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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 10:18

 


gorges du Tarn mai 2009 294

L’usage juste de la parole


Au chapitre IV de la dernière partie des Voyages de Gulliver, intitulée « Voyage aux pays des Houyhnhnms », Jonathan Swift expose la rencontre de son héros, Gulliver, avec un peuple d’équidés évolués, propriétaires d’un bétail particulièrement dangereux et répugnants : les Yahoos. Ceux-là ressemblent beaucoup à Gulliver, comme nous ressembleraient des humains entièrement bestiaux et marchant à quatre pattes.

L’extrait que je présente ci-dessous a pour but d’ inciter à lire l’intégralité de cette œuvre. Ou à défaut, de prendre conscience que la morale d’un « honnête homme » anglais du XVIIIème siècle ne différait guère de celle que nous ont transmis les chefs indiens d’Amérique, en ce qui concernait la vertu de la parole vraie.


« Pendant que je prononçais ces dernières paroles, mon maître paraissait inquiet, embarrassé et comme hors de lui-même. Douter et ne point croire ce qu’on entend dire est, parmi les Houyhnhnms, une opération d’esprit à laquelle ils ne sont point accoutumés ; et, lorsqu’on les y force, leur esprit sort pour ainsi dire hors de son assiette naturelle. Je me souviens même que, m’entretenant quelquefois avec mon maître au sujet des propriétés de la nature humaine, telle qu’elle est dans les autres parties du monde, et ayant occasion de lui parler du mensonge et de la tromperie, il avait beaucoup de peine à concevoir ce que je lui voulais dire, car il raisonnait ainsi : l’usage de la parole nous a été donné pour nous communiquer les uns aux autres ce que nous pensons, et pour être instruits de ce que nous ignorons. Or, si on dit la chose qui n’est pas, on n’agit point selon l’intention de la nature ; on fait un usage abusif de la parole ; on parle et on ne parle point. Parler, n’est-ce pas faire entendre ce que l’on pense ? Or, quand vous faites ce que vous appelez mentir, vous me faites entendre ce que vous ne pensez point : au lieu de me dire ce qui est, vous me dites ce qui n’est point ; vous ne parlez donc pas, vous ne faites qu’ouvrir la bouche pour rendre de vains sons ; vous ne me tirez point de mon ignorance, vous l’augmentez. Telle est l’idée que les Houyhnhnms ont de la faculté de mentir, que nous autres humains possédons dans un degré si parfait et si éminent. »


L’œuvre de Swift a été longuement analysée et commentée, à toutes sortes de niveaux. Je n’y ajouterai évidemment rien. Ce bref passage me permettra simplement d’insister sur un point crucial du chemin de l’homme : ce qui est basé sur le mensonge, l’illusion, « ce qui n’est pas », est voué à la mort. Le vrai sens du mot chrétien « pécher » est : manquer la cible. Mentir, aux autres, ou à soi-même, n’est rien d’autre que s’enfoncer dans l’erreur. Ce qui revient à errer, se perdre. Innombrables sont ceux qui errent dans le refus et la peur de la vérité.


Augmenter l’ignorance, pour reprendre les mots de Swift n’est pas parler, mais dire ce qui n’est pas. Comment Être, dont la traduction en langage basique commence par « être en bonne santé », si nous grouillons de paroles fantômes qui disent « ce qui n’est pas » ?


Avant de consulter le corps médical, dont la science est entièrement matérialiste et par conséquent vénale, sans doute vaudrait-il mieux chercher en nous-mêmes où se dissimule le mensonge ? Comment vouloir la lumière, si nous bouchons les fenêtres de notre cave ?


Rien de plus facile, rien de plus difficile. Le plus facile est de tirer dessus quand on en a attrapé le bout. Le plus dur est de trouver le bout. Non pas qu’il soit caché bien loin. Les indiens appelaient ça : la langue fourchue. En relations internationales, ça s’intitule : diplomatie, traduit du grec : double langage. Mais pour voir le début du bout qui mène à la fin, il faut changer de lunettes. Et le genre de lunettes adapté n’est pas remboursé. Regardons quand même.


Comment changer le monde ?


Beaucoup disent que nous créons la réalité, et que nous pouvons donc la changer. Mais comment ? Il faut certainement se pencher sur deux questions : le projet, et les matériaux. Si la réalité est un assemblage de briques, et que nos briques sont défectueuses, le projet le plus grandiose ne tiendra pas. Il me semble que, depuis l’éternité le projet est toujours le même : une vie meilleure, un monde plus juste. Et on n’y parvient pas. Peut-être n’est ce pas dans le projet que réside le problème, mais dans la qualité des briques. Examinons les briques. Sont-elles faites de ce qui est, ou de ce qui n’est pas ?


Les briques servent aux projets les plus vastes comme aux plus simples. Vivre en famille est un vaste chantier. Vivre avec soi-même également. Ce sont pourtant les plus simples. Pourquoi est-ce si compliqué ?

     

Quels matériaux employons-nous ? Quelles sont les bases sur lesquelles sont établies nos relations, avec l’autre, avec nous ? Instruisons-nous, lorsque nous parlons, ou disons-nous ce qui n’est pas, en croyant nous protéger ou en retirer un profit ?


Tout ce qui est construit sur le mensonge fait mal. Notre seule possibilité de création se trouve à ce simple niveau. Certes, c’est moins excitant que de foutre le feu, mais la porte, la seule porte est là. Aucune autre, nulle part.

    

La violence n’est qu’une forme cristallisée du mensonge. Le mensonge (racine MEN, l’homme) est la source de tous les maux, qui en découlent dans un enchaînement imperturbable. Pourquoi se plaindre des effets, quand on pourrait soigner la cause ?


Tant qu’on trouve des avantages à vivre dans le mensonge, pourquoi changer ?

 

Mais quand la maison brûle? Tout le monde a chaud, tout le monde a mal.

 

Pourquoi attendre, et ne pas sortir de l’état de Yahoo ?

 

 

 

Déjà publié le 4 février 2010

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Published by Vieux Jade - dans 2ème service
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commentaires

elba 30/09/2013 14:07


Quelle belle histoire, "areuh" ! Je ne connaissais pas : merci beaucoup pour ce partage.



Areuh, :) 29/09/2013 22:13


Un homme tomba dans un trou et se fit très mal.


- Un Cartésien se pencha et lui dit : « Vous n’êtes pas rationnel, vous auriez dû voir ce trou
».
- Un spiritualiste le vit et dit : « Vous avez dû commettre quelque péché ».
- Un scientifique calcula la profondeur du trou et la vitesse de chute.
- Un journaliste l’interviewa sur ses douleurs.
- Un yogi lui dit : « Ce trou est seulement dans ta tête, comme ta douleur ».
- Un médecin lui lança 2 comprimés d’aspirine.
- Une infirmière s’assit sur le bord et pleura avec lui.
- Un psychanalyste l’incita à trouver les raisons pour lesquelles ses parents le préparèrent à tomber dans le trou.
- Un thérapeute l’aida à se débarrasser de sa compulsion à tomber dans les trous.
- Une pratiquante de la pensée positive l’exhorta : « Quand on veut, on peut ! »
- Un optimiste lui dit : « Vous avez de la chance, vous auriez pu vous casser une jambe ».
- Un pessimiste ajouta : « Et ça risque d’empirer ».


Puis un enfant passa, et lui tendit la main…


 


 



Vieux Jade 30/09/2013 19:16



Un homme tomba dans un trou, et trouva cela très doux, et très agréable. Neuf mois après, un enfant sortit, et lui dit : Papa...



La Bulle 29/09/2013 17:28


C"est interessant comme idée,ne dit 'on pas que la verité sort de la bouche des enfants ? Vor jeune et pourquoi pas jeuner ....?

Vieux Jade 30/09/2013 19:14



Oui, c'est ça : la vérité sort de la bouche des enfants, comme un eau pure, parce qu'elle n'est pas polluée par le mimétisme, la prudence et l'éducation.



LLéa 29/09/2013 15:22


Né nu phare, :)))))


 



La Bulle 29/09/2013 11:20


Alors là je suis entierement d'accord avec vous .En même temps pour ne pas mentir aux autres il faut déja commencer par ne pas se mentir ni  se chercher des fausses excuses et etre capable
de laisser tout voir chez soi .Nous sommes né nu !

Vieux Jade 29/09/2013 11:25



Si nus que nous en étions lumineux. On pourrait dire : né nu phare. :)


Je rigole, mais c'est pourtant l'entière vérité. Tout concourt à nous assombrir, à enfouir notre lumière, qu'il faut maintenant aller chercher bien loin...au fond du jeûne, par exemple.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.