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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 10:16

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Le capitaine ad hoc guettant les embâcles...

 

 

Depuis le temps que Mme VJ me susurre que ce serait super de faire une croisière, je me suis enquis de ce qu'offrent d'une part le marché, et d'autre part le contenu de ma tirelire.   

 

Las, même deux jours sur un vulgaire canal me paraissaient aussi dispendieux que les fastes d'Héliogabale. Je commençais à désespérer de procurer cette petite joie à ma moitié lorsque je tombai sur un club de canoë qui fait de la location sur la rivière Allier.

 

Si l'aspect confortable et grandiose de la croisière est un peu absent, le côté héroïque, tarzanesque et économe de la chose me séduisirent promptement, d'autant que le dernier achat de Santenay (Uny Prieur 2007) grève encore douloureusement mon modeste budget.

 

Je craignais un peu qu'elle ne sous-estime la proposition, mais non. Tout ce qui est aqueux lui agrée (et même le piano, aurait dit Bobby Lapointe). 

 

Nous voici donc ce samedi-là acheminés par une jeune fille souriante et compétente à pied d'oeuvre, à l'aval du pont de la petite ville de Châtel de Neuvre dans l'Allier, qui a pour principal titre de gloire d'avoir été le fief du premier Bourbon connu, un certain Archambault, ancêtre des rois qui portèrent son nom, avec pour but : Moulins sur Allier, soit une vingtaine de kilomètres par la route, un peu plus en suivant les méandres de cette rivière qui se jette ensuite dans la Loire.

 

Première question à résoudre : qui passe devant et qui derrière ?

 

Le principe sommaire étant que le premier propulse, c'est le muscle, l'autre barre, c'est le cerveau. Sommaire parce que bien rôdés, les deux font un peu des deux. Vous suivez ?

 

Bon prince, je pris le rôle du muscle et laissai avec une certaine légèreté le rôle du barreur à Mme.

 

S'agissant d'une croisière gastronomique, nos cales regorgeaient de toutes sortes de victuailles rustiques : oeufs durs, tomates, chips bio, eau (si si, je bois de temps à autre ce truc de plus en plus glauque, par exemple lorsque mon épouse oublie opportunément d'approvisionner), thé, gingembre confit.

Nous n'avions oublié que la crème solaire mais bon, nos couennes sont déjà rompues à l'exposition.

 

Chantant intérieurement "il était un petit navire", nous enfilâmes les gilets de sauvetage sous l'oeil attentif de la donzelle de garde, nous promettant de les ôter au plus vite.

 

Et nous voilà partis.

 

Assez rapidement, il m'apparut que notre frêle esquif risquait de devenir notre tombe. Car étant devant et observant à loisir les branches mortes issant de l'eau, j'avertissais, tel le capitaine Haddock, ma moitié moussaillonne d'avoir à tendre à babord ou à tribord.

 

Et curieusement, à chaque fois, et malgré mes coups de rame frénétiques, nous frôlions l'obstacle de justesse. Au bout d'une demi-heure d'efforts titanesques afin d'éviter la culbute, le demi-tour ou l'échouage, me vinrent des doutes quant à la compétence de ma partenaire. Quelques échanges verbaux plus ou moins amènes m'apprirent :

 

1) qu'elle essayait de m'aider à pagayer, donc à nous propulser, en ramant bien loin du bord, ce qui de l'arrière, oriente nécessairement l'esquif à l'inverse ;

2) que n'ayant pas parfaitement saisi de quel côté il faut agir pour obtenir l'effet désiré, elle faisait des expériences variées ;

3) et que parfois, elle confond la droite et la gauche, qu'elle n'y peut rien, c'est de naissance, c'est comme ça.

 

Bon, admis-je, aussi épuisé que si je drivais le paquebot France. Plus que 4 heures à éviter la baignade. Gardons le gilet.

 

La prochaine fois, je passerai devant, proposa-t-elle ravie. Car l'affaire lui plaisait bien. Certes, nous ne naviguions point sur un bateau rupin, mais déjà nous flottions, et elle aime ça, et le calme ambiant était parfaitement délicieux, lorsque nous cessions, elle, d'envoyer le bateau un peu partout et moi de m'y opposer.

 

Je parvins peu à peu à lui expliquer la différence entre propulser (la rame au droit de la coque) et barrer (au plus loin de la coque), et alors nous entrâmes dans la merveille.

 

Partout, des oiseaux. Hérons, buses, corneilles, merles, faucons. Partout les grèves désertes et les champs de galets. Parfois la rivière s'étale et le courant s'efface, et le bateau passe au ras du lit, et parfois un grand courant nous emporte vers les berges et l'eau profonde.

 

Nous découvrîmes des cités oubliées des hommes, et inconnues de la plupart, où nichent les hirondelles par centaines. Nous rencontrâmes le haut château de dame Cigogne qui nous observait de loin.

 

Nous regardâmes voleter les belles demoiselles vertes et bleues. 

Le soleil cuisait mais le vent nous massait généreusement de ses mains fraîches.

 

Le lit de la rivière est semé d' embâcles qui peuvent renverser un petit bateau. Il faut donc les repérer et les éviter. Lorsque Mme VJ fut un peu rôdée, ce fut chose facile.

 

Un embâcle peut se cacher sous le fil d'eau, invisible, et ne provoquer qu'un trouble de la surface, ou sortir plus ou moins largement. Certaines branches dansent dans le courant. Je conservais les yeux fixés sur l'un deux, qui fendait la surface de quelques centimètres, lorsqu'un cri m'échappa : "Un saumon !"

