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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 09:36

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D'un auteur que j'ai lu, lu et relu durant ma jeunesse, Gustav Meyrinck, les dernières pages du "Visage vert". Un récit de fin d'un monde, un récit de renaissance.

Le décor doit d'abord s'écrouler. Parmi les "visions" que j'ai eues personnellement, l'une des plus claires était ce flot de lumière couleur framboise qui descendait du ciel, côté gauche et renversait toutes les constructions que les hommes élevaient frénétiquement comme des fourmis pour s'en protéger, châteaux, banques, lois, milices. Le monde actuel est basé sur la peur et l'avarice. Ce qui descend, et qui renverse les murs, c'est l'amour. Et l'amour traverse tout et renverse tout, jusqu'à ce que tout soit ouvert et libre.

Voici venue la fin de cette construction de carton-pâte, symbolisée par la ville d'Amsterdam :

 

"Les heures s'écoulaient avec une lenteur insupportable, et la nuit semblait ne pas vouloir prendre fin.

Le soleil se leva enfin, mais le ciel resta noir, à l'horizon seulement brillait une raie jaune soufre, comme si une calotte sombre au bord incandescent était descendue sur la terre.

Un demi-jour pâle se glissait dans la chambre ; le peuplier devant la fenêtre, les buissons dans le lointain et les tours d'Amsterdam étaient faiblement éclairées comme par des phares troubles. La plaine avec ses prairies s'étendait comme un grand miroir mat.

Il regarda avec ses jumelles du côté de la ville qui, faiblement éclairée, se découpait sur un fond d'ombre et paraissait attendre la mort à tout instant.

Un tintement de cloches timide, essoufflé, vibra dans le lointain ; tout à coup, il se tut : un sifflement sourd passa dans l'air et le peuplier s'abaissa vers la terre avec un soupir.

Des rafales balayèrent le sol comme des coups de fouet, peignant l'herbe fanée et arrachant les maigres buissons.

En quelques minutes, tout le paysage avait disparu dans un gigantesque nuage de poussière. Puis il en émergea à nouveau, à peine reconnaissable : les digues n'étaient qu'une blanche écume ; les ailes des moulins étaient arrachées de leur corps, demeurés accroupis dans la terre brune comme des troncs privés de membres.

L'ouragan mugissait avec des interruptions de plus en plus brèves et bientôt ne fut plus qu'un hurlement ininterrompu.

De seconde en seconde sa rage grandissait ; le solide peuplier était replié à angle droit à quelques pieds du sol ; sans branches, réduit à un simple tronc lisse, il demeurait immobile dans cette position, comprimé par les masses d'air qui se déchaînaient au-dessus de lui.

Seul le pommier demeurait immobile comme un îlot protégé des vents par une main invisible, et pas une seule de ses fleurs ne bougeait.

Des poutres et des pierres, des débris de maisons et des murs entiers volaient devant la fenêtre.

Puis le ciel prit subitement une teinte gris clair, et l'obscurité fut dissoute dans une lueur froide et argentée.

Il crut que la rage de l'ouragan s'apaisait, mais il vit avec effroi l'écorce du peuplier se détacher et, déchiquetée en lambeaux fibreux, disparaître sans laisser de traces. Aussitôt après, avant même qu'il put se rendre compte de ce qui se passait, les hautes cheminées des usines au sud-ouest du port se détachèrent à la base et se changèrent en fines lances de poussière blanche que l'ouragan emporta avec la rapidité de l'éclair.

Les clochers des églises, l'un après l'autre, subirent le même sort ; pendant quelques secondes encore on pût voir les masses noirâtres, puis elles furent enlevées par des tourbillons, et ce furent des raies qui se pourchassaient à l'horizon, puis des points, puis plus rien.

Bientôt toute la région ne fut plus qu'une vision de raies horizontales passant devant la fenêtre, et le regard ne pouvait plus rien distinguer.

