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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 08:37
 
 
Voilà que ça recommence, l'hécatombe. Toutes les semaines, ça crève à tour de bras, des jeunes, des vieux.
 
J'ai presque toujours autre chose à faire que de les accompagner dans leur dernier périple. J'envoie un mot, un vrai mot d'amour et d'amitié, pas un torche cul pour se débarrasser. Ça me rappelle que - toutes affaires cessantes - comme disait saint Georges, faudra quand même que je soye à mon enterration, et à l'heure.
 
Voilà déjà deux ou trois ans, c'était déjà l'hémorragie des macchabées, dans la famille. A peine une dalle posée qu'une autre s'ouvrait. On faisait les cimetières avec le sac à dos, le sauciflard, le GPS et le matelas gonflable.
 
Puis ça s'est calmé. Mon papa a tiré un trait. Voulait être tranquille pour faire le point. Foutez moi la paix, qu'il a dit, allez crever ailleurs.
 
Maintenant, c'est des copains. C'est que j'ai des vieux copains et des vieilles copines, des gens qu'ont eu la malencontreuse idée de naître dans les années 30/40. Et vas-y que je te crève de ci, de ça, que je te succombe à qui-mieux-mieux, à gorge déployée, que la moindre tumeur, la plus bénigne lassitude te les emporte, que c'en est fatigant.
 
Moi-même, au vu de cette mode, l'année dernière, j'ai été voir un mien copain qui oeuvre dans ce bizness, de faire disparaître ses contemporains de la scène, et lui ai commandé mes noces fatales, sans toutefois préciser la date. On verra, lui dis-je. J'ai encore rien décidé.
 
Mon papa, de son vivant disait : croquemort, c'est un bon métier. Y aura toujours du boulot. C'est pas si sûr. Les dingues aux manettes rêvent maintenant de devenir éternellement malfaisants.
 
Pour ce qui me concerne, tout est prêt. Je puis mourir tranquille.
 
Le cercueil et le règlement du forfait crevaison ne sont cependant que l'enveloppe et le timbre.
 
Fallait quand même mettre une lettre là-dedans.
 
Généralement, quand le mort est estampillé chrétien, c'est le curé  qui se fend de son discours dans le trou du culte local. Parmi mes proches, pas encore de muslims ou autres cadavres exotiques.
 
Quand on décharge un athée revendiqué, c'est au cimetière qu'on blablate deux trois trucs genre délayélama en écoutant ses musiques préférées, des fois faut venir avec les boules quiès, c'est prudent, parce que les mecs qu'adoraient Stairway to heaven, Je suis malaadeu par Dalida, et la Moldau ça existe, j'en ai rencontré,  et snif, qu'on te balance des pétales de roses sur la momie avant d'envoyer l'addition.
 
Rien de cela ne me satisfaisant, j'ai décidé en 2012 de prendre les choses en mains. Mais comment ferais-je si j'étais pas là, je vous le demande...
 
J'ai donc viré l'hypothétique curé et l'église en tant que bâtiment; à regret d'ailleurs, parce que je prendrais volontiers le bâtiment si la sangsue n'y était attachée.
 
Qu'on me trouve une salle communale, ou une clairière, l'été, ça ira. Avec un banquet commaque, à l'ancienne, et que valsent les bouchons et qu'on trousse qui voudra !
 
Pour le discours - car, sachez le, c'est à cela que je voulais en venir, pas pour raconter encore et encore comme ma vie est intéressante -, je l'ai rédigé moi-même.
 
Parce que j'en ai vraiment marre des fonctionnaires de l'au-delà (et pourtant, j'en ai parfois entendu de touchants, des gentils qui pensaient pas à mal, du genre "j'en suis à mon premier sermon, ça va chialer vilain et t'édifier la populace" Jésus par ci et Jésus par là) qui vous emballent les pires sagouins à grands coups de bondieuseries prêtes à porter.
 
Comme je n'invite à mes funérailles que mes amis, et ma famille, j'ai tenu à ce que le dernier discours ressemble le plus possible à ce que j'ai essayé d'être de mon vivant.
 
J'ai donc rédigé un dernier dire, qui résume autant que possible les valeurs qui ont été miennes.
 
Cette oeuvre impérissable digne de la french cacadémie ayant été déposée avec un chèque conséquent au susdit vampire enfouisseur, je fus informé que je conservais un appréciable droit de regard et de modification, ma vie durant, sur elle.
 
Dieu ou diable soient loués pour ce codicille : y jetant un oeil récemment, j'eus un spasme. Est-il possible, VJ, que tu aies voulu laisser à ta postérité un texte aussi bête, aussi mièvre, ampoulé, réducteur, vengeur, aussi méchant, même ?
 
J'ai tout refait.
 
