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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 18:54

André Vésale, 1555

 

 

Monsieur mon estomac, mesdames et messieurs les viscères en général, vous savez bien que si je n'entre pas dans les détails de votre identité, comme on le faisait dans les anciens salons, où un greffier annonçait : Madame la Rate, Messieurs les Rognons, ce n'est pas par inconvenance, mais par ignorance.

 

De peur d'oublier quelque glande, quelque os, quelque ganglion, je fais l'appel en gros. 

 

J'ai toujours était stupéfait par la connaissance qu'ont certains de mes congénères - hormis les médecins, ça va de soi - de l'anatomie humaine, et de toutes ses vicissitudes. Où que j'aille, que je fréquente des rupins ou des fauchés, des culturés ou des sous-développés, j'en trouve toujours un ou plusieurs pour m'expliquer dans le détail de quoi souffre la mémé et tous les traitements ruineux dont ma bourse, entre autres, les régale.

 

Pas totalement ignare, je sais qu'on a des membres, des extrémités, des organes qui palpitent, battent, grouillent et parfois déclarent forfait, mais à peu près comme je sais que ma voiture a des pneus, des freins et un moteur et peut toujours tomber en panne.

 

Je suis d'ailleurs étonné par les gens qui savent tout des bagnoles - sauf les garagistes, évidemment.  

 

Mesdames et messieurs les microtrucs qui composent mon corps et ensemble servez à me propulser chaque jour du matin jusqu'au soir : Merci. 

 

Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, je ne me suis jamais préoccupé de vous abriter des divers dangers qui pouvaient guetter votre enveloppe, venus de l'extérieur : horions, cheveux tirés, divers trous, foulures, écrasements, élongations, traumas, pas plus que de ce qui pouvait endommager vos délicats rouages : alcools, excitants, nourritures à peine mâchées, dans des quantités parfois excessives. No limits, était ma devise. 

 

Lisant un jour Gurdjieff, je vis avec satisfaction qu'un des personnages décrits dans les "Rencontres avec des hommes remarquables" disait que mâcher, c'est bon pour les vieillards. Au contraire, l'homme jeune doit avaler tout rond pour tirer son estomac de sa paresse naturelle.

 

C'est en pensant à cela, Monsieur mon estomac, que je vous ai adressé au premier chef cette missive.

 

Je vous ai tous, largement ignorés, sauf lorsque d'aventure, l'un de vous se rappelait à ma conscience. Je n'ai jamais soigné que les dommages avérés et douloureux. La médecine préventive me semble être un souci de vieillard, comme mâcher.

 

L'opinion des médecins - le consensus - devrais-je dire, sur les dangers de l'alcool me fait rire. Peut-être l'alcool me tuera-t-il, mais ma prédilection pour le vin, qui est une sorte d'histoire d'amour, passe largement avant les bondieuseries pédantesques des Diafoiri de tous lieux.

 

Mieux vaut mourir content que frustré.

 

Adoncques, cher corps, et tes composants, je vous remercie. C'est d'abord te remercier, que je voulais. Te dire que je me suis bien plu, bien amusé en ta compagnie. On a tout fait, on en a vu des vertes et des vraiment pas mûres, mais je garde un vrai bon souvenir de tes bons offices. Tu m'as rarement manqué, et quand tu l'as fait, c'est que quelque chose n'allait pas, dans mon comportement.

 

En ce sens, tu m'as aidé à demeurer dans mon axe, malgré le vent.

 

Te remercier, c'était mon intention première.

 

Ensuite, je voulais te dire que je vois bien que tu fatigues, maintenant. Peut-être est-ce toi, qui t'use, ou ne fais-tu que traduire ma lassitude de ce monde, dont je découvre chaque jour un peu plus la sottise ? J'ai l'impression d'être perdu dans une cour d'école pleine de petits monstres irrémédiablement stupides. Méchants. C'est lourd, et tu deviens lourd, toi-même.

 

Je ne sais pas, je ne sais plus si c'est moi (et qui est moi, cette pensée qui écrit par ton entremise?), ou toi qui es devenu si pesant.

 

Simplement ce poids qui s'installe, dans le dos, les tripes, les jambes, les épaules, les hanches (tu vois, je connais quand même ces mots là), et dans le simple fait d'ouvrir les yeux le matin, et d'en refaire une, jusqu'au soir.

 

C'est si lourd, que maintenant, je fais attention à ce que je t'envoie. Maintenant, je veille sur toi. Tu te rends compte ? Il y a peu de temps, quelques semaines, tout au plus, et je n'en reviens pas. Comme si toi et moi on marchait depuis toujours, sans que jamais je ne t'aie prêté attention. Et soudain, tu traînes, tu t'assieds, tu te reposes, tu as besoin de reprendre ton souffle, et alors je m'arrête aussi, et je me rends enfin compte de tout ce chemin parcouru, sans que jamais tu ne te poses !

