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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 11:18

Si écrire m’est facile, je me rends évidemment compte des limites de ce genre de transmission. Les mots enferment autant qu’ils ouvrent de perspectives. Si la carte n’est pas le territoire, les mots sont des idoles figées qui ont les limites de la compréhension de chacun. C’est tout le problème de la communication.

 

Les maîtres du monde ne s’en soucient pas, car ils ne cherchent qu' à asservir. Les mots dont ils usent sont des armes de destruction massive. Expression dont ils usent ironiquement.

 

Cherchez les armes de destruction massive. Vous ne les verrez pas, vous en êtes la victime.

 

Le plus difficile à voir et à faire voir, c’est la force des implants. Le premier d’entre eux, et le plus tenace étant l’illusion de la dualité.

     

Dire à ses contemporains que nous nous trouvons dans une cage sans réalité, c’est dangereux. De la même façon que les juifs disaient au Christ en croix (dans les canoniques) : « Si tu es le fils de Dieu, sauve toi toi-même », c’est risquer la camisole dont ils diront en rigolant : « Et celle là, elle est sans réalité ? »

 

Si le chercheur a besoin d’amis, mais peut vivre sans relations c’est parce que la connaissance n’est communicable qu’à ceux qui sont passés par le même chemin.

 

Quand on en rencontre, pas besoin de parler. Ou si peu.

 

Notre infranchissable prison est limitée par l’espace. Sur une planète ronde, on revient toujours à son point de départ. Creusez, vous traverserez le globe, mais n’en sortirez pas. Elle est limitée par le temps. Le recours à la conception traditionnelle  d’un temps cyclique plutôt qu’à la théorie moderne de la flèche du temps linéaire aide à la compréhension de l’existence, mais n’en rend pas libre.

 

Le passé n’existe pas. Cette évidence ne fait pas l’unanimité. Le futur est un songe. Comme le passé. Deux tuyaux qui alimentent le cadavre que nous sommes en cet instant même. Perfusions.

 

Comprendre, en ses cellules, que le passé qui nous obsède, nous tourmente, laisse en nous les vibrantes banderilles du regret et de la justification, n’est qu’un rêve, un film, un fantasme, c’est rompre une attache.

 

Comprendre que l’avenir n’a aucune réalité, écarter d’un revers de main les craintes, les hésitations, les velléités, les projets mirifiques, les décisions, les choix, les préférences, la peur, c’est en rompre une autre.

 

C’est extrêmement difficile, car les nains qui rattachaient Gulliver sur le sable du rivage sont là pour tout rafistoler, sans cesse. Et lorsqu’ils n’y parviennent plus, ils appellent à la rescousse le chef du camp, ou « gardien du seuil », qui n’est pas d’un abord facile.

 

Quand j’oppose l’espérance – je devrais plutôt employer le mot espoir, car le mot espérance est fortement connoté comme vertu théologale – les espérances, à la peur, je vois bien que l’un succède à l’autre comme la nuit au jour.

 

Le 21 décembre 2012 est l’exemple d’une espérance déçue. Ça n’empêche pas les channels de nous assurer que tout va pour le mieux, mais qu’on n’arrête pas un train en marche sur cent mètres.

 

Dormez encore un peu, on vous réveillera quand vous pourrez descendre.

 

Mais vous ne descendrez jamais du train. Du train du temps, on ne descend pas. Il tourne et retourne, revient, repart, et vous restez dedans à regarder le paysage. C’est sympa, c’est atroce, ça dépend des paysages traversés, de la qualité des sandwiches et de l’accueil du personnel navigant. Mais c’est sans fin.

 

Pour descendre du train, il faut rompre tout attachement au passé et toute considération de l’avenir. L’avenir, c’est demain, dans un an, quand je serai en retraite, mais aussi : est-ce qu’elle sera à la gare ? A quelle heure mange-t-on ?

 

Ces questions sont légitimes et normales, parce qu’on a un corps et un psychisme. Mais elles doivent demeurer purement informationnelles. Il faut en retirer toute émotion. L’émotion, qu’aiment tant nos contemporains, sur laquelle – lesquelles – jouent les romans, les films, les musiques, afin de nous maintenir sous contrôle, l’émotion est le pire des poisons. Le poison unique.

     

J’atteins ici la limite des mots. Je sais que les piques se lèvent pour me percer : faut-il vivre comme des monstres sans pitié, des tortionnaires sans cœur ?  

 

Les piques se lèvent. En réaction, dois-je lever mon bouclier, chercher à excuser l’horreur qui a franchi mes lèvres, ou laisser ?

 

Ne serais-je pas un portail organique, un reptile à sang froid ?

 

Le film est plein de méchants souvent décrits comme dépourvus d’émotions, mais c’est faux, et fait pour tromper. Les monstres inhumains qu’on nous présente comme repoussoirs au cinéma ne sont pas vides d’émotions, bien au contraire : ils sont pleins jusqu’à la jouissance d’émotions perverses. Leur visage de marbre et de glace est un leurre. Leur sang noir charrie des torrents de feu.

 

La purification des émotions est le préalable nécessaire à l'ouverture de la cage. Ce qu’il faut nettoyer : le regret du passé, et le regret – l’implant de la culpabilité – de l’image qu’on a gardé de ce moi illusoire, et tout ce qui concerne l’espérance. Passé et avenir sont des projections.

 

Pourquoi tant de souvenirs, de mémorials, de musées, de livres d’histoire, de cartes postales, de photos, de psychanalystes, de confesseurs, pourquoi tant de devins, d’astrologues, de numérologues, de mediums, de channels, pourquoi tant de cet opium, si ce n’est pour nous détourner de la route ?

 

Ulysse sur son rafiot a franchi le cap de Charybde et Scylla, un gouffre et un écueil, où tant de navires ont sombré. L’un engloutit, l’autre fracasse. Pourtant, il faut passer.

 

Oublier les sirènes des lendemains qui chantent, spécialité du New Age de la CIA, après l'internationale soCIAliste, jeter le passé à la mer, sans regret. Il y a toujours une raison d'espérer, dit-on. Un nouveau pape. Un nouveau gouvernement. Une nouvelle usine qui va créer des emplois. Un nouveau médicament. Toujours une raison de se défoncer à l'espoir. Toxicomanie. 

 

C’est maintenant qui compte. Main tenant, c’est ce qui tient dans ma main. Hier n’y est pas, demain non plus. Qu’y a-t-il dans ma main ?

 

Ouvrez la main. Qu'y a-t-il dans cette main ? Rien. Toute la Réalité.

 

Chaque fois que mon mental m’attire vers hier ou demain – chaque fois que je m’en aperçois, plutôt – j’ouvre la main pour lâcher les encombrants fardeaux dont on m'a lesté pour que je ne parvienne pas à m'envoler.

 

Lâcher prise, c’est lâcher hier et demain. Car aujourd’hui n’a pas besoin d’être tenu.

 

Libres d’hier et de demain, c’est être libre, tout simplement.

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Published by Vieux Jade - dans attention ça pique
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commentaires

elba 01/04/2013 13:43


Hé bé je suis mal partie... Je suis une junkie de l'émotion. Je souris pour un rien, je pleure aussi pour ce que des gens appelleraient sans doute 'des riens'...


Mais la vie est faite de petits et de gros "rien", n'est-ce-pas ? ("toute la réalité", comme vous le dites.)


Je suis un peu comme vous, à savoir que lorsque la nostalgie m'effleure le coeur, je me dépêche de ne penser qu'au moment présent. Mais est-il nécessaire de faire taire le mental, lorsqu'il
rappelle à vous un événement qui vous fait sourire ? Je ne sais pas trop. Perso, je ne le fais pas. Je souris et ça me fait du bien de sourire.


Sommes-nous vraiment capables de gommer le passé (qui n'est pas vraiment une illusion... ex : si j'ai mal à la jambe présentement c'est
qu'hier j'ai piétiné trop d'heures à la suite) et de ne pas penser au futur ? (ex : j'espère bien
que ce soir j'aurai moins mal à la jambe, puisque je me repose.)


Puis-je effacer qu'il y a une semaine, le fils d'une de mes meilleures amies s'est brûlé grièvement, alors que dans l'instant présent, il est sur un lit d'hôpital avec la tête qui a doublé de volume ? Et que j'ose espérer qu'il
va guérir le plus vite possible ?


Pour moi c'est un peu utopique d'effacer le passé, ou ça revient à être amnésique. Ce qui reviendrait à dire qu'être amnésique c'est être libre ? Ne rien présumer pour "plus tard" est à mon sens
impossible également ("tiens ! je vais aller me faire un petit café"... Hop ! J'ai déjà un pas dans le futur...)


Vous savez bien que nous ne sommes pas libres (tout simplement ^^.) Peut-être le serons-nous après notre mort physique, et encore ! Nous n'en savons rien ! (tiens ! encore RIEN ! )


Ce que nous pouvons faire, c'est ne pas TROP espérer et de ne pas vivre DANS le passé. Mais pour moi, ces deux notions sont irrémédiablement collées aux êtres humains que nous sommes (même aux
animaux, d'ailleurs, en ce qui concerne le passé... vous avez déjà vu un animal s'enfuir devant quelqu'un qui l'avait battu ? Moi, oui.)


Et surtout, ce que nous pouvons faire, c'est apprécier le présent qui est si fugitif !


 


Bonne journée ensoleillée à vous, VJ et Mme.

Vieux Jade 01/04/2013 15:23



Utopique, dites-vous. C'est le mot juste. Devenir libre du temps, c'est aussi sortir de l'espace. De la cage. C'est disparaître. Revenir.


Utopique, au sens faible, et au sens fort.



NED de : mabouillotte-et-mondoudou 01/04/2013 12:57


TRES beau travail de réflexions et d'écriture. Merci V.J.

Vieux Jade 01/04/2013 15:24



Réflexions dans les chaînes :)



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.