Voici enfin le but de ce message : je crois qu'on aurait tous intérêt, dès que possible, à rédiger un texte qui expose le plus précisément ce qu'est notre intime conviction, le jus le plus serré de notre moelle, comme si ce texte devait accompagner notre sortie, prévue pour demain.
 
C'est ce que je voulais vous proposer de faire, en votre stricte intimité : écrire ce que vous voudriez dire vous-même, votre testament spirituel avant de quitter ce monde.
 
Le relire de temps en temps, et en tirer les conclusions que vous voudrez.
 
Ce serait un exercice vraiment profitable, qui vous permettrait de faire régulièrement le point, comme un marin parti en mer.
 
Il n'y aurait aucune honte, ayant conservé tous ses projets, à constater les nombreux virages accomplis au cours d'une vie, aucune.
 
Au contraire, ça pourrait nous servir à comprendre que si nous-mêmes avons tant louvoyé, en en conservant la trace, nul ne peut exiger d'aucun autre ce que lui-même a eu tant de difficulté à mettre au jour.
 
 
 
 
 
 
 
 

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Published by Vieux Jade - dans légumes verts
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commentaires

elba 20/02/2013 22:21


mdr !

elba 19/02/2013 11:28


Mince, mon commentaire est parti... mauvaise manoeuvre, sans doute.


Je disais à peu près ça : pas mal, VJ, votre expression " refus de saut d'obstacle" qui sous-entend une comparaison
avec le cheval. Effectivement, les femmes sont sans doute un peu comme ces animaux : sensibles et rétives à tout apprentissage brutal. Il faut "leur parler doucement à l'oreille", qu'elles se
sentent aimées et en confiance, et ainsi elles apprennent - lentement mais sûrement - tout ce que l'on attend d'elles. Moyennant, bien entendu, que ce soit "conforme à leur éthique".


Un genre d'hypnose en "plus-mieux", effectivement. ^^


Ensuite, ce qui est super, c'est qu'elles ne "désaprennent pas". Vous le dites un peu vous-mêmes avec ce compliment "habile et futée"...


N'est-ce-pas, Mme VJ ?

Vieux Jade 19/02/2013 17:56



Béhhh, va falloir que j'apprenne alors. "Doucement à l'oreille", dites-vous ? Bon. Je vais passer une annonce : vend fouet d'occasion, bon état, solide :)



elba 16/02/2013 22:39


Oh ! J'ai oublié : un grand merci pour Brassens/Lamartine.


Ce serait une chanson un peu triste pour le jour de ma mort... Alors je choisirais plutôt "les oiseaux de passage" qui me vont très bien aussi, parce que ça correspond bien à ce que je voudrais
faire passer comme message... ^^


Bonne nuit. Et apprenez à Mme VJ à oter ses gants de boxe pour internet. Ca peut servir ^^. Bisou à elle. ♥

Vieux Jade 17/02/2013 13:59



Merci à Alphonse et à Georges. Oiseaux de passage, si beau :


http://www.youtube.com/watch?v=wRdXZRZ5lkE


Mme VJ ? Habile à tout et futée comme tout, mais rétive à l'informatique, c'en est désespérant. Ce genre de carence s'apparente à un refus d'obstacle. Mais vous avez raison, je m'en vas
l'hypnotiser :)



LLéa 16/02/2013 22:05


Jade,


 


Tu parles d'une clairière, pour ton dernier repos.


Léa "habite" dans une clairière. Dame Jade n'aura qu'a me contacter, le moment venu. Il y a déja un chat, des oiseaux, des escargots, deux sangliers et deux crapauds ... Je te
mettrais entre les deux princes charmants.


C'est de bon coeur, :)


Bises a toi, a ta famille, 

Vieux Jade 17/02/2013 13:56



Hé, je n'ai pas dit que je voulais être enterré dans une clairière. Interdit par la loi. Pour les minables, oeuf corse. Je suppose que Rotschild peut se faire enterrer où il veut. Moi non, sauf
si j'avais été préalablement violé et étranglé par Émile Louis, ce qui devrait normalement et statistiquement, vu mon âge, m'être épargné.


Non, j'irai, sauf exode ou autre déplacement obligé, dane le petit cimetière communal, dont la terre est réputée ronger très vite les sucs posthumes, avec vue plongeante sur la rivière.


La clairière, c'était pour assembler les amis et les chéries, pour le fun. Merci, bises à ceux qui ont parfois le sang chaud. :)



LLéa 16/02/2013 16:20


^^


Bon sang!


Pourquoi, ce que vous avez envie de mettre dans votre courrier posthume, (cela se dit ainsi?), vous ne le faites pas de votre vivant?)

Vieux Jade 17/02/2013 13:50



Une publication anthume, alors.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.