archéologues, les historiens et les spécialistes de la cryptographie et des arts anciens furent plus ou moins d’accord pour affirmer qu’on était en présence d’une œuvre unique, très ancienne, peut-être plus ancienne encore que les plus anciennes pyramides. Les scènes représentées sur les murs pouvaient être considérées comme une sorte de prophétie des temps qui allaient suivre, puisqu’on y retrouvait bien des événements avérés de l’histoire, d’une antiquité ignorée à l’antiquité connue, puis de l’histoire ancienne à nos jours, comme si un film se déroulait sur ces murs, y projetant le fil des temps depuis leur aube jusqu’à aujourd’hui.

 

La dernière scène représentait une étoile chevelue, une comète, bien sûr, et une foule nombreuse de femmes et d’hommes s’envolant nus, toutes ailes déployées, vers la nuit parsemée d’étoiles.

 

Quand elle parvint au palais, elle y fit un bruit sourd, aussi puissant qu’une déflagration souterraine.

 

Le cœur enfoui de la Citadelle émit une sorte de grondement de rage.

 

Tous les membres des Services Spéciaux furent activés, toutes les branches de la Haute Technicité mises en alerte, chacun, depuis l’obscur conseiller jusqu’aux plus distinguées personnalités du monde scientifique, religieux et militaires, chacun dut se plier à l’injonction du Divin Panel, et furent conviés, depuis toutes les antennes du Système à se rendre à la Citadelle pour un Symposium Extraordinaire.

 

Des milliers de convois convergèrent vers l’immense place-forte qui régulait le monde, en contrôlant chaque fibre, chaque cellule, chaque membre. Des jours durant, des trains et des cargos acheminèrent équipements et victuailles.

 

Tous les spécialistes de tous les domaines de la connaissance, de la prospective, du maintien de l’ordre étaient présents, chacun sachant exactement le fin mot de l’étiquette, le jeu des préséances, chacun connaissant le danger qui s’attachait à chacun de ses pas, tant les espions pullulaient, et la récompense qui pourrait lui échoir, s’il plaisait.

 

Les ascenseurs ne cessaient leurs allers-retours, engouffrant sous terre, à des centaines de mètres de profondeur, les milliers de personnes qui allaient participer au Symposium.

 

De quoi s’agissait-il ? Nul ne le savait. Rien n’avait filtré depuis l’invention de la tombe qui n’en était pas une.

 

Tous s’interrogeaient, mais sans rien en laisser voir. Il faut toujours sembler lisse, pour survivre. Ne rien montrer de ses émotions, jamais.  

 

Ce fût devant l’immense amphithéâtre de 144 000 places, plein jusqu’au dernier siège, que les élus apprirent la nouvelle.

 

Les élus, oui. Le gratin du monde, l’intelligentsia, les puissants, les roués, les flatteurs et les traîtres de haute volée. Quelle chance d'être arrivé jusque là, aux marches du palais, quelle chance, mais quel talent, aussi. Avec quel art et quelle détermination ils avaient grimpé un à un les échelons, sans faillir, sans jamais l'ombre d'une hésitation, vers ce but toujours fragile : le succès, la réussite. 

 

Sous le dais en verre blindé qui couvrait les douze membres du Divin Panel, sept orateurs s’employèrent à leur faire part, chacun selon sa spécialité, de cette incroyable découverte : On avait découvert fortuitement une sorte de bande dessinée préhistorique qui décrivait clairement toutes les étapes connues du passé, et d’autres demeurées inconnues jusque là, et qui, sans le moindre doute était absolument authentique.

 

Que cette nouvelle puisse couper le souffle à tout être rationnel, c’était indéniable. Un silence incrédule et bruissant de gestes furtifs pesait sur la salle.

 

Aux murs, les caméras observaient les gestes et les visages, enregistrant tout.

 

L’annonce de la dernière scène fut presqu’insoutenable. Chacun comprenait qu’il s’agissait d’une sorte de promesse d’un événement libérateur extraordinaire, et donc un danger en perspective.

 

Et, conclut le président des orateurs, c’est la raison de votre présence à tous : nous attendons de vous un décryptage complet de cette scène, afin de prendre le plus rapidement possible les décisions qui s’imposent.

 

Astronomes et informaticiens auraient à scruter le ciel et à le modéliser pour déterminer exactement, en fonction du ciel représenté sur la scène, le profil de la comète, ainsi que la date de son passage.

 

Historiens et spécialistes des religions devraient décrypter le plus précisément possible le sens exact de cet envol, puisqu’aux dernières nouvelles, les humains n’ont pas d’ailes.

 

Les professions médicales auraient pour tâche de déterminer la possibilité, incongrue, c’est évident, mais pourquoi négliger la moindre possibilité, d’une mutation accélérée.