 

Et alors je te vois, comme tu es, et j'ai de la peine pour toi. Je te dis : oh, mon cher corps, excuse-moi, de t'avoir malmené, ignoré jusque-là. Assieds-toi, repose-toi, prends ton temps. Je vais annuler des rendez-vous, ce n'est rien. Je travaillerai moins.

 

Non pas que je veuille durer longtemps. Qu'importe? Au contraire, j'ai toujours eu hâte de finir ce boulot, d'arriver sur l'autre rive. Mais toi, je ne peux pas t'infliger de souffrance. Tu n'as pas mérité ça. Que je me moque de toi, que je te maltraite. Encore une fois, c'est toi qui m'as appelé, et qui m'as dit : je n'en peux plus. Encore toi qui m'as ouvert les yeux. Tant je regarde au loin, que je ne voyais même pas ce qui se passait là, en toi, juste dans ma maison.

 

Tu sais, pour bien me connaître, que ce n'est qu'un répit, parce que dès que tu seras de nouveau sur pied, je recommencerai mes fredaines.

 

Mais, cette fois, je sais que tu existes, et que je te dois aide et assistance, comme à un excellent serviteur et ami.

 

Voilà, Monsieur mon corps, ce que j'avais à te dire. 

 

 

 

 

 

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Published by Vieux Jade - dans fleurs des champs
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commentaires

Miche 31/05/2012 12:55


Lol, avec de si belles musiques, celles que j'écoute depuis ce matin, sur ton blog...


Cela ne peut être que passager et utile, la lourdeur.

Vieux Jade 31/05/2012 17:18



C'est sûrement utile, mais pfff...


Oui, elle est belle, la PL, et Toulaï, quelle merveille.



LLéa 31/05/2012 01:11


Bonsoir,


 


Merci Jade. Joli, Joli.


 


Oui, savoir écouter son corps. Ne pas succomber aux sirènes des tentations alimentaires ... Se faire plaisir, lui faire plaisir, sans excès. Chacun fait comme il le ressent.


L'impression de lourdeur vient peut être de l'environnement. Ne pas se sentir a la bonne place peut générer des couacs. Couacs qui en entrainent d'autres ... 


S'accepter tel que l'on est, est déja faire une grande partie du ménage avec ses couacs.


Je remercie chaque jour pour la "chance" offerte. Et pense très fort a ceux qui ne l'ont pas ...


 


Grosses bises a toutes et tous,

Vieux Jade 31/05/2012 07:46



A vrai dire, j'ai l'impression d'avoir été envoyé sur Terre par erreur. Mais je me doute bien que ce n'est pas vrai. Toujours est-il que c'est vraiment lourd en ce moment.



Marilou 30/05/2012 22:05


Oui, effectivement V.J., nous ne sommes pas nos corps...Vue les fortes énergies ou vibrations sur la planète actuellement, on ressent la nécessité d'éviter les excès, et de se reposer
davantage, cela devrait faciliter la trans mutation de nos cellules, en ayant moins de douleurs...


Ned, je suis allée sur le lien, je relirai,... mais niveau affrontement, c'est bien possible déjà pour affronter la vie, et aussi il y a encore confrontation entre mon féminin et mon
masculin...pas évident de s'ajuster, çà bouge beaucoup !


Merci, ...et portez vous bien !


 

Vieux Jade 31/05/2012 07:45



Si c'est le serpent qui fait sa mue, je comprends cette impression d'être dans le tambour d'une machine à laver depuis presque 2 mois !



Cassandre 30/05/2012 18:42


Peut etre comme cela, Vieux Jade


 


http://www.wat.tv/video/gaston-ouvrard-je-ne-suis-1igsp_2ey2h_.html


 


Bon courage


 

Vieux Jade 30/05/2012 19:24



Merci. Ce M. Ouvrard avait quand même une excellente exécution, pour un malade chronique :)


Rectif : je voulais dire : ELOCUTION. Sciouze mi.



Ned de :mabouillotte-et-mondoudou.over-blog.fr 30/05/2012 12:56


@ Marilou


voir (ça peut servir !) : un problème de poids      http://mabouillotte-et-mondoudou.over-blog.fr/article-l-affrontement-un-rapport-avec-quoi-ou-qui-97791041.html

Vieux Jade 30/05/2012 19:23



Ned, je reviendrai un jour sur la fuite (sans parler de celle qui mobilise les spécialistes des tuyaux). C'est un des points qui peut susciter diverses appréciations. J'y reviendrai si je n'ai
pas pris la fuite avant :)



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.