Même le cimetière devait avoir été mis à nu, car les pierres tombales, des planches de cercueils, des croix et des lanternes volèrent devant la maison, sans changer de direction, toujours horizontales, comme si elles n'avaient pas de poids.

Il entendit gémir les poutres du toit. Il s'attendait à tout instant à le voir voler en éclats. Il voulut descendre pour verrouiller la porte afin d'éviter qu'elle fût arrachée de ses gonds. Mais à la porte de la chambre il revint sur ses pas. Averti par une voix intérieure, il comprit que s'il appuyait sur la poignée le terrible courant d'air briserait en 1000 morceaux les vitres des fenêtres, laissant entrer les forces déchaînées, et qu’en un instant la maison serait emportée dans un tourbillon.

Elle ne pourrait résister à la dévastation que tant que la colline la protégerait contre la violence du vent et que les chambres seraient isolées les unes des autres par des portes, comme des cellules d'abeilles.

L'air dans la chambre était glacé et raréfié comme par une pompe. Une feuille de papier s'envola du secrétaire, se pressa contre le trou de la serrure et y resta collée.

Il alla de nouveau à la fenêtre et regarda au-dehors : l'ouragan était devenu un fleuve impétueux et soufflait l'eau des digues qui rejaillissait dans l'air comme un jet d'eau ; les prairies étaient comme un velours gris et lisse et, là où s'était levé le peuplier, il n'y avait plus qu'un moignon de troncs avec une ou deux fibres que le vent agitait.

Le mugissement était si monotone et assourdissant qu'il commençait à croire que tout était entouré d'un silence de mort.

C'est seulement lorsqu'il prit un marteau pour consolider avec des clous les fenêtres tremblantes qu’il se rendit compte, n'entendant pas résonner les coups, à quel point le vacarme au-dehors devait être terrible.

Il fut longtemps sans oser jeter un coup d'oeil du côté de la ville, de crainte que l'église Saint-Nicolas et la maison voisine où se trouvait Pfeill et Swammerdam n’aient été balayées ; lorsqu'il se hasarda enfin à regarder, timidement et avec angoisse, il la vit qui se dressait intacte jusqu'au ciel, mais au-dessus d'un amas de décombres.

« Combien de villes peut-il encore rester en Europe ? se demanda-t-il avec un frisson. Toute la ville d'Amsterdam est rasée comme une pierre tendre. Une culture décadente s'est transformée en un tas d'immondices pulvérulents. »

D'un seul coup, l'horreur de l'événement le saisissait dans toute sa grandeur.

Les impressions de la journée précédente, l'épuisement qui leur avait succédé et l'arrivée subite de la catastrophe l'avaient maintenu dans une espèce d'engourdissement mental ininterrompu qui commençait seulement à se dissiper, et la lucidité lui revenait.

Il se frappa le front :

« Ai-je donc dormi ? »

Son regard tomba sur le pommier qui, comme par un miracle incompréhensible, avait conservé intacte toute sa parure de fleurs.

Il se souvint que la veille il avait enfoui le rouleau au pied de l'arbre, et il lui sembla qu'une éternité s'était écoulée en ce court laps de temps.

N'avait-il pas écrit lui-même qu'il possédait la faculté de se détacher de son corps ?

Pourquoi ne l'avait-il donc pas fait ? Hier, dans la nuit, ce matin, quand l'ouragan s'était déchaîné ?

Pourquoi ne le faisait-il pas maintenant ?

Un instant, il y réussit de nouveau : il vit son corps se pencher à la fenêtre comme une forme indécise, étrangère, mais le monde extérieur, malgré la dévastation, n'était plus comme autrefois dans ces cas-là une image fantomatique et privée de vie : une nouvelle terre animée des vibrations de la vie s'étendait devant lui, un printemps plein de magnificence comme un avenir devenu visible planait au-dessus de tout, le pressentiment d'un ravissement indicible lui traversa le coeur. Tout ce qui l'entourait semblait vouloir se changer en une vision d'une netteté durable… Le pommier en fleurs n'était-il pas Chidher le Vert, l'arbre éternellement vert ?

