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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 11:01

Aujourd'hui, un peu d'histoire. Attention, ça remonte loin, loin, très loin, au commencement, même :

 

Au début de toute cette pagaille, Dieu fit le Serpent. Puis il alla voir ailleurs si j'y suis.

 

Comme je n'y étais pas, il me cherche encore, ce qui fait qu'on peut être tranquille : il ne reviendra pas de sitôt.

 

Donc, il fit le serpent. Le serpent, c'est pas mal, mais c'est quand même le minimum. Essayez de ramper dans votre appartement, de descendre l'escalier et d'aller bosser à plat ventre, vous verrez.

 

Essayez d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur avec le nez, et d'ouvrir le courrier avec votre queue.

 

Donc le serpent, c'est sympa, mais c'est quand même vraiment du boulot de débutant. En plus qu'il lui a fourré du venin plein les crochets, ce qui fait que tout le monde l'évite, et cherche même à l'écraser.

 

Voyant la merde dans laquelle il se trouvait, le serpent gambergea. Parce qu'heureusement, Dieu avait quand même pensé à l'équiper d'une cervelle.

 

Ce qui fait la différence entre les humains et les serpents, c'est qu'une bonne partie des premiers ont du venin plein la gueule, mais pas ou très peu de cervelle.

 

Le serpent réfléchissait. Comment sortir de ce merdier ?

 

Il eût une idée géniale. On était au début du monde, et tout restait possible. Prenez comme exemple le béton : tant qu'il est humide, vous pourrez y imprimer vos empreintes. Mais quand il est sec, c'est foutu.

 

Le serpent s'était dit qu'il serait impossible ou très difficile de se tortiller toute son existence et de compter sur les autres pour faire les courses.

 

Il se recueillit profondément, inspira trois fois à fond, comme dit Lila, et abandonna ses doutes, ses craintes, ses limites.

 

Et se fit pousser des jambes, et des bras.

 

C'était tellement plus commode ! Rien que pour se moucher, déjà, avouez que c'est quand même pratique, des bras avec des mains au bout. 

 

Après un peu de temps passé à danser avec ses jambes toutes neuves et à vider des toasts avec ces merveilleux bras, le serpent fatigué s'assit.

 

Je ne peux pas passer ma vie à bouger tout le temps, songea-t-il. Il faut que je prenne le temps de me refaire, de me reposer, de me ressourcer.

 

Dieu avait créé l'espace, pour que le serpent puisse le parcourir, et le temps, pour qu'il puisse apprendre à compter les jours.

 

Il y a belle heurette que l'intelligent reptile avait repéré que le temps se découpe en tranches, balisées par les étoiles, les planètes et les luminaires. 

 

Que me faut-il pour organiser ce bastringue ? se demanda-t-il ?

 

Parce qu'avant de foutre le camp, Dieu avait vraiment laissé un bordel abominable. C'était au début, Dieu était jeune. Quand je vois ce que j'ai pu faire comme conneries étant jeune, je ne lui jette pas trop la pierre.

 

Donc le serpent assis sur son cul (c'est pratique d'avoir des jambes qui reposent par terre) imagina la série suivante, basée sur la répétition des phases obscures et lumineuses du quart d'une lunaison :

 

Je bosse cinq jours durant, et là j'ai besoin de mes bras, je fais la java le lendemain, pour me décoincer un peu les zygomatiques et prendre un peu de bon temps avec Mme Serpent, et là j'ai encore besoin de mes bras, pour l'enlacer, et le surlendemain, avant de recommencer, soit je fais la sieste, et je n'ai plus besoin de ces excroissances qui me pèsent un peu et qui ont besoin de détente, soit je vais me balader avec elle, et pour cela je n'ai besoin, tous comptes faits, que d'une paire de jambes (les appareils photo n'existaient pas, à l'époque, ni les téléphones portables et encore moins les ouatures).

 

Pas mal pensé, je l'avoue.

 

Ni une, ni deux, l'ingénieux serpent met ça en pratique.

 

Avant que le béton soit complètement sec, il se bricole un mécanisme qui permet de retirer les bras à volonté.

 

Les lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi,il te rabote les montagnes, comble les plaines, construit la tour de Babel, aménage, bâtit, fout des trempes aux serpents du voisinage et des fessées à ses gamins, et, le samedi se rabiboche avec eux et leur paie d'incessantes tournées, avant de déposer ces bras fatigués sur une étagère à côté de son plumard, pour les reprendre le lundi matin.

 

Seulement, quand il se tournait dans son plumard, avec le mal au crâne qui suit les lendemains de fête, il s'emberlificotait dans les manches vides de ses chemises.

 

Quand il allait se balader avec Mme Serpent, le beau vent joyeux lui ramenait ces manches inutiles dans la figure.

 

Il réfléchit de nouveau, et parvint à la conclusion suivante : après avoir vidé tous ces verres, le samedi, avant de se dévisser les bras pour qu'ils se reposent un peu,il pourrait couper ces manches encombrantes.

 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les serpents vont droit au but. Essayez voir de marcher sur la queue d'une vipère, vous verrez.

 

Voilà donc le bonhomme Samedi qui prend ses ciseaux, et coupe les manches des lundi, mardi, mercredi,jeudi et vendredi, qui n'avaient alors pas de nom, juste un, deux, trois, quatre, cinq.

 

Les dix manches en main, il s'interroge : j'en fais quoi, maintenant ?

 

Comme il manquait de conscience morale, qu'il avait pas mal éclusé et qu'il avait parfois tendance à tout remettre au lendemain, il haussa les épaules et dit : on verra ça plus tard.

 

La nuit tomba.

 

Quand vint le matin, le Serpent un peu migraineux jeta un oeil hors de sa couche, et vit ces dix manches au pied du lit.  

 

Dix manches ? Il ne se souvenait plus très bien. Quel jour sommes-nous, demanda alors Mme Serpent d'une voix pâteuse, car elle aussi avait un peu biberonné pour arroser le oui quinde.

 

Quel jour ? Quel jour ? se répétait le Serpent nauséeux, cherchant le bout du fil de ses pensées.

 

Puis son regard revint aux dix manches posées là, devant lui.

 

Dix manches ? balbutia-t-il.

 

Dimanche, oh, c'est joli, comme mot : dimanche, dimanche ? dit Mme Serpent en se levant d'un bond. Et si on allait se balader, dit-elle ?

 

C'est depuis ce jour là que le jour du repos s'appelle dimanche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Ned 23/10/2013 10:04


Merci  pour les "Membres qui poussent" et l'idée de "la Gaudriole" je crois que je n'avais pas autant ris
depuis plusieurs semaines ! ! !  


Merci à vous deux ! :)

l'homme invisible 22/10/2013 19:48


"Le septième jour il se reposa", dit la Genèse. N'y aurait-il pas quelque chose entre votre serpent suffisamment créateur pour se faire pousser des membres et le dieu biblique ? Une
ressemblance, une parenté ?

Vieux Jade 22/10/2013 21:01



Tiens tiens, y aurait-il des messages cachés derrière cette gaudriole ?



Ned 22/10/2013 14:01


C'est marrant que tu écrive ça au moment ou je suis en train de lire "SEPT JOURS POUR UNE ETERNITE" de Marc LEVY  c'est quasiment celà ! version roman ...


Les erreurs de jeunesse ça se "réparre" ...quand on est à la retraite ! ! !


Vivement dimanche qu'on aille aux champignons !


Amitiés à tous.

Vieux Jade 22/10/2013 21:00



C'est une synchronicité ? Il y en a tant...


Les champignons poussent le samedi ?



elba 22/10/2013 12:58


Qu'est-ce qui pourrait expliquer que les commentaires ne passent pas ? Le mien vient d'être envoyé, ça m'a été notifié, mais il n'apparaît pas, et ce n'est pas la première fois que ça advient.


Les voies du net sont décidément un peu bizarres parfois...


 


Je ne vais pas tout redire, mais juste que ce serpent n'était pas futé de couper les manches des jours de boulot... Cependant, il n'aura pas à les retrousser pour travailler, c'est déjà ça. Par
contre il sera toujours encombré par les manches des deux derniers jours de la semaine...


J'ai adoré cette petite histoire, et plus particulièrement j'ai bien souri lorsque j'ai lu/su que Dieu avait créé le monde dans sa jeunesse et que c'était un peu pour ça que ça n'allait pas
vraiment comme on voudrait chaque jour...


Peut-être qu'il peut revenir ? Parfois on peut corriