Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 10:18

 


gorges du Tarn mai 2009 294

L’usage juste de la parole


Au chapitre IV de la dernière partie des Voyages de Gulliver, intitulée « Voyage aux pays des Houyhnhnms », Jonathan Swift expose la rencontre de son héros, Gulliver, avec un peuple d’équidés évolués, propriétaires d’un bétail particulièrement dangereux et répugnants : les Yahoos. Ceux-là ressemblent beaucoup à Gulliver, comme nous ressembleraient des humains entièrement bestiaux et marchant à quatre pattes.

L’extrait que je présente ci-dessous a pour but d’ inciter à lire l’intégralité de cette œuvre. Ou à défaut, de prendre conscience que la morale d’un « honnête homme » anglais du XVIIIème siècle ne différait guère de celle que nous ont transmis les chefs indiens d’Amérique, en ce qui concernait la vertu de la parole vraie.


« Pendant que je prononçais ces dernières paroles, mon maître paraissait inquiet, embarrassé et comme hors de lui-même. Douter et ne point croire ce qu’on entend dire est, parmi les Houyhnhnms, une opération d’esprit à laquelle ils ne sont point accoutumés ; et, lorsqu’on les y force, leur esprit sort pour ainsi dire hors de son assiette naturelle. Je me souviens même que, m’entretenant quelquefois avec mon maître au sujet des propriétés de la nature humaine, telle qu’elle est dans les autres parties du monde, et ayant occasion de lui parler du mensonge et de la tromperie, il avait beaucoup de peine à concevoir ce que je lui voulais dire, car il raisonnait ainsi : l’usage de la parole nous a été donné pour nous communiquer les uns aux autres ce que nous pensons, et pour être instruits de ce que nous ignorons. Or, si on dit la chose qui n’est pas, on n’agit point selon l’intention de la nature ; on fait un usage abusif de la parole ; on parle et on ne parle point. Parler, n’est-ce pas faire entendre ce que l’on pense ? Or, quand vous faites ce que vous appelez mentir, vous me faites entendre ce que vous ne pensez point : au lieu de me dire ce qui est, vous me dites ce qui n’est point ; vous ne parlez donc pas, vous ne faites qu’ouvrir la bouche pour rendre de vains sons ; vous ne me tirez point de mon ignorance, vous l’augmentez. Telle est l’idée que les Houyhnhnms ont de la faculté de mentir, que nous autres humains possédons dans un degré si parfait et si éminent. »


L’œuvre de Swift a été longuement analysée et commentée, à toutes sortes de niveaux. Je n’y ajouterai évidemment rien. Ce bref passage me permettra simplement d’insister sur un point crucial du chemin de l’homme : ce qui est basé sur le mensonge, l’illusion, « ce qui n’est pas », est voué à la mort. Le vrai sens du mot chrétien « pécher » est : manquer la cible. Mentir, aux autres, ou à soi-même, n’est rien d’autre que s’enfoncer dans l’erreur. Ce qui revient à errer, se perdre. Innombrables sont ceux qui errent dans le refus et la peur de la vérité.


Augmenter l’ignorance, pour reprendre les mots de Swift n’est pas parler, mais dire ce qui n’est pas. Comment Être, dont la traduction en langage basique commence par « être en bonne santé », si nous grouillons de paroles fantômes qui disent « ce qui n’est pas » ?


Avant de consulter le corps médical, dont la science est entièrement matérialiste et par conséquent vénale, sans doute vaudrait-il mieux chercher en nous-mêmes où se dissimule le mensonge ? Comment vouloir la lumière, si nous bouchons les fenêtres de notre cave ?


Rien de plus facile, rien de plus difficile. Le plus facile est de tirer dessus quand on en a attrapé le bout. Le plus dur est de trouver le bout. Non pas qu’il soit caché bien loin. Les indiens appelaient ça : la langue fourchue. En relations internationales, ça s’intitule : diplomatie, traduit du grec : double langage. Mais pour voir le début du bout qui mène à la fin, il faut changer de lunettes. Et le genre de lunettes adapté n’est pas remboursé. Regardons quand même.


Comment changer le monde ?


Beaucoup disent que nous créons la réalité, et que nous pouvons donc la changer. Mais comment ? Il faut certainement se pencher sur deux questions : le projet, et les matériaux. Si la réalité est un assemblage de briques, et que nos briques sont défectueuses, le projet le plus grandiose ne tiendra pas. Il me semble que, depuis l’éternité le projet est toujours le même : une vie meilleure, un monde plus juste. Et on n’y parvient pas. Peut-être n’est ce pas dans le projet que réside le problème, mais dans la qualité des briques. Examinons les briques. Sont-elles faites de ce qui est, ou de ce qui n’est pas ?


Les briques servent aux projets les plus vastes comme aux plus simples. Vivre en famille est un vaste chantier. Vivre avec soi-même également. Ce sont pourtant les plus simples. Pourquoi est-ce si compliqué ?

     

Quels matériaux employons-nous ? Quelles sont les bases sur lesquelles sont établies nos relations, avec l’autre, avec nous ? Instruisons-nous, lorsque nous parlons, ou disons-nous ce qui n’est pas, en croyant nous protéger ou en retirer un profit ?


Tout ce qui est construit sur le mensonge fait mal. Notre seule possibilité de création se trouve à ce simple niveau. Certes, c’est moins excitant que de foutre le feu, mais la porte, la seule porte est là. Aucune autre, nulle part.

    

La violence n’est qu’une forme cristallisée du mensonge. Le mensonge (racine MEN, l’homme) est la source de tous les maux, qui en découlent dans un enchaînement imperturbable. Pourquoi se plaindre des effets, quand on pourrait soigner la cause ?


Tant qu’on trouve des avantages à vivre dans le mensonge, pourquoi changer ?

 

Mais quand la maison brûle? Tout le monde a chaud, tout le monde a mal.

 

Pourquoi attendre, et ne pas sortir de l’état de Yahoo ?

 

 

 

Déjà publié le 4 février 2010

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 20:16

 

 

Je viens de me couper les ongles. Une fois de plus. Je ne tiens pas de journal, mais le cycle doit tourner dans les dix jours. Les griffes de derrière, c'est moins souvent. La barbe, les cheveux, ça pousse aussi. La peau se renouvelle et ça désquame en douce, poussé par le savon. Les humeurs, le sébum, les liquides, les excréments, ça pousse.

 

Encore heureux qu'on n'ait pas les dents qui poussent, comme les lapins. 

 

Le gazon, la mousse, ça pousse. Les fourmis, les taupes, les rats, les enfants et les enfants des enfants, ça pousse.

 

Le vent pousse les nuages qui tombent en pluie que la canicule aspire pour faire des nuages que le vent pousse. Les nouvelles routes poussent les champs et les forêts qui repoussent ailleurs, ou ne repoussent pas. Mais les immeubles de carton-pâte poussent et s'écroulent avant de repousser.

 

Les fortunes et les gloires poussent et s'écroulent, et l'arrogance des hommes pousse et s'effondre au gré de lois qui leur échappent.

 

Un printemps pousse l'hiver et la joie par dessus les toits, comme disait Charles. Mais le printemps annonce déjà la ruine de l'automne. Le clair porte l'obscur. 

