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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 19:12

4-sept-2010-049.jpg

 

D'après ma maman, l'implantation de la graine s'est bien passée. Un peu de mouvements et d'agitation avant de sortir, de crever la surface, et puis c'est arrivé.

 

Au tout début, les racines ont trouvé de la terre meuble, un climat calme mais très vite, ça s'est gâté. Un autre arbre poussait tout près, tout près, si près que j'ai bien cru qu'il allait m'envahir.

 

Et comme il était tout neuf, tout petit, tout le monde tournait autour.

 

C'est pour ça que j'ai pris des aspects biscornus, une drôle de dégaine intérieure, avec des pointes hérissées de colère.

 

En avançant dans le printemps, j'eus envie de manger le monde. Je poussai tout, la terre et le ciel, et des milliers de feuilles, car j'aimais les oiseaux qui venaient me chatouiller l'écorce et me raconter des bétises à mourir de rire.

 

Mais la fin du printemps fut rude. Je me contemplai dans la rivière, et vis que j'étais seul.

 

Les oiseaux me renseignaient sur de belles plantes qu'ils connaissaient, mais, vous savez comment c'est pour nous les arbres : on ne se déplace qu'avec difficulté. Je nouai des contacts par ci par là, entremêlai mes racines à d'autres, mais ce fut long et difficile de trouver racine à ma pointure.

 

Enfin, il advint qu'une brise nombreuse de papillons vint me chuchoter de délicats messages de leurs ailes soyeuses : tout près, tout près, grandissait un buddleia odorant, aux longs panaches blancs, crémeux et parfumés.

 

Nous entrelaçâmes alors nos racines dans le secret de la terre.

 

L'été était là, avec ses périodes de sécheresse et ses orages. Je méditais mes fruits en secret. Les enfants jouaient dans mon ombre, et je me mis à aimer le vent qui autrefois me tordait, avant que je ne sois bien installé.

 

Aujourd'hui, c'est l'automne. Mes fruits mûrissent et n'attendent que d'être cueillis. Certains disent en me regardant : il porte trop de fruits, celui-là. Ils ne doivent pas être bien bons. Certains goûtent, et en reprennent. D'autres ne les aiment pas. L'un les trouve fades, l'autre piquants. Il est vrai que certains ont gardé un gout de cette grande colère qui m'a habité.

 

Qu'importe ? Je fais mon métier d'arbre. Je donne à qui a faim et qui veut bien. De l'ombre, des fruits, un abri aux oiseaux, l'ami du vent, c'est cela mon métier d'arbre. Mon talent unique.

 

Il y a des millions d'arbres par le monde. Chacun a des fruits différents, je suppose. Il y en a donc pour tout le monde.

 

Il y a quelque temps que mes feuilles tombent, je le vois bien. Elles virent au jaune, au rouge, tremblotent puis s'envolent dans un soupir d'adieu et forment un tapis à mes pieds. Je me redresse quand le vent souffle, car il devient aigre, ces temps-ci. Qu'il voie que j'ai encore toute ma vigueur.

 

Mais je n'ai pas d'illusion. J'entends moins bien mes amis les oiseaux, je deviens dur de la feuille ; enfin, celles qui s'accrochent.  Ma peau se crevasse doucement, les vieilles piques de colère parfois se réveillent, ma sève parfois est engourdie.

 

C'est l'hiver qui m'attend. Je sais ce qu'est l'hiver. J'en ai vu, de vieux arbres gris de lichen, aux branches sèches qui tombent dans l'herbe, et parfois perdent la tête dans un craquement.

 

Je sais ce qu'est l'hiver. Je sais qu'un jour les hommes viendront pour me couper.

 

Ce jour là, je m'habituerai à un autre ami, dont j'ai déjà entendu parler par la fumée des cheminées. Avec lui, je chanterai alors une nouvelle chanson qui montera au ciel, portée par les oiseaux, le vent, et le bonheur des hommes d'avoir si chaud assis autour du feu, à méditer ou se raconter des histoires.

 

Je dirai tous mes souvenirs, mes secrets d'arbre, mon élixir, longtemps contenus dans le soleil rouge de mon coeur.

 

Ce sera la fin de ma vie d'arbre, et elle me plaît.

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Published by Vieux Jade - dans fleurs des champs
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commentaires

LLéa 24/11/2010 22:09


Jade , merci ,

Attendrissant , émouvant , a tel point que cela donne envie de venir recoller une a une , patiemment les feuilles perdues !

Le printemps est dans peu de mois et fera son oeuvre....Jade va redevenir tout touffu !

:)

L'arbre ne c'était il pas couché ? Problèmes de branches ?


Bises , Léa .


Vieux Jade 25/11/2010 07:13



Non, lassitude. Tout fou, au printemps ?



yamma 24/11/2010 21:16


Il doit faire bon s'asseoir au pied de cet arbre.


Vieux Jade 25/11/2010 07:12



Attention aux cacas d'oiseaux quand même



Narf 24/11/2010 20:35


Oui, c'est vraiment très beau. Merci.


Vieux Jade 25/11/2010 07:11



:)



Marie Christine 24/11/2010 19:42


C'est beau Vieux Jade, c'est doux, c'est émouvant, c'est bouleversant. Merci.


Vieux Jade 24/11/2010 19:50



Et ça ne fout pas la gueule de bois. :)



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.