 

Ce n'était pas la pointe d'une branche reposant sur le fond, mais la nageoire dorsale d'un gros saumon, qui remontait le courant comme un coureur de fond, à coups de boutoir, et jamais nous ne vîmes une pareille chose bouleversante, que la volonté inflexible de cet être solitaire lié à son but qui croisa à un ou deux mètres de notre bord.

 

La cité des hirondelles est belle comme un temple oublié, le nid des cigognes comme la retraite d'un ermite au faîte d'une montagne, mais le voyage du saumon restera gravé en nous.

 

Ce fut tellement inattendu que l'appareil photo est resté au fond du bateau. 

 

Pour rire, alors que nous passions sous le pont d'une grand route, je dis à Mme VJ : "Jusque là, ça a été facile, mais maintenant attention, parce que ça va monter".

 

M'attendant à l'entendre rire, je ne fus pas peu étonné de l'entendre répondre dans un bel élan sincère : "Ha, ça monte, plus loin ? Alors ça va être plus dur ?"

 

Dans mon étonnement, je restai un instant silencieux, avant de lui demander si elle avait bien réfléchi à mes propos. Il fallut un peu de temps avant qu'elle se rappelle qu'en général, lorsqu'elle n'est pas bouillie, l'eau a une tendance constante à se diriger vers le bas.

 

Hilare, le soir, je fis part de cette surprenante répartie à mes filles, mais aucune ne vit le cocasse de la situation. Au contraire, elles se demandaient avec un peu d'embarras ce qu'il y avait de drôle.  Avec les femmes, on va de surprise en surprise. Surtout en ce qui concerne les sciences naturelles et les grandes lois de la création.

 

Peu à peu, nous vîmes des voitures, des parents en bedaine rougissantes et chiards hurlants, des vélocipédistes et autres barbecuiseurs, boulistes et sûmes que le périple allait prendre fin.

 

Dans le retour à la civilisation, il y a une chose qu'elle est vraiment très très bonne : c'est le bar de la plage avec ses bières pression.

 

Il faut de tout, pour faire un monde.

 

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Les embâcles

 

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Toujours plus haut !

 

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Toujours aussi beaux...

 

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C'est   après que ça commence à monter...

 

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L'étonnant  village des hirondelles troglodytes. 

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Published by Vieux Jade - dans vivaces
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commentaires

Larmuse 08/07/2011 10:34


Autrement il y a:
http://couteaux-moing.com/


Vieux Jade 08/07/2011 19:31



C'est beau, aussi. Merci.



Larmuse 07/07/2011 21:56


Haaa j'ai hésité un moment car PHM(pour faire moderne..ce que ne sont point ses couteaux..)a pour signature l'empreinte de la patte de son bosseron,je crois bien..mais j'ai fait le
rapprochement.Grandiose(jeune) bonhomme..j'aime énormément ce qu'il fait..j'éspère qu'il sera à Nontron cet année que je puisse lui rendre visite(et lui acheter un surin)car avant d'être forgeron
coutelier..je suis un amoureux des couteaux des autres!(je n'ai plus une seule pièce de ma fabrication..me reste ceux de mes collègues)Pierre-henri Monnet(pour redevenir humain..donc moins
moderne)fait vraiment parti de mes couteliers favoris en France..il se dégage de ses lames une franche honnêteté..rien à cacher dans son boulot.En forge comme en toute chose,dégager la simplicité
reste le plus dur.Haaa le damas en chaine de tronçonneuse!Me tarde Nontron du coup..Merci Vieux-Jade!


Vieux Jade 08/07/2011 08:00



http://couteauxph.blog4ever.com/



Larmuse 07/07/2011 17:02


Pierre-henri Monnet peut-être?


Vieux Jade 07/07/2011 18:53



Lui-même. L'homme qui dans un gourbi de 20 m² te fait un somptueux couteau avec du vieux fer de tronçonneuse, un bout de tendon de cerf et un morceau de bois ou de corne avec le briquet à amadou
en vieux jean recyclé.



Larmuse 04/07/2011 21:59


Une chanson de geste..j'aime à part égale cette formule et celle-ci:
"c'est marrant ce besoin qu'on les marins de faire des phrases"..la poésie est bien partout quand on part en voyage..chez VJ comme chez Audiard.Souvenirs de l'Allier,le festival du couteau de
Montluçon après une nuit blanche sur la route en venant du Lot...rencontre de Raymond Rosa,monument de la coutellerie..qui m'a prouvé qu'il y voyait mieux avec le bout de ses doigts que moi avec
mon oeil(et oui je suis monoeil)..il a sévèrement critiqué les défauts de mes couteaux..que lui seul(et moi) voyait..et pourtant seulement lui avait raison...ce qui prouve une fois de plus que ce
n'est pas l'opinion la plus répandue qui est la bonne.Tomber sur des gens compétents..quel bonheur!


Vieux Jade 05/07/2011 11:46



Tiens, je connais un monsieur qui fait de beaux couteaux, avec une patte de renard comme signature.



danielleg 04/07/2011 15:30


Magnifique Jade, vous êtes sur que c'était l'allier?
Je n'avait encore jamais vu des chevaux sur les bords de l'allier!


Vieux Jade 04/07/2011 15:40



:)))) n'ayant, hic, bu que de l'eau ce jour là, j'affirme qu'il s'agissait bien de l'Allier.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.