 

Ça pousse sans cesse. Dans la dernière boîte, il paraît que les poils les ongles et les dernières humeurs poussent encore vers la sortie.

 

Les peuples comme les fourmis et les rats poussent sans cesse leur espace vital, comme disait Adolf, pour lequel le surhomme avait les mêmes besoins que l'homme.  

 

Une idée pousse l'autre. Un mème du genre chanson en tête pousse l'autre. Tout pousse, tourne, s'effondre, renaît, repousse, tout se bouscule. Civilisations, ères géologiques, intimes convictions, tout passe.

 

Bien sûr, me direz-vous, les fleurs, le blé, le miel, la beauté des femmes et tout ce qui emplit le coeur et l'estomac aussi. Bien sûr. C'est le cycle de la nourriture, et celui de la couche. Vide, plein, vide.

 

Comme disait je ne sais plus qui, le corps est un cadavre qui se repaît de cadavres pour se perpétuer. Les trous noirs bouffent les étoiles. L'argent, les succès et la considération sont des choses mortes qui emplissent faussement nos egos affamés.

 

Rien de ce qui semble pur ne l'est, car tout recèle en germe sa propre pourriture.

 

Est-ce un cauchemar ?

 

Peut-être.

 

Savez-vous comment et quand on s'éveille d'un cauchemar ?

  

A la dernière minute, quand tout devient vraiment si insupportable qu'on crève d'un coup la paroi du bocal jusque là hermétiquement clos.

 

C'est ainsi que naissent les poussins.

 

Et après ? Ça recommence ? Le poussin devient une poule qui pond des poussins qui poussent et la poussent afin de pondre des poussins qui pousseront et repousseront jusqu'au prochain cauchemar ?

 

Le poussin n'a fait que changer d'enveloppe dans un monde inexorablement soumis au temps. C'est lui, le Temps, qui est le mécanisme responsable de ce cauchemar.

 

Quand j'ai vu CE truc sur le BBB, ça m'a vraiment sauté aux yeux. Ces gens qui courent après le temps, soumis à lui, comme nous tous, cette construction permanente. Rien vu d'aussi pertinent depuis des lustres. Comment sortir de ce monde ?

 

Parce que pour moi, la seule et unique question est bien celle-ci : comment sortir de ce piège ?

 

Tout le reste est littérature. Savoir, avoir, paraître, donner le change, repeindre la cellule, mettre du lilas dans le vase. Tout ce qui ne sert pas à la délivrance est à jeter.

 

VJ est bien noir, aujourd'hui. Trop lu Cioran ? Non, pas depuis longtemps. Comme les Dalton, j'ai laissé Cioran-t-en plan. C'est cette horloge humaine qui m'a tapé en grand, dans un moment où, pour une foule de raisons, je marchais déjà plus ou moins à quatre pattes.

 

Mais seuls les chocs peuvent fissurer notre coquille et nous tirer du sommeil de plomb où nous gisons.

 

De la nécessité des baffes. 

 

Accueillons les chocs, et les avanies. Accueillons tout ce qui nous démonte, nous ravage et nous aide à sortir des rails rouillés du temps sans cesse recommencé. Accueillons le neuf. Accueillons ce qui semble vide, comme le reste.

 

A force de pousser, ça pourrait nous pousser dehors.

 

 

 

Déjà publié le 11 mai 2012 

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 18:48

 

 

Quand elle fut enfin née,

 

Ses parents le Roi et la Reine en furent très contents. La Reine parce que ouf, l'été avait été chaud, le Roi parce qu'il était déjà amoureux et que c'était une fameuse occasion de faire bombance. Alors ils donnèrent une grande fête comme ils savent faire, envoyèrent quérir les rois et reines des environs, et invitèrent les fées, comme ça se fait, paraît-il.

 

Les plats succédaient aux plats, comme d'habitude, marmitons et maîtres queux s'escrimaient à qui mieux mieux, et l'on mettait en perce sans faillir foudres et futailles.

 

Les fées vinrent après, car les fées déjeunent très légèrement d'un rayon de lumière. Quelques uns des invités dormaient, d'autres se promenaient dans le jardin pour favoriser la descente, mais ceux qui restèrent furent bien aise de voir ces belles dames se poser l'une après l'autre devant le berceau, et égrener leurs présents :

 

- Je te fais don de la beauté, dit la première.

- Moi de la grâce, dit la seconde.

- Je te donne la gentillesse, dit la troisième.

- L'intelligence, fit la quatrième.

- Le tact, souffla la cinquième.

- La douceur, finit la sixième.

 

Tous ces dons, elle les reçut à sa naissance.

 

Mais soudain, l'orage éclata, les fenêtres claquèrent, les volets battirent, et les promeneurs rentrèrent en hâte, éveillant ceux qui dormaient, de sorte que tout le monde vit descendre d'un nuage noir de souci, d'angoisse et de colère une belle dame sombre et rageuse.

 

- Et moi, on ne m'invite pas ? Pense-t-on qu'on peut tranquillement mettre au monde une petite princesse et que sa vie ne sera que sucre et miel ? Qu'elle pourra se dispenser d'en baver, comme les autres ?

 

Et se penchant sur le berceau, elle dit :

- Je te donne l'inquiétude et l'absence de repos. Jamais tu ne seras tranquille ni satisfaite de toi, malgré tout ce que mes soeurs t'ont donné.

 

Puis elle sauta sur une grosse corneille qui l'attendait, et ajouta, avant de s’envoler : "A moins que tu ne trouves la Sagesse".

   

Voilà ce qui s'est passé un jour de septembre 1961. J'y étais en esprit, j'avais sept ans, et à cet âge là, l'esprit vole un peu partout à sa guise. Je n'avais pas été invité par le Roi ni la Reine, mais par la toute petite princesse, qui m'avait averti d'un chuchotement : ça y est, je suis arrivée, attends moi, mon amour.

 

J'espère qu'elle va finir par être assez sage pour guérir des blessures de la septième fée, Mme Vieux Jade, parce qu'elle le mérite vraiment.

 

Mais, quelque part, je me dis que si elle n'avait pas eu ça, elle aurait été drôlement insupportable.

 

Et je finis par me dire que la septième fée, on devrait l'inviter de temps à autre pour la remercier.

 

 

Publié pour la première fois le 11/09/2011

 

 

 

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 11:58

La scène se passe dans le placard de la chambre, compartiment monsieur. Sur le rayonnage du milieu, les chemises sont empilées par les soins diligents de Mme VJ.

Plus bas, les pantalons, les shorts, et dans un panier, les slips, chaussettes, ceintures. Encore plus bas, les chaussures. Le placard est une extension du corps humain.

 

La porte s'ouvre, et Mme VJ dispose le linge propre puis referme. Ses pas s'éloignent.

 

1VC (1ère vieille chemise) : Ouh, mais ça sent bon la chair fraîche ?

2VC : Ouais, y'a comme qui dirait du neuf.

 

Le choeur des vieilles chemises : voici du beau linge !

 

1VC : pas gênée de me grimper dessus, ma mignonne ?

1et 2NC (1ère et 2ème nouvelles chemises), toutes tremblantes : excusez-nous, on nous a posées là comme ça...

1VC : ça a pas fait un pli, hein ?

1et2 NC : hihi

1VC : d'où que vous sortez, les mignonnes ?

1 et 2 NC : de Décathlon, Madame.

2VC : Décathlon, décathlon, ça me dit quelque chose...

1VC : cherche pas, mamie, c'est pas de ton temps. Toi et ton col à manger de la tarte. Regarde moi ces petites, touche moi ça, comme c'est pulpeux. Pur coton ?

1 et 2 NC : oui Madame, fabriquées en Chine.

2VC : pour pas un rond.

1VC : c'est vrai que vous êtes pas épaisses, les petiotes. J'espère que vous êtes XXL, minimum.

1 et 2 NC : oh oui, Madame. Même XXXL, parce qu'il a dit que les chinetoks taillent petit.

1VC : ça vous évitera les élongations, parce qu'il a les épaules fortes. Par contre, faudra revoir les manches, parce qu'il a de tout petits bras.

1 et 2 NC : oh, mais on est manches courtes.

2VC : c'est plus prudent.

1 VC : et quoi de prévu ?

1 NC : il a dit qu'on irait au restaurant, hihihi...

2 VC : Non ?

1 et 2 NC : Si, il veut nous emmener au restaurant.

1 et 2 VC : Aïe.

1 et 2 NC : hein ? pourquoi aïe ?

1 VC : ah, mes pauvres cocottes. Surtout n'allez pas au restaurant  !

 

Le choeur des VC : pas au restaurant !

 

Une paire de chaussettes : oh, moins de bruit là-haut !

Une autre paire de chaussettes : y'aurait moyen de dormir ? 

 

1 et 2 NC, inquiètes : pourquoi pas au restaurant ?

1 VC :  parce que vous allez y perdre votre virginité, mes chéries, voilà pourquoi il ne faut pas aller au restaurant.

2 VC : hé oui...

 

Le choeur des VC : hé ouiiii !

  

3 VC : baptisées, mes cocottes, il va vous baptiser !

1 VC : tenez, moi, la première fois qu'il m'a emmenée au restaurant, il a commandé une truffade. Un quart d'heure plus tard, il a échappé un demi-cornichon dans l'huile brûlante et splash, huit taches...Elle lui a dit : va vite dans les toilettes te passer du savon ! Mais c'était pas chouette à voir. Quand on est ressortis, j'étais pleine d'auréoles...

2 VC : moi, c'était la sauce tomate de l'osso bucco. Quatre énormes pâtés sur le plastron, ça se voit encore.

3 VC : moi, elle m'a fait teindre en bleu foncé, à cause de l'encre des seiches. Des taches, des taches, des taches...

 

Le choeur des VC : des taches des taches des taches !

 

2VC : sans parler des déchirures. Moi, il m'a arraché le côté en passant trop près d'une clef.

4 VC : moi, il m'a défiguré dans les fils de fer.

5 VC : moi, c'est encore une tache, de l'eau de javel.

6 VC : moi il m'a arraché deux boutons

7 VC : moi il m'a coincé dans la braguette

 

Le choeur des VC : des taches et puis des déchirures.

 

1 VC : vous voyez ?

1 et 2 CN, d'une voix cotonneuse : Mon Dieu....

1 VC : chuuut, j'entends des pas.

 

La porte s'ouvre.

 

Une voix féminine : tu veux laquelle ? La verte, ou la beige ?

 

Une voix masculine : celle que tu veux, mais faut y aller, on a réservé pour 20 heures !

 

 

Déjà publié le 8 mai 2011 

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 23:03

Texte publié pour la première fois en mars 2010, qui résume encore la pensée qui m'est accordée :

     

 

Je crois, parce que j’en ai fait l’expérience, que nous sommes des étincelles émanées d’un puissant soleil spirituel ;  

 
Je crois parce que cela m’a été montré que nous sommes des éclaireurs de ténèbres et que parfois, s'y nous n'y prenons pas garde nous pouvons nous y dissoudre ; mais peut-être pas...

 

Je crois parce que j’en ai fait l’expérience qu’une prière qui nous embrase avec la force du désespoir amène un secours immédiat ; j’en déduis donc que nous ne sommes jamais seuls ni abandonnés ;

 

Je crois qu’ici-bas nous sommes en enfer, pour une raison qui ne m’est cependant pas claire ; mais je crois, parce que j'ai déjà vécu des moments où soudain tout devient clair, que cette obscurité n'est qu'illusoire et passagère ;

 

Je crois, car cela m’a été exposé avec netteté que le chemin de notre Retour n’est autre que celui de notre venue, inversé ; c'est l'histoire du Petit Poucet ;

 

Je crois, parce que l’observation du monde depuis une certaine altitude le rend évident, que cet enfer est gouverné par Satan, qui est une force centripète, et que s’il a de nombreuses permissions, il n’a aucun pouvoir réel sur nous, sauf celui que nous lui accordons par ignorance ;

 

Je crois que la connaissance et l’expérience du mal, de la séparation et de la souffrance nous ramènent à la connaissance et à la quête de notre Retour vers notre Père/Mère ;

 

Je crois que le principe de ce monde est diabolique, c'est-à-dire qu’il résulte d’une séparation, d’une fragmentation ou d’une explosion et que s’en extraire ne peut se faire que d’une manière symbolique, c'est-à-dire qui en réunisse la part visible et la part invisible ;

 

Je crois que toutes les créatures tombées ici souffrent comme nous, et que toutes seront purifiées, réunies et sublimées à l’issue de leur périple ;

 

Je crois que le temps n’existe pas, car cela m’a été montré ; et que la flèche du temps est parfaitement illusoire, ainsi que son sens ;

 

Je crois que la création entière est une sorte de sommeil, de rêve, d’hallucination, de coma ou de mort, de film, et que le réveil est toujours imminent ; et je m'étonne que les humains accoutumés à toutes sortes d'hallucinations visuelles et sonores depuis l'invention du phonographe et du cinéma n'y songent jamais mais y croient dur comme fer ;

 

Je crois que le Retour est en cours pour tous, et qu’on peut le concevoir comme le second temps de la respiration Divine ;

 

Je crois cependant que ce Retour est personnel et individuel, au moins jusqu’à un certain point, et que le Retour de chacun est intimement lié au Retour de tous, mais de ce dernier point, je ne suis pas certain, car comme beaucoup j'ai été atteint par la flèche de la culpabilité et de la responsabilité collective. Et j'ignore si cette flèche est empoisonnée ou non.

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 11:22

Bordeaux-Jardin-public-sous-le-brouillard-1-.jpg

Belle photo libre de droits (merci) trouvée ici

 

 

Dès qu'on regarde derrière le rideau de la conscience diurne, on voit des ombres qui passent et chuchotent, affairées à des choses qui nous échappent. La plupart du temps, découragés, ceux qui ont réussi à jeter un coup d'oeil finissent par dire à contre-coeur que c'est de la foutaise, ou que c'est inaccessible.

 

Mais si l'on observe avec patience ce qui vient par le canal des rêves, des suggestions indéterminées ou par ce qu'on appelle depuis Jung les synchronicités de la "réalité quotidienne", que j'appelle personnellement des "convergences", si l'on croise tout, on finit par discerner des voies, des sentiers que nul autre (à part ceux qu'on reconnaît d'un coup d'oeil) ne voit.

 

A ce moment, il y a au moins deux choix : se laisser guider, en confiance, ce qui n'empêche pas d'ouvrir l'oeil. Les tibétains, eux, par le yoga du rêve, disent en discerner la nature illusoire, et s'en rendre maîtres pour le contrôler.

 

A mon (humble) avis, c'est se priver de son énergie symbolique, de son éclairage. Mais peut-être, au fond, sont-ils plus avancés, qu'ils n'ont plus besoin de cet éclairage qui est encore un théatre d'ombres pour enfants, une couche intermédiaire.

     

Dans cette "réalité", en dehors des mécaniciens, qui sont extrêmement importants eux aussi, puisqu'ils réparent et font rouler nos voitures, on trouve les poètes, dont le rôle est de rêver publiquement.

 

Les poètes sont les mécaniciens de l'entre-mondes.

 

Grands ou petits, Nerval, Rimbaud, Hölderlin, Rilke, Nietszche, et tant d'autres n'ont généralement pas prospéré de ce côté de la paroi. Mais les poètes, comme les rois celtes, les rois sacrés, et autres pontifex, dont la traduction pourrait être : shamane, même si ce mot est une espèce de faux, ou de fourre-tout bien pratique pour dissimuler que nous avons tous un versant poétique, les poètes sont tendus entre deux mondes. Ça fait mal.

 

La blessure symbolique des rois celtes, comme le dit lumineusement Robert Graves (la Déesse blanche), qui est celle du "Roi méhaigné", ou "Roi Pêcheur" du roman de Perceval, c'est celle de Jacob au gué de Yaboqq, où il vit une échelle dressée vers le ciel, parcourue par des anges, et où il passa la nuit à lutter contre l'ange qui lui démit le nerf crural. Tout se tient. La blessure du roi celte venait du fait que, voulant aborder le rivage depuis sa barque, celle-ci reculait, et le nerf de sa cuisse se rompait.

 

Jacob est l'inversion de Yaboq, tout le monde peut le voir. Le poète doit inverser son regard, comme l'Acrobate ou l'Atlante des chapiteaux romans. Culbuter, en français : renverser le cul, qui équivaut encore une fois à "couper la tête".

 

Je n'ai aucune connaissance particulière, juste des lectures et de l'expérience.

 

Tous ces boîteux sacrés sont de sacrés boîteux, qui relient péniblement le monde diurne au monde nocturne, le monde de la matière à celui de l'Esprit, le monde du sommeil au monde de l'Éveil.

 

Or, paradoxalement, le fait d'être boîteux rendait inapte à l'initiation catholique et maçonnique. La question est ouverte. Si le boîteux désigne celui qui, ne se résolvant pas à s'établir en ce monde, est jugé indigne de l'initiation, qu'est-ce que l'initiation ?

 

Une intégration à ce monde ?

 

Les initiés seraient alors de vertueuses briques de la pyramide, another brick in the wall ?

 

 

 

Le but de la psychologie pratique, sociale, est d'étouffer dans l'oeuf toute tendance à l'envol, pour ramener les sujets limite au bercail de la grande famille des rouages. Comme le Christ parfois falsifié des évangiles canoniques ramène l'Unique brebis, la seule qui cherche à transcender ce monde, vers le troupeau bêlant.

 

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux, disent les révoltés.

 

L'initiation qui fait des moutons s'appelle castration, contre-initiation. Seul l'Esprit initie, et Il souffle où il veut.

 

L'Esprit souffle librement, et libère.

 

A quoi servent les poètes ? La question est aussi stupide que celle-ci : à quoi servent les mécaniciens ?

 

Lorsqu'un poète meurt, si au même instant il ne disparaît pas un mécanicien, alors le monde boîte. Peut-être qu'un poète vaut un certain nombre de reîtres ? C'est à espérer. Mais les comptes, au delà des apparences, sont bien tenus.

 

 

Publié initialement le 16/07/2011

 

 

 

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 10:29


Depuis cinq jours, on entendait gronder la terre. Au loin, les ombres violettes et grises des montagnes se fondaient dans les nuages d'acier. Une bande blanche comme un poignard au soleil, puis des filoches de coton jusqu'au milieu du ciel. Dans la rosée les pas collaient les grains de sable, marquant les traces. Les bêtes paissaient, les enfants sortis des tentes rameutaient les femelles pour la traite. La musique du matin, ce sont les cris des poursuites, l'aboiement des chiens et le bêlement des troupeaux.

 

Les flûtes, les soupirs et les guitares sont pour le soir. Et ce grondement sourd, d'où vient-il? Les vieux se sont assis sur les monticules de rochers, le cou tendu comme font les faisans.

 

Quelques hommes sont partis avant l'aube, ce matin là, voici quatre jours, dans la nuit bleue et fraîche, pour tenter de savoir l'origine de cette obscure menace qui les mina vers l'heure où les vessies se gonflent, où les sexes deviennent durs, où les enfants parlent dans le sommeil. Ils ne sont pas encore revenus. La matinée se déroule comme les autres jours. Les tentes sont groupées dans la petite vallée d'herbe et de sable venu de la montagne, déposé là par l'eau bondissante du torrent depuis tant et tant de vies d'hommes et de bêtes. Car un jour les montagnes sont jeunes et fringantes, et se tendent de toutes leurs forces minérales & jaillissantes à l'assaut de la lumière. Elles n'ont pas de mémoire, pas de passé. Qu'un présent incompressible, envahissant, qu'elles tentent de jeter vers le ciel, comme une plante y jette sa semence. Une grande et unique faim de grandir encore, et toujours. Et le ciel, lui, se recule. Ils ne sont pas du même monde, ni de la même génération.

 

Et peu à peu, elles s'usent, dans cet âpre joyeux combat, puis elles ploient, et s'affaissent, sous les forces conjuguées de l'eau, du temps, du vent, et de leurs os vieillis commencent à rouler des pierres qui se détachent. Et de leurs flancs rompus naissent des sources et des lits de caillasses que le grand vent balaie. Et un jour, l'herbe y pousse, et les bêtes y viennent. Et la merde des bêtes fait un tendre duvet, une litière, une peau plus douce au pied de l'homme qui y peut tendre ses toiles et allumer le feu. La terre est la mère de l'homme.

 

A midi, ce jour là, les chasseurs revinrent, rapportant une chèvre des montagnes qu'ils dépecèrent. Ils mangèrent la viande brûlante et prirent le lait caillé, puis ils parlèrent, et dirent ce qu'ils savaient. Car parmi ce peuple, nul n'avait de secret pour l'autre.