 

Les membres du clergé et les psychologues, associés aux responsables des divers services d’ordre, d’espionnage et de l’armée, devraient mettre au point les techniques les plus sophistiquées de repérage des individus dont le comportement pourrait indiquer une quelconque mutation, ou toute autre manifestation d’un désordre anormal.

 

Les services logistiques auraient pour tâche de coordonner l’acheminement et le stockage de vivres et produits de première nécessité.

 

L'armée, encore elle, et les diverses polices auraient à renforcer l'ensemble des systèmes de protection des systèmes sensibles et de maintien de l'ordre.

 

  Bref, chacun reçut une feuille de route.

 

 Les travaux dureraient une semaine, à l’issue de laquelle une huitième journée serait employée à faire le point sur les avancées dans ces divers domaines.  

 

Puis le Divin Panel, en accord avec GOG, le Grand Ordinateur de 7èmegénération, prendrait les décisions infaillibles qui l’avaient mené de succès en succès jusqu’à l’Hégémonie Radieuse.

 

Alors, après les cérémonies d’usage, l’assemblée fut rompue, la foule se dispersa entre les niveaux et les locaux qui lui étaient affectés, chacun selon sa branche et son grade, en bon ordre.

 

Ce fut une gigantesque fourmilière qui s’activa sept jours durant. Chaque matin, deux heures étaient consacrées à collecter et relier les informations de chaque service, afin qu’aucune trouvaille, aucune idée ne soit écartée, oubliée, perdue.

 

Tous les rouages tournèrent à fond. Pas une minute ne fût gaspillée.

 

Vint enfin le soir du septième jour.

 

Les orateurs, qui avaient collecté toutes les données, contenaient à peine leur nervosité. Les conclusions des spécialistes en astronomie, histoire et symbolique étaient effrayantes : l’affaire était imminente, une question de jours, d’heures, peut-être.

 

Les spécialistes en microphotographie avaient fait pour leur part une découverte incroyable : une scène était représentée dans les yeux de l’un des personnages nus qui prenait son envol au premier plan, la tête tournée vers le spectateur.

 

Elle montrait la ruine d’un monde construit en forme de pyramide renversée, dans laquelle grouillaient des blattes, ces animaux aveugles et cuirassés qui vivent dans l’obscurité.

 

Toutes ces informations avaient bien sûr été transmises au Divin Panel dès qu’on avait eu un début de certitude, c’est-à-dire très tard, – car, si annoncer une mauvaise nouvelle était dangereux, se tromper était bien pire.

 

Le huitième jour débuta par les cérémonies officielles.

 

Comme à l’accoutumée et selon un mode d’emploi parfaitement huilé, les orateurs s’étaient partagés les secteurs d’information, en la réduisant strictement à ce que le Divin Panel avait accepté qu’il en soit dit.

 

Les divers services avaient fait des merveilles d’organisation pour juguler une éventuelle tentative d’explosion sociale, d’épidémie mystique même foudroyante, et même survenant dans les délais les plus courts.

 

Quelques jours suffiraient à tout mettre en œuvre, quoi qu’il arrive, pour que l’ordre existant se maintienne. Une société telle que celle de l’Hégémonie Radieuse ne croulerait pas parce qu’une sorte de songe creux l’avait vu en rêve.

 

En conclusion, après examen approfondi de toutes les données, il s'avérait que les prémisses annoncées à l'ouverture du Symposium s'étaient révélées erronnées; les responsables auraient à en rendre compte.  

 

La tombe s’avérait en fin de compte être un faux, une intoxication peut-être forgée par une civilisation extra-planétaire concurrente, selon l’opinion de certains généraux, ou par une organisation terroriste qui aurait pu infiltrer des agents au plus haut niveau de l'État, d’après les Services Secrets, mais rien de plus.

 

Le danger étant maintenant connu, circonscrit, on allait rapidement l'identifier avec précision et le mettre hors d’état de nuire.

 

Cependant, le Symposium avait servi à renforcer la précieuse cohésion de tous les services de l’État. De nouvelles règles seraient très prochainement édictées pour perfectionner la Sécurité à tous les niveaux de la société et en éradiquer tout risque. Les participants seraient tous gratifiés d’une confortable prime, de promotions et de congés exceptionnels.  

 

C’est à peine si l’on remarqua quelques sièges vides, et l’absence d’une équipe de micro-photographie. Dans l’euphorie, nul ne s’en souciait.

 

L’immense foule se dénoua. Chacun s’en fût rassembler ses bagages pour le voyage de retour.

 

Malgré l’énorme taille et le nombre des ascenseurs, il fallut près de deux heures pour que tous les invités soient remontés à la surface, et acheminés vers les gares par les taxi-robots.

 

Près de deux heures pour qu’ils rejoignent tous enfin l’air libre, et guère plus pour s’apercevoir qu’ils étaient désormais seuls sur la planète, à l’exception des animaux.

