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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 12:39

Cette vieille baraque menaçait ruine. Un miracle même qu'elle ait tenu jusque là. Les bas de murs verdis par la mousse perdaient de grandes écailles de crépi, puis des pierres délitées roulaient au pied avant que les orties ne les recouvrent.

 

L'eau dégouttait des chéneaux rouillés, percés, disjoints. Les fenêtres étaient presque toujours fermées, et pour cause, je ne parvenais plus à les ouvrir. Une fois ouvertes par extraordinaire, impossible de les refermer.

 

L'humidité remontait par le sol, les carreaux dont jes joints s'effritaient, les parquets gondolés et ne trouvait plus d'issue. Tout moisissait : les livres, les draps dans les armoires, les tapis usés jusqu'à la corde; les meubles prenaient une robe verdâtre, les vitres s'obscurcissaient, et peu à peu la poussière déposait une couche gluante sur tous les objets. Le peu de lumière qui entrait ne trouvait aucune surface où se réfléchir, mais s'ensevelissait.

 

Bien sûr, l'idée de tout changer, de faire du vide, de la place, de réorganiser l'espace m'était souvent venue.

 

Je prenais un mètre, du papier, une règle, un crayon, je dessinais des plans. Comment enlever cette cloison idiote sans me défaire de ce bureau, où mettre l'escalier, comment remonter les plafonds, éviter les recoins, ouvrir l'espace, casser, raser, comment, comment, comment ?

 

La fièvre retombait vite. La liste des travaux grimpait sans cesse. Rien ne tenait. Drainer les murs, boucher les trous et les lézardes, changer portes et fenêtres, chauffer, isoler, ces mots faisaient une telle sarabande la nuit, quand je cherchais le sommeil dans le lit glacial, qu'ils couvraient presque les grincements des volets délabrés, les chunitements de la chasse d'eau, les glouglous des radiateurs moribonds, le flic flac qui gouttait dans l'évier écaillé, les craquements sinistres de la charpente, les éboulis de gravats.

 

Un jour, elle s'écroulera, pensais-je, elle me tombera sur la tête et ce sera réglé.

 

Je fus alors invité quelque temps chez des amis que mon teint terreux apitoyait. Une semaine s'était à peine écoulée qu'un appel des voisins m'apprit la nouvelle : une pièce de charpente ayant cédé lors d'un violent coup de vent, avait entraîné l'effondrement de ma demeure. Par extraordinaire, je n'y étais pas.

 

Je revins rapidement constater les dégâts.

 

C'était par une belle matinée de soleil. Il faisait un petit vent frais et mutin. J'arrêtai la voiture au bout du chemin, pour prendre conscience du désastre.

 

En fait de désastre, il y avait une colline informe de bois, de pierres, de tuiles moussues et de briques rongées. Autour, un paysage que je découvrais pour la première fois.

 

Cette baraque était si mal placée et si mal foutue qu'elle avalait la beauté du lieu. Elle faisait obstacle au libre passage de l'air et de la lumière; sa haute stature et sa forme maintenaient des zones froides et obscures, où proliférait tout ce qui aime à se dissimuler.

 

Maintenant qu'elle était à terre, le paysage régnait sans partage ni dicontinuité. Les arbres qui maintenaient jusqu'alors une ombre glaciale laissaient maintenant les grands ballets d'air tiède danser librement et sécher l'herbe folle, et des nuages d'hirondelles et de martinets s'ébattaient dans leurs vagues.

 

Le regard toujours obstrué perçait maintenant jusqu'à des horizons lointains.

 

Je m'assis sur une pierre échappée de la masse et contemplai l'oeuvre de Dieu.

 

"Et il vit que la terre était belle", pensai-je.

 

Maintenant, plus besoin de chercher comment faire du neuf avec du vieux. Je n'avais plus de toit, mais un merveilleux champ d'action, où tout devenait possible : dormir à la belle étoile, ou reconstruire la demeure qu'il me plairait.

 

Elle sera simple, oui, d'abord simple. Et ouverte, oui. Et fraîche, et chaude. Et belle. Accueillante. Il y aura des lieux pour le calme, d'autres pour la joie. Une jolie cuisine et une table pour les amis. Quelques placards, quand même. Des fleurs, et un patio. Une terrasse ombragée, une vraie cheminée, une belle salle d'eau pour les ablutions.

 

Ce sera ma maison. Ma nouvelle demeure.

 

 

 

 

Post scriptum : cette petite histoire cherche à traduire la sensation que je ressens au sortir d'une semaine de jeûne : d'être lavé, refait à neuf. La reprise alimentaire toujours en cours, à base de fruits et de légumes me donne l'impression de pouvoir librement choisir mon futur mode d'alimentation, contrairement à la situation antérieure, où l'habitude était la norme.

Cette semaine expérimentale m'a (nous a, Mme VJ et moi) tellement marqué que vous risquez d'en entendre parler longuement. En finissant d'écrire, je me suis rappelé un texte vieux de 2000 ans, que voici :

 

Les disciples de Jean Baptiste s’approchent de Jésus en disant : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons ? » Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. Et personne ne coud une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement ; car le morceau ajouté tire sur le vêtement et le déchire davantage. Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve. »

 

Saint Matthieu 9,14-17

 

 

 

 

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Published by Vieux Jade - dans fleurs des champs
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commentaires

LLéa 11/09/2013 21:34


Bonsoir,


 


Merci Jade.


 


Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu non
des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:16-18)

Vieux Jade 12/09/2013 07:28



Si tu jeûnes pour montrer comment que t'es vertueux, oui. Nous avons jeûné pour expérimenter le jeûne. C'est un acte (ou un "non acte") tellement puissant que bien sûr, j'en parlerai.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.