 

A deux jours de marche, venait une immense troupe, l'armée du prince Tiki. A sa tête, le général Croc en Jambe, illustre ripailleur et dévoreur de vies d'hommes, de femmes et d'enfants. Il avait tant versé le sang que ses mains étaient teintes de rouge jusqu'au coude. Et le fond de ses yeux luisait de rouge, aussi, comme l'oeil du tigre en chasse. Avec le général, l'armée des femmes où il prenait le plaisir de sa verge et de ses yeux. L'armée des cuisiniers suivait, et celle des dépeceurs. Les soldats marchaient derrière, et puis enfin les éléphants, plus de trois mille. Car tel était le général que nul ennemi ne l'attaquait de front, alors les femmes marchaient devant. Mais tant de fantômes le suivaient, qu'il fallait plus de vingt mille hommes pour le garder.

 

Et la terre grondait du pas de cette foule, et le général grondait pour ne pas entendre l'immense clameur de l'armée des ombres qui marchait sur ses pas. Alors tout ce vacarme réveillait les montagnes qui en secouant leurs membres engourdis jetaient bas leur couvertures de forêts et de neige, et les avalanches roulaient dans les vallées. Et les peuples fuyaient devant ce tigre fou.

Il fallait donc partir.

 

*

 

Le prince Tiki ne dormant plus depuis des mois, comme l'inaction pesait au chef de ses armées, et que chaque jour leur paraissait à tous les deux, pour des motifs différents, une cage plus étroite que le jour précédent, inquiet de ses feulements et de ses yeux terribles, il avait rassemblé ses conseillers dans la salle des saphirs. Leur lumière bleue lui semblait une eau calme versée sur le volcan qui menaçait. Si peu d'eau pour un tel feu!

 

Les sages l'étaient assez pour partager le trouble du prince. Rien ne les mettrait à l'abri de la colère de la brute, s'il venait à rompre les derniers liens qui le rivaient au monde des hommes. La conquête des royaumes de l'Ouest avait occupé l'illustre combattant durant sept ans. Sept ans de guerre et de carnage, de riches butins et d'esclaves, mais également de paix pour le royaume. Croc en Jambe se régalant ailleurs, on pouvait enfin dormir tranquille, jouir paisiblement des grands jardins peuplés d'oiseaux, des concubines et des ouvrages des peintres et des lettrés.

 

Il était temps d'envisager une nouvelle conquête. Oui, mais que conquérir? Croc en Jambe avait tant agrandi le royaume que nul peuple ne subsistait en l'enceinte des montagnes qui limitait le monde. Et nul n'aurait pensé à les franchir. Car en ce temps elles avaient planté leurs crocs et leurs griffes si loin dans le ciel que l'ombre d'un homme n'aurait pu s'y glisser.

 

"Reste le gouffre du Nord, dit doucement le vieux Jaka.

- Le gouffre du Nord! Vous n'y pensez-pas! S'émurent les autres.

- Oui, le gouffre du Nord. S'il y avait autre chose, de l'autre côté? On pourrait l'y envoyer.

- Mais il n' y a rien, vous le savez bien! Qui serait assez fou...

- Rien, soit. Mais il est bien des êtres qui ne sont rien, & dont le costume...Il suffit d'habiller convenablement ce rien.

- Et peut-être que...qu'il n'en reviendrait pas, songea le prince. Mais comment l'envoyer là-bas? dit-il.

- Construisons un pont.

- Voilà, c'est cela. Mais ça peut prendre des années. Il faut que ce soit Croc en Jambe lui-même qui le construise."

 

C'est la raison pour laquelle Jaka monta, avec le savoir-faire et la discrétion qu'il tenait de ses très distingués ancêtres une petite machination. Il tira des geôles princières deux condamnés qu'on avait oublié de dépecer, leur promit la vie et la fortune, puis les envoya par la ville, comme deux voyageurs enfin de retour. Il les munit d'or et de joyaux, qu'ils dépensèrent à foison par les bordels et les auberges. Dûment dressés par leur maître, ils parlèrent généreusement du pays par delà le gouffre du Nord, d'où ils prétendaient revenir. Le général fut assez vite informé de leur existence, et les fit chercher. On les amena roidement devant sa face, où ils se laissèrent tomber au sol, tremblants de peur.

 

" Est-il vrai que vous avez franchi le gouffre? Rugit le géant.

- C'est vrai, bredouillèrent-ils.

- Menteurs! hurla le général. Comment êtes-vous passés?

- Nous avons été enlevés par des aigles. Ils nous ont posés de l'autre côté, dans leur nid. Mais nous avons pu nous échapper. Alors nous avons vu l'autre côté du monde, mentirent-ils.

- Ah oui? Et comment est-ce donc?

- C'est un pays d'or et de joyaux. Le soleil ne s'y couche jamais, la lune demeure à ses côtés. Il pleut de la lumière, et les femmes y ont des larmes de diamant.

De chaque fleur que l'on y arrache perle un rubis. Les guerriers y chevauchent des dragons de lave...

- Assez! Comment-êtes vous revenus?

- Un magicien nous a ramené, au moyen d'une poudre. Il existe, Seigneur, une prophétie en ce pays, qui dit que lorsqu'un homme aura pu le conquérir, il deviendra immortel, et sera changé en dieu. Les guerriers, les femmes, les fleurs seront à lui, ainsi que...

- Aaah! Jetez-les dehors!"

 

Les deux drôles, assez contents de s'en tirer à si bon compte, détalèrent jusque chez Jaka, qui se fit raconter l'entrevue.

"Personne ne vous a vu venir ici? S'enquit-il aimablement.

- Personne, Seigneur".

On les égorgea promptement.

 

Après une nuit de folie, où l'on lustra le sol de son palais du sang de trois esclaves fugitifs éventrés là, Croc en Jambe se mit en tête de devenir immortel. Impossible de dresser des aigles. Il réfléchit longtemps, fit réfléchir autour de lui. Et un jour - est ce lui, est-ce un autre? Qu'importe, ce sont toujours les grands qui ont les idées; donc, un jour il trouva:

" Un pont! hurla-t-il, comme en s'éveillant d'un songe. Construisons un pont."

Voici donc la raison pour laquelle la terre grondait dans la steppe qui s'étendait devant le gouffre.

*

Dans une grotte de la Mère Montagne, vivait un homme oublié des hommes. Au début de son installation, certains des villages au pied des gorges lui montaient des fruits ou du beurre, mais il cessa un jour de s'alimenter. On lui offrit alors des corbeilles de fleurs, mais un soir il ferma les yeux et cessa de respirer.

 

Nul ne savait s'il était vivant ou mort, mais jamais quiconque n'osa franchir l'entrée de la caverne. A l'approche, une main invisible se posait sur les épaules, et l'on se hâtait de redescendre vers les vallées.

 

Alors que depuis des vies d'hommes l'ermite chevauchait les vents des royaumes les plus éloignés de nous, une lumière vint, comme une caresse et la voix de l'amour le plus pénétrant lui dit: "Viens, maintenant, mon fils; il est temps".

 

Alors l'ermite ouvrit les yeux, et l'air filtra par ses narines. Il se rasa, coupa ses cheveux par égard pour les hommes, et quitta son refuge.

 

l marcha lentement, sans hâte, mais il couvrait sans jamais arrêter des lieues de ses pieds nus, comme s'il ne foulait pas le sol. Quand il parvint dans la plaine, ses pas ne soulevèrent aucune poussière.