Un instant après, il était de nouveau réuni à son corps et contempler l'ouragan, mais il savait que, derrière cette image de dévastation, se cachait la nouvelle terre promise qu'il venait de voir avec les yeux de son âme.

Son coeur battait d’une folle attente joyeuse ; il semblait qu'il était sur le seuil du dernier, du suprême éveil, et qu'en lui le Phénix prenait son essor pour s'envoler dans l’éther. Il sentait si nettement l'approche d'un événement dépassant de loin toute expérience humaine que, d'émotions, il osait à peine respirer ; c'était presque comme autrefois lorsqu'il avait embrassé Eva dans le parc d'Hilversum : le même glacial battement de l'ange de la mort, mais cette fois s’y mêlait, comme une haleine parfumée, le pressentiment d'une vie à venir indestructible. Les paroles de Chidher le Vert : « Je te donnerai pour l'amour d’Eva l'amour qui n'a point de fin », résonnèrent à son oreille comme si elle lui parvenait du pommier en fleurs.

Il songea aux morts innombrables qui gisaient ensevelis sous les décombres de la ville détruite ; il était incapable d'en éprouver aucune tristesse : « Ils ressusciteront, bien que sous une autre forme, jusqu'à ce qu'il soient parvenus à la dernière, à la forme suprême, la forme de « l'homme éveillé » qui ne meurt plus. La nature aussi rajeunira éternellement, comme le Phénix. »

Une agitation subite s'empara de lui avec une telle violence qu'il crut qu'il allait étouffer : Eva n'était-elle pas tout près de lui ?

Un souffle venait d'effleurer son visage.

Quel coeur, si ce n'était celui d’Eva, pouvait battre si près du sien ?

Il sentait que de nouveaux sens tentaient de se manifester en lui pour lui ouvrir le monde invisible qui interpénètre le monde visible. D'un instant à l'autre le dernier voile qui le cachait encore à ses yeux pouvait tomber.

« Eva ! Donne-moi un signe qui m'assure que tu es près de moi ! supplia-t-il doucement. Que ma foi en ta venue près de moi ne soit pas rendue vaine !

- Qu'il serait pitoyable, l'amour qui ne saurait surmonter le temps et l'espace ! entendit-il murmurer à son oreille, et ses cheveux se hérissèrent sous l'excès de l'ébranlement psychique. C'est dans cette chambre que j'ai été guérie des effrois de la terre, et j'attends ici à tes côtés que sonne l'heure de ton éveil. »

Un calme paisible et silencieux descendit sur lui ; il promena ses regards autour de lui : dans la chambre régnait la même attente joyeuse et patiente, pareil à un appel contenu du printemps, toutes les choses prêtes pour le miracle d'une inconcevable transmutation.

Il entendit son coeur battre.

La chambre, les murs et les objets qui l'entouraient n'étaient plus à ses yeux terrestres que des formes extérieures trompeuses qui se prolongeaient dans le monde matériel comme les ombres d'un monde invisible ; d'un instant à l'autre pouvait s'ouvrir pour lui la porte derrière laquelle se trouvait le pays des immortels.

Il essaya de se représenter ce qui se passerait quand ses sens intérieurs seraient éveillés :

« Eva sera-t-elle près de moi, irai-je vers elle et pourrai-je l'avoir et lui parler comme le font les créatures de cette terre ? Ou bien devenons-nous des sons ou des couleurs, sans forme, qui se mêlent ? Serons-nous entourés d'objets comme ici-bas ? Ou bien planerons-nous sous forme de rayons lumineux dans l'espace cosmique ? Ou encore le monde de la matière se transformera-t-il en même temps que nous et participerons-nous de cette transmutation ? »

Il comprit que ce serait une opération toute naturelle et néanmoins absolument nouvelle et encore inconcevable pour lui, semblable peut-être à la formation des tourbillons qu'il avait vus hier surgir du néant, qu'il avait vus s'amasser dans l'air, prenant des formes tangibles et perceptibles à tous les sens de son corps. Et pourtant il n'arrivait pas à se représenter la chose clairement.