 

Partout, sur leur chemin, le sol était jonché de vêtements, de chaussures, de bijoux, de lunettes et de sacs à main, comme si un peuple entier s’était dévêtu là, dans les rues, sur les routes.

 

Les chiens affamés et hostiles furent les premiers animaux qu’ils aperçurent. Désemparés et furieux, ils attaquèrent les premiers humains qui entrèrent dans les gares. Puis vinrent les chats domestiques que la faim rendait dangereux.

 

Que s’était-il passé ? Qu’étaient devenus les milliards d’hommes encore là naguère ? Cette histoire de fous était donc vraie ? Ils n'eurent guère le temps d'y réfléchir.

 

Ils furent cent quarante quatre mille, moins ceux que les chats et les chiens, puis divers autres obstacles retinrent, à se jeter pêle-mêle et en toute hâte dans les taxi-robots en direction de l’inexpugnable Citadelle, qui regorgeait de victuailles.

 

Mais là, faute d’instruction quant à une situation aussi imprévue, les gardes ne les laissèrent pas entrer. 

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 18:32

Depuis quelque temps, une question m'assaille : pourquoi le projet babelien ou illuminati est-il , si visible, si flagrant ?

 

Des gens que j'ai connus il y a quelques années, quelques mois, même, qu'on trouvait farouchement opposés à toute idée de conspiration, de complot, en sont soudain devenus les thuriféraires.

 

Pourquoi ?

 

Les affres du mariage homosexuel n'y sont pas étrangères, bien sûr. C'est un coup au coeur d'une citadelle jusque là fermée sur ses certitudes et ses rentes héritées, dont les habitants ont soudain pris conscience d'un projet mondial déterminé à vaincre.

 

Il y a plus, je crois.

 

Pour certains commentateurs de l'actualité, le projet de domination globale est si avancé que nos "maîtres", qui avançaient jusqu'alors masqués ne se cachent plus, et avancent maintenant comme chasseurs en plaine, à visage découvert.

 

Cela aussi, est vrai, je crois.

 

L'ennemi triomphe et jette bas son déguisement. Le loup n'a plus besoin de montrer patte blanche pour investir la bergerie.

 

Il y a plus encore, me semble-t-il.

 

Dans le prologue du Livre de Job, Satan le calomniateur requiert et reçoit la permission divine de tenter Job, sous certaines limites : il touchera à ses biens, mais pas à sa vie. Il pourra le torturer, massacrer sa famille, le jeter à terre par la ruine et des ulcères malins.

 

Qu'est-ce dès lors que sa vie, dans ces conditions ?

 

La vie, ici, c'est l'âme intouchable. Nul ne peut lui nuire, mais dans le film, tout peut se déchaîner contre elle.

 

Si le triomphe de la pyramide du pouvoir est aussi annoncé, comme imminent, voire déjà là, c'est pour que les humains connaissent l'enjeu : se soumettre, ou prendre l'autre voie.

 

Tout est en pleine lumière, afin que nul ne puisse dire : je ne savais pas, si j'avais su ...

 

Que ceux qui ont des yeux voient, que ceux qui ont des oreilles entendent, que ceux qui savent lire au delà des apparences comprennent, et choisissent leur voie en pleine connaissance de cause.

 

La proposition qui nous est faite ? Se soumettre à la puissante et menaçante volonté qui veut être le cerveau d'un corps usurpé, formé de toutes les soumissions additionnées, soumission, renoncement, aquiescement à l'abjection, reniement de toutes les valeurs différentes, abolition de toute compassion.

 

Une terrible main de fer qui n'a plus grand chose de souriant, hormis la pub.

 

Ce mysticisme inversé peut offrir les apparences d'une mission sacrée, puisqu'il est question d'abandonner sa volonté à plus grand que soi, ici le pouvoir d'un super-organisme, la Bête, dont les objectifs sont : survie, déploiement, guerre à outrance, meurtres et conquêtes.

 

Il existe des fous, des fanatiques de ce genre de projet.

 

De l'autre côté, les doux, comme disait le Christ, les purs. Qui renoncent ou ont renoncé à tout pouvoir. Le maître mot est : pouvoir.

 

Une des anciennes phrases clés de la Sagesse, est : ce que tu crois posséder ne te possède-t-il pas ?

 

Sont-ce les hommes qui font la guerre, les guerres, ou la guerre décidée pour eux qui mange les hommes ?

 

La scène est en place, sous les yeux de la foule qui se bouscule. Les trois coups ont retenti, chacun fait silence, le rideau est ouvert, la pièce va commencer.