 

Il marchait depuis la montagne, et vint à rencontrer l'armée en route. Un nuage s'en élevait, et un grondement sourd soulevait les cailloux du chemin.

Alors, il s'arrêta, puis s'assit à terre, comme un pin planté dans le roc. Et ses racines filèrent vers le coeur du monde.

        

L'armée cessa son mouvement furieux. Les eunuques et les premières femmes vinrent buter sur l'obstacle, comme des vagues sur une falaise. Et le mouvement reflua, comme la mer se rejette en arrière, et les éléphants rompirent le genou. Des hommes se brisèrent le cou. Les milliers d'ombres suspendirent leur poursuite, et le silence se posa comme un couvercle sur la soupe qui bout.

Stoppé net dans la défloration de deux petites bergères qu'on lui avait amenées, Croc en Jambe se mit à hurler:

" Que se passe-t-il?

- Seigneur, il y a un homme, devant nous.

- Un homme! Et alors?

- Seigneur, c'est peut-être un dieu? Il est là, et ne bouge pas. Et nul n'avance.

- Aaah!".

 

D'une gifle il lança l'homme à terre, puis descendit de sa litière. Il avança jusqu'à l'ermite qui le regardait venir placidement.

" Qui es-tu? Que veux-tu?

- Où vas-tu? Dit doucement l'ermite.

- Vas-tu répondre à mes questions? Que veux-tu?"

L'ermite regarda à travers les yeux du général.

" Penses-tu passer ainsi chargé?"

Stupéfait, Croc en Jambe mit un moment à se ressaisir. Le sable coulait entre ses doigts de pieds, comme si la terre se préparait à céder sous lui.

" Cesseras-tu de me regarder ainsi? hurla-t-il."

L'homme ne dit mot.

Les gardes faisaient cercle autour du général qui cria:

" Crevez-lui les yeux, et avancez!".

 

Alors les gardes se saisirent de l'homme. On lui creva les yeux à coups de dague, puis on le jeta à terre, et l'armée reprit sa marche en avant.

Seuls les éléphants bronchèrent lorsqu'ils passèrent près du corps ensanglanté.

 

Le lendemain, l'armée parvint au bord du gouffre. On avait beau scruter l'air, le regard ne parvenait pas à l'autre côté. C'était comme un rideau opaque, ou un miroir brillant qui ne renverrait pas d'image.

 

Les ingénieurs se mirent à l'oeuvre. Ils dépêchèrent des hommes au bas du gouffre, par d'immenses cordes. Lorsqu'enfin ceux ci eurent touché le fond, ce que personne n'avait fait, de mémoire d'homme, ils inspectèrent la roche, dressèrent un plan des lieux, enregistrant tous les détails qui peuvent satisfaire un ingénieur, puis on les remonta.

 

Les semaines & les mois passèrent. Les carriers découpèrent la montagne la plus proche en blocs que les éléphants tiraient jusqu'au bord. Puis d'énormes treuils les descendaient au fond, interminablement.

 

Pendant ce temps, la moitié de l'armée que l'on avait descendue au fond érigeait des piliers. Au bout d'un an d'un labeur incessant, alors que les jeux de Croc en Jambe devenaient de plus en plus cruels, neuf cent arches se dressaient, et chaque jour le général allait, sur son cheval feu, jusqu'au bout de l'ouvrage, scrutant l'air. Un jour, il finit par distinguer les tours d'une ville, et ses coupoles luisant sous le soleil. C'était donc vrai!

Alors son agitation n'eut plus de bornes. Il tua les hommes comme des mouches, dévora quelques enfants, et insulta les dieux.

 

"Plus vite, plus vite!". Il fouettait lui-même les ingénieurs, les contremaîtres. Et puis un jour, il sut que l'ouvrage serait fini durant la nuit, et les deux bords enfin reliés. Mille arches!

 

Ce furent des heures terribles. Pour vaincre les fantômes qui l'avaient poussé jusque là, il répandit autant de sang qu'en une année. Vaincre, ne pas dormir, briser tout ce qui résiste, courir, toujours, plus loin, plus vite...

 

Au matin, il s'engagea sur le pont, suivi d'une interminable file de femmes, d'hommes et d'animaux.

 

Lorsqu'il fut à la six cent soixante sixième arche, le premier éléphant mit le pied sur l'ouvrage.

 

Lorsqu'il parvint à la huit cent quatre vingt-huitième, le dernier éléphant s'engagea, suivi d'une bande de chiens errants.

 

Lorsqu'il mit le pied sur la neuf cent quatre-vingt dix neuvième arche, la dernière ombre, tout juste morte de la nuit, y entra à son tour.

 

"Victoire!" hurla le général, triomphant, le regard rouge comme le tigre en rut, limant ses dents l'une contre l'autre.

" Victoire!" glapirent les hommes. Et les éléphants barrirent.

" Victoire" murmurèrent les ombres.

 

Alors, le pont frémit, imperceptiblement. Une onde passa, comme lorsque la main de l'amant effleure la joue de l'aimée. Et les arches fléchirent, comme lorsqu'elle baisse les yeux. Les piliers se couchèrent comme les cils sur ses joues.

 

*

 

Lorsque le tumulte se fut apaisé, et la poussière retombée, ne restaient plus que les attaches de bronze qui retenaient la première arche, et elles pendaient dans le vide.

 

Les oiseaux de proie tournèrent tout le jour, en un nuage noir. Enfin le soleil se pencha vers la terre, perça la première étoile; une silhouette apparut.

 

C'était un homme. Il marchait lentement, sans hâte, ses pieds semblaient ne pas toucher le sol. Il avança jusqu'au bord du gouffre. Ses yeux crevés semblaient voir loin devant lui. Il s'arrêta un instant, ou une éternité, peut-être, comme s'il contemplait un fleuve, ou écoutait une chanson. Puis il dit à mi-voix: " J'arrive".

 

Il se remit en marche, franchissant les trente pas qui le séparaient du gouffre, et s'engagea dans le vide, et le vide le portait.

 

 

 

J'ai publié ce texte de le 29 janvier 2010 puis le 25 décembre 2011. 

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 16:39


C'est il y a longtemps, très longtemps, au temps où les hommes vivaient autour des feux, quand les bêtes rôdaient la nuit, que les diables de la brousse volaient les âmes frêles et les faisaient mourir de peur. Une âme, ce n'est pas grand-chose; alors, une âme morte de peur!

 

Il y eut un temps de grande sécheresse. Le soleil brûlait les plaines et les forêts, et l'eau avait cessé de tomber sur le sol depuis si longtemps que lorsque le pied butait contre les pierres, celles-ci se tournaient en poussière.

 

Les lacs crevaient la terre et ressemblaient aux yeux des morts, où ne brille plus nulle lumière ni le reflet du ciel. Là pourtant s'assemblaient encore les animaux, grattant du groin, de la griffe ou du sabot et les hommes, penchés, maigres comme des branches mortes, avec leurs houes et leurs bâtons, mais bientôt, l'odeur de la mort s'étendit loin, jusqu'aux montagnes.

 

Hormis le craquement du vent dans les arbres tordus, et le souffle rauque s'élevant des poitrines calcinées, on n'entendait plus un son, que l'énorme son du silence, le ventre du silence pesant sur la terre.