Il frémit au pressentiment d'un ravissement tellement indicible qu'il sut, très nettement, que la réalité de la merveilleuse expérience qu'il attendait allait immanquablement dépasser de loin tout ce qu'il pourrait imaginer.

Le temps s'écoulait. Il semblait qu'il fut midi: un disque lumineux était suspendu au dans le ciel.

L'ouragan était-il toujours déchaîné ?

Il dressa l'oreille.

Rien à quoi il aurait pu le reconnaître. Les digues étaient désertes. Pas d'eau, pas la moindre trace de mouvements. Pas un arbuste, aussi loin que la ville pouvait porter. L'herbe couchée. Pas un nuage au ciel ; une atmosphère immobile.

Il prit le marteau et le laissa tomber ; il l’entendit heurter le sol avec bruit : il comprit que tout était maintenant calme au-dehors.

Mais des cyclones passaient encore sur la ville, ainsi qu'il put l'observer à l'aide de ses jumelles. Des quartiers de pierre voltigeaient dans l'espace, des colonnes d'eau jaillissaient dans le port, s'effondraient, se reformaient et s'en allaient en bondissant vers le large.

Ah ! Était-ce une illusion ? Les deux tours de l'église Saint-Nicolas n'oscillaient-elles pas ?

Tout à coup, l'une des deux s'écroula ; l'autre s'élança dans l'espace en tourbillonnant, éclata comme une fusée, l'énorme cloche plana un instant entre ciel et terre.

Puis elle tomba sans bruit.

Son sang s’arrêta : Swammerdam ! Pfeill !

Non, non, non, il ne pouvait rien leur être arrivé : « Chidher le Vert, l'arbre éternel de l'humanité, les protège de ses branches ! » Swammerdam n'avait-il pas prédit qu'il survivrait à l'église ?

Et n'y avait-il pas des îlots, comme le gazon vert avec le pommier en fleurs, où la vie était protégée de la destruction et préservée en vue des temps à venir ?

Le fracas de la cloche qui s'écrasait parvint seulement à cet instant à la maison.

Les murailles retentirent sous l'impact du déplacement d'air : un son unique, horrible, bouleversant, au point qu'il crut sentir ses os s'effriter comme du verre et se sentit perdre connaissance un instant.

« Les murailles de Jéricho sont tombées… »

Il entendit résonner dans la chambre la voix tremblante de Chidher.

« Il s'est réveillé d'entre les morts »

Silence absolu.

Puis un cri d'enfant.

Il promena un regard égaré autour de lui.

Enfin, il revint à lui.

Il reconnut nettement les murs nus de sa chambre, mais c'était en même temps les murailles d'un temple orné de fresques représentant des dieux égyptiens ; il se trouvait au milieu de la pièce, et les deux choses étaient réalité ; il voyait les lattes de bois du parquet qui étaient également les dalles de pierre d'un temple ; deux mondes s'interpénétraient, se fondaient en un seul en restant distincts, comme s'il était dans le même instant à la fois éveillé et en train de rêver. Il passa la main sur la chaux du mur, sentit la surface rugueuse, et il avait néanmoins la certitude absolue que ses doigts étaient en contact avec une grande statue d'or en laquelle il croyait reconnaître la déesse Isis assise sur un trône.

Une nouvelle conscience s'était ajoutée à la conscience humaine habituelle qu'il avait possédée jusqu'alors, l'avait enrichi de la perception d'un monde nouveau qui absorbait l'ancien, lui était tangent, le métamorphosait tout en le laissant se perpétuer de manière miraculeuse.