 

D'un côté, l'énorme construction s'affiche effrontément, publie toutes ses menaces : appartiens moi de ton plein gré, esclave, puisque tu m'appartiens déjà, de toutes façons. Aucune échappatoire. Je te sucerai à fond, et tu vas aimer ça. Je te viderai de tout, ton fric, indispensable, ton essence, mmmm, tout ce que tu croyais vouloir, tu me donneras tout, puisque maintenant tu es moi, une parcelle de moi, sans aucun retour, et tu aimeras ça.

 

De l'autre : rien.

 

La porte est grande ouverte. Un saut dans le vide.

 

Où irez-vous ?

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 07:38

Avant-hier, j'ai entendu quelqu'un penser. Je suis entré dans sa cervelle.

 

C'est le matin. Je grimpe dans mon splendide véhicule automobile (qui se meut par lui-même, dès lors que je lui octroie le liquide approprié, et que j'insinue la clef décisive en son intimité). Lassé d'écouter Barbara en boucle, j'extirpe le susdit CD. Le temps d'en dégotter un autre (Marcel Azzola), la radio prend le relais. N'écoutant pas la radio, le réglage a pu être fait par l'une de mes filles. J'ignore ce que c'est, peut-être France Info, parce que ça cause sérieux mais pas trop intello ni djeune de la sacro-sainte "actualité".

 

Donc causant sérieux, une vacataire vaquant à poser sérieusement mais pas trop des questions intéressantes pour le public qui avale la pâtée pose une question sérieuse à une dame qui se trouvait probablement assise en face quelque part dans un studio, et les pose cette question : "Et les femen, ces femmes dépoitraillées (j'en saute) (pas des femmes dépoitraillées, c'est plus de mon âge, non, je saute du texte, j'ai pas tout retenu), vous en pensez quoi ?"

 

L'autre, l'interrogée, dont j'ignore le nom, je l'ai entendu penser.

 

Ça a duré une microseconde. Peut-être même une nanoseconde, va savoir. C'est très long. J'ai vu et entendu la bête mettre en place sa stratégie. C'est une lutte. La question est comme un coup de griffe à éviter, ou à parer. L'oeil du fauve examine sa position, explore les alentours pour y choisir l'endroit exact où rebondir, afin d'y retrouver une posture qui permettra de rassembler autant que possible les divers éléments constitutifs de son image, avant d'effectuer le rétablissement.

 

Et les mots fusent.

 

Tout un monde de rouages mentaux qui soudain se déplacent, afin de donner une réponse qui satisfasse au mieux les intérêts immédiats et subséquents de l'interviouvée. La réponse doit être cohérente avec la politique de survie savamment et longuement peaufinée, qui permet aux cherzauditeurs de savoir qui a parlé, quelle étiquette lui appliquer, où la ranger, mais pas trop cependant. Le cherauditeur doit quand même être gardé au frais, haletant, sur le qui-vive. Il faut donc que la réponse soit favorable, bien sûr, comment, quand on est progressiste, être l'ennemi des femen, je n'aurais pas dit "dépoitraillé", non, ces femmes sont belles, vous savez, la nudité, mais quand même, cette violence, non, la violence, quand même, il en faut, bien sûr, mais pas trop, ce côté chienne de garde.

 

Et l'accordéon de Marcel a noyé la purée.

 

J'ai tout entendu. Les rouages se mettre en place, les analyseurs, les documentalistes, les archivistes, le brain storming et les synthétiseurs, tout ce qui bosse en silence dans l'arrière-boutique mentale de cette dame, une microseconde durant, une éternité, avant l'irruption des mots, lus par la bouche habituée à cacher la vérité.

 

Car c'est du mensonge, qui est sorti. Ça s'entendait très bien. Du mensonge pour coller au mensonge de la personnalité fabriquée afin de durer. Comme la bête se tapit, se cache pour durer, dans la jungle sauvage. Ce qui a été proféré n'a qu'un seul but : rester en vie pour pouvoir continuer à rester en vie ici, dans cette jungle.

 

Si vous y faites attention, vous verrez qu'il y a toujours une microseconde. Chez l'autre, chez soi aussi.

 

Elle peut-être pleine de bruit, comme ici. Pleine de rouages et de malice, pour perpétuer le mensonge.

 

Elle peut aussi être vide. Et soudain surgit la Parole. Qui ne cache rien. Qui ne veut rien. Que dire. Nue, comme les femen. 

 

Vous savez, la nudité, c'est beau. 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 12:03

L'univers respire.

 

Il se gonfle, et se rétracte.

 

Quelque part, sur le trajet, quelques particules irritantes, presqu'imperceptibles.

 

Résonnant au travers de trilliards de siècles, un raclement de gorge.

 

Dans un vilain jet de salive, la Terre et ses animaux péteux et hautains s'écrasent sur le trottoir dans le fracas de leurs jouets favoris.

 

 

 

 

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Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

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VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

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LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

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LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

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UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


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UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

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COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

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DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

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LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

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L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

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LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.