 

Même les enfants ne pleuraient plus lorsque leurs lèvres se fermaient sur le papier froissé du sein de leur mère.

Et le soleil fauchait les herbes par brassées chaque jour un peu plus ras.

 

Les grands oiseaux étaient partis, et l'on en n' avait pas de nouvelles. Peut-être étaient ils parvenus aux rivages ruisselants où l'on se baigne dans les délices, peut-être, comme on le disait parfois, étaient-ils morts en chemin, peut-être ce brasier recouvrait toute la terre, par delà les montagnes de glace.

 

Les oiseaux d'eau furent les plus durement touchés. Les grèbes, les poules d'eau, les hérons et les canards moururent comme mouches en hiver.

 

Dans la grande mare au Nord du village, vivait depuis toujours le peuple des canards bleus. Il fallait voir leur colonie au temps du roi Mélèk, lorsque les rives regorgeaient de richesse et de vie, cachée dans les roseaux. C'était un jeu bruyant et des vols serrés et hardis. Chaque aube était une danse de joie, chaque heure une parade orgueilleuse.

 

Mais aujourd'hui, on ne voyait plus que des ombres tremblantes qui se dandinaient au fil des craquelures de la vase, en sondant le fond, guettant la moindre luisance, le plus petit mouvement obscur.

 

On n'entendait plus les jeux d'autrefois, les

éclaboussements fertiles, ni les longs vols coulés ni les glissements d'ailes. Il ne restait que de petits sacs d'os et de plumes, secoués de tremblements sous le ciel en fusion.

 

Au début, seuls quelques vieux avaient pris la chose à coeur; les autres continuèrent à jouer, à pêcher, et à s'ébattre dans les gerbes d'une eau qui devenait de plus en plus rare, plus trouble.

 

Les pluies s'espacèrent puis cessèrent tout à fait. Un jour vint où les grands rideaux de roseaux se changèrent en mèches brasillantes, et les dernières flaques en pierre dure. Alors naquit la crainte et les jeux tournèrent en querelles incessantes.

 

On en vit qui se mirent à mâcher des graines de chanvre, et dodelinèrent de la tête, les yeux clos; d'autres se limèrent le bec sur des pierres, et se mirent à creuser dans le sol des puits où parfois sourdait une eau noire et fétide, dont ils organisèrent un trafic âpre et sournois. Des corbeaux ayant un jour découvert un puits dans lequel demeurait un peu d'eau boueuse - trésor non pareil -, s'entourant d'une milice de bêtes cruelles, s'en firent les banquiers, en cédant des gouttes à prix d'or.

 

Les vieux parlaient de la Lune blanche qui retient la pluie dans son ventre, et de sa colère. On lui offrit des sacrifices, où certains des anciens princes laissèrent quelque peu de leur panache.

 

On égorgea, rompit des os, on fit des danses et des veilles.

 

On fit tout ce qu'on crut devoir faire, mais la pluie ne vint pas. Enflèrent le désespoir et la haine.

 

Le petit Saadi, lui, le dernier de Leilah, naquit aux jours où les dernières brumes montèrent de la terre. Il ne souffrit rien d'abord; mais lorsqu'il fut d'âge à quitter le nid, il vit bien les pleurs et la peine de sa mère.

 

Il aborda les derniers vieux, survivants des âges anciens, qui lui dirent les histoires d'avant, les légendes de source et d'opale, & lui montrèrent dans le ciel noir le cercle de la Lune. Il lui dirent la magie de la pluie, et le sort mauvais qui pesait maintenant sur la terre, dont nul ne connaissait la clef.

 

Alors le petit canard se prit à songer à ce maléfice, à la détresse de Leilah et de sa famille ; il se mit à observer la lune chaque soir. Il vit que parfois elle ne venait plus, et alors il connut la peur, et le désespoir.

 

Il pria tant et tant, qu'enfin elle revint, plus blanche, plus pure, mille fois plus belle qu'auparavant. Où était-elle allée? Et pourquoi gardait-elle en son ventre l'eau précieuse, l'eau qui leur manquait tant? Les haïssait-elle, voulait-elle leur mort, que lui avait-on fait? Peut-être ne l'avait-on pas assez aimée?

 

Il la regardait, cette lune, comme une femme regarde une perle, comme un homme regarde une femme. Il la regarda tant qu'il vit bien ses immenses voiles et ses profonds réservoirs d'eau pure, il vit bien de quelle pitié venaient les torrents de larmes qu'elle versait dans les vasques de ses fontaines, mais aussi de quelle cuirasse, de quelles murailles elle était circonscrite, et à quelle hauteur elle se tenait dans le ciel, si loin qu'à peine on pouvait deviner les traits de son visage.

 

Il ne sut de quel sort elle était prisonnière, mais le feu de l'amour et de l'offrande perça le terreau de son coeur.

 

Il regarda la Lune comme un homme regarde une femme, et qui n'a de repos avant d'en être devenu l'amant. Il sut qu'il venait de découvrir la petite clef qui sauverait les siens. Seulement, petit canard, qu'elle est loin, la belle dame!

 

Il l'aima tant qu'il en devint fou, et résolut de voler jusqu'à elle, et de la délivrer.

 

Se traînant au marché des corbeaux, il y vendit tout ce qu'il put réunir dans le nid maternel, bien peu, en vérité, et serra précieusement les rares gouttelettes qu'il en obtint dans des graines creuses à l'ombre d'une pierre.

 

Il attendit la nuit; et lorsque l'astre d'eau apparut à l'angle des montagnes, il vida d'un trait ses récipients, et s'envola avec peine.
 

Tout d'abord, il alla vers la barrière des montagnes; puis, son vol s'affermit, comme la belle s'étalait dans les vallées bleues des nuages. Il les dépassa, cambra son corps, et fila vers le haut. Il vola longtemps, prenant parfois un courant d'air chaud qui l'aspirait vers le haut, plus près, plus près...

 

Il allait maintenant comme une flèche, et la grande dame se balançait devant ses yeux mangés de fièvre. Nulle part, il ne vit de monstre tapi, la retenant de ses griffes d'ombre.

 

Il avait froid, et manquait d'air. Mais il continua. Il monta d'un trait, insensible à la douleur, à la peur, à la joie même. Il monta comme on tombe, et soudain, sous lui, il y eut les vagues de la mer, et la houle agitée.

Il n'eut pas le temps ni la force d'observer l'ennemi qui devait se tapir, à l'affût. Il n'eut plus qu'une immense envie de se reposer au ventre de sa belle.

 

Alors, cessant la lutte, il se laissa couler.

Lorsque son petit corps creva la coque de la Lune, il y eut un frémissement, et ses plumes soulevées par le choc se mirent à danser et s'envolèrent dans la nuit.

 

Alors la tempête se leva, l'orage rompit les digues du ciel, et la pluie déferla sur la terre. Il plut longtemps, longtemps, d'énormes vagues de gouttes comme des pleurs, ou le baiser d'une mère à son fils.

 

Quelque temps plus tard, le vent posa quelques plumes bleues près du village où les enfants couraient.

 

D'éblouissants vols de canards bleus labouraient la mare, où venaient le soir boire les bêtes, et les femmes le matin emplir les jarres. Personne n'y prit garde, mais peu à peu s'élevèrent les arbres merveilleux sous lesquels s'assemble encore maintenant le peuple pour les conseils, et dont les feuilles bleues aux reflets d'argent passent pour inspirer l'amour.

 

Si vos pas vous mènent là-bas, une nuit, levez les yeux vers le centre du ciel, à l'entour du pôle Sud : Saadi y vole encore, et n'a plus cessé depuis ce temps. Il file maintenant vers les racines du monde, et ses plumes neuves sont si belles que les hommes qui savent l'appellent "l'Oiseau de Paradis".

 

 

 

Ce texte a déjà été publié en 2010 et en 2011.

 

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 11:24

Voici ce qu'écrivait l'un de mes filozophes préférés en février 2010 :

Quand je pense à 2012...

gorges du Tarn mai 2009 339

Quand je pense à 2012…je chante le blouze
Je vais passer pour un Charlot, peut-être, mais 2012 je m’en bats les flancs. Délicate expression employée en référence aux quadrupèdes équins qui ont coutume de se mettre tête-bêche afin de se chasser mutuellement les mouches au moyen de leur queue. Je ne vous conseille pas d’essayer si vous êtes bipède.
2012 m’a tout l’air de servir de planche de surf au seigneur des mouches, Baal ze bub.
L’idéal, pour le surf, c’est d’avoir une grosse mer. Des rouleaux. Et pour surfer sur la connerie humaine, rien de mieux qu’inspirer une méchante trouille, maintenir dans l’agitation. Car tout seigneur des mouches qu’on soit, on ne peut rien faire de bon par temps calme. Il faut préalablement agiter le potage. Ca explique le concept de guerre permanente.
On a déjà eu 1999, grâce à la savante adjonction de Mostra d’anus et du guru de la cotte de mailles, le bogue de 2000, et pffft…ah si, les touines toweurz (ça rappelle vaguement les zandrou sisteurz, maizen pire) on commençait à s’ennuyer sévère en enfer.
Une petite guerre par ci, un petit génocide par là, un tsunami, quelques séismes, un rien de famine, rien de bien consistant. Et puis en fait, je suppose que ça doit rapporter plus, du point de vue de l’énergie bien glauque, de faire peur que de faire mal. Mettons que faire peur à tous et mal à beaucoup doit être vraiment l’idéal du vampire. La peur pour bien épaissir le jus, la souffrance pour donner du goût, que diable.
Sortir du jeu est le seul moyen de sortir du jeu. C’est clair, non ?
Quand on se trouve au fond d’une cave entre les pattes d’une bande de tortionnaires, hélas, le choix devient très limité.
Mais lorsqu’on vit encore dans sa propre carcasse, debout dans ses propres godasses, que le printemps arrive, que les oiseaux chantent, qu’on a encore deux poumons, des yeux, des ouïes, une cervelle en état de marche, et une petite connexion avec le petit bon dieu, comme dit le capitaine Haddock, il me paraît complètement stupide, indécent, inhumain de ne pas en profiter pour jouir.
Jouir ? C’est permis. Autorisé. Conseillé, recommandé. Jouir de la vie. Se réjouir. Il y a toujours au moins UNE raison simple de jouir. Le vrai chemin passe par là. Pas par les ronces et les broussailles de la peur, du souci, de la préoccupation. C’est la différence entre simple, et complexe. Le simple est toujours ouvert. Caché, mais ouvert.
Pour avoir une bonne note à ce fastidieux pensum, je termine sur un petit jeu de mot franco-latin : n’oubliez pas de boare.
Allez, je traduis pour qui n’a pas son Gaffiot sous la main (je n’ai pas parlé de rafiot, gardez le pour le prochain tsunami, mais du célèbre dictionnaire latin) : n’oubliez pas de CHANTER.
Le blouze ou ce que vous voudrez.
 
Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article
11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 09:08

img10-1-.jpg

 

Un matin, au saut du lit, j’ai en premier lieu nourri le poisson, nommé « Pascal », ce qui vous l’avez bien compris maintenant que vous me connaissez un peu mieux, est une corruption de « poiscaille ».

Pour information, l’âne, lui s’appelle Justin de son prénom parce qu'il appartient à la grande tribu des Ptibizou.

 

Mais ce n’est pas de cela que je voulais vous entretenir. Bien plutôt, afin d’enrichir le patrimoine culturel commun, de revenir sur cette interrogation qui a fait pâlir des générations d’écoliers à sec devant la terrible page blanche examinatoire et comminatoire : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? », d'un certain Alphonse. Vous savez bin, l'Alphonse de la Martine. 

 

Donc, ledit matin, après en avoir fini avec Pascal, je me sers le petit déjeuner qui tend à devenir usuel : un verre d’eau dynamisée.

 

J’en profite pour faire un coup de pub à un système qu’on utilise depuis quelque temps sur de l’eau du robinet préalablement filtrée en carafe Brita.

 

J’ai donc toujours une bouteille de verre pleine d’eau à portée de main.

 

Ce matin là, je m'en sers un grand verre, puis repose la bouteille à l’emplacement exact où elle se trouvait, là où son poids a marqué un rond sur la toile cirée.

 

A cet instant, j’ai perçu la souffrance de la toile cirée. Cet endroit avait supporté le poids de la bouteille, un kilo environ, toute la nuit. Lorsque j’ai soulevé la bouteille, l’endroit meurtri a enfin pu se relâcher, reprendre son souffle, dirais-je pour anthropomorphiser. Et, sans la moindre conscience de cela, j’ai visé la marque comme j’aurais visé une cible, et lui ai infligé de nouveau le poids de la bouteille.

 

Et c’est le cri de la nappe qui m’a alerté. J’ai aussitôt repris la bouteille, et l’ai éloigné de la zone écrasée.

 

L’alternative est simple : soit je suis mûr pour de très très longues vacances chez les gentils messieurs en blouse blanche, soit je commence réellement à percevoir l’être réel des objets.

 

En vérité, je n’ai pas d’inquiétude à ce sujet, car Mme Vieux Jade aussi a ressenti récemment plusieurs objets, et, quelque part, le docteur Len dit s’être entretenu avec un fauteuil.

 

Je comprends que vous puissiez être sceptique : est-il fou, nous mène-t-il en bateau ?

 

Mais pensez-vous que ce cher Alphonse de Lamartine se soit risqué à écrire une telle phrase s’il n’avait pas connu cette sorte de communication ?

 

Bien sûr, on pense que ça peut arriver avec des objets chargés de souvenirs, photos, lettres, bijoux, antiquités, mais la vie de la simple toile cirée nous échappe.

 

Et pourtant, tout ce qui nous entoure ressent. J’en suis maintenant convaincu. Merci de son aide à cette gentille toile cirée, et regardez la bien. Vous voyez bien, qu'elle est vivante. 

 

 

PS: en dépit de ce dernier canular, dont voici un autre exemple, l'histoire est authentique.

 

img12-1-.jpg

Texte sorti le 25/04/2010

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans 2ème service
commenter cet article

Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.