Tous ses sens l'un après l'autre s'éveillèrent avec une acuité redoublée, comme des fleurs s'épanouissent à partir de leurs boutons.

Les écailles lui tombèrent des yeux. Un long moment, il ne put se rendre compte de ce qui s'était passé ; comme quelqu'un qui toute sa vie n'a jamais vu des choses qu'une surface, et qui tout à coup prend conscience d'une troisième dimension.

Il comprit peu à peu qu'il avait atteint le but de cette voie, que la raison secrète de toute existence humaine est de parcourir jusqu'au bout : être l'habitant de deux mondes.

De nouveau un cri d'enfant.

Eva n'avait-elle pas dit qu'elle voulait être mère lorsqu'elle reviendrait vers lui ? Il s'en souvint avec effroi.

La déesse Isis ne tenait-elle pas un enfant nu, vivant, sur son bras ?

Il leva les yeux vers elle et la vit sourire.

Elle remua.

Les fresques devinrent de plus en plus nettes, plus colorées, plus lumineuses ; il y avait dans la pièce des ustensiles sacrés. Tout cela était si net qu'il oublia l'aspect de la chambre et ne vit plus que le temple avec les peintures rouges et or tout autour.

L'esprit absent, il fixait le visage de la déesse, et lentement, lentement, un vague souvenir lui revint à l'esprit : Eva ! Mais c'était Eva, et non la statue de la déesse égyptienne, la mère du monde !

Il se prit la tête à deux mains - il n'arrivait pas à comprendre :

« Eva ! Eva ! » s'écria-t-il.

Il vit reparaître au travers des murailles du temple les murs nus de sa chambre ; la déesse souriait toujours sur son trône, mais, tout près de lui, se tenait, bien vivante et réelle, une jeune femme vigoureuse, qui était comme le sosie terrestre de l'apparition.

« Eva ! Eva ! » Avec un cri de joie et de ravissement indicible il la pressa contre lui et couvrit son visage de baisers.

« Eva !… »

Ils demeurèrent longtemps étroitement enlacés devant la fenêtre, contemplant la ville morte.

Il perçut une pensée, comme si c'était la voix de Chidher le Vert qui s'adressait à lui :

« Aidez, comme moi, les générations futures à bâtir un monde nouveau avec les débris de l'ancien, afin que vienne le jour où je pourrai sourire moi aussi. »

La chambre et le temple étaient devenus également distincts.

Comme la tête de Janus, il pouvait plonger ses regards à la fois dans l'au-delà et dans le monde terrestre, et en distinguer nettement les détails et les choses :

 

Il était un vivant

ici-bas et dans l'au-delà. "

 

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commentaires

LLéa 24/01/2011 21:57


Merci jade.


C'est sombre, mais très beau.


:)


Vieux Jade 25/01/2011 07:14



C'est très onirique.



Ned Allen 23/01/2011 14:11


je reste sans voix, suspendu a ce texte dont je n'avais même pas perçu son existence possible !
l'écrit est vraiment une BELLE chose....
Merci a toi pour ces transcriptions.
Merci pour ton amour de la Vie que tu partage avec nous, avec moi ...... dans cette lecture .
Amitiés.


Vieux Jade 23/01/2011 14:24



Oui, c'est un sacré texte. Quand il n'est pas trop hermétique, Meyrinck est extrêmement évocateur. Bonne journée. Merci pour vos pages sur la médecine.



sevim 23/01/2011 12:54


Bonjour Jade, ce texte est assez surprenant.ça me rappelle quelques rêves apocalyptiques que j'ai fait.Merci de ce partage. Une très bonne journée à vous. Sylvie


Vieux Jade 23/01/2011 14:23



Je vous croyais nageant dans le Bosphore :). J'ai décidé de faire connaître quelques textes surprenants, à petite dose.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

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Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

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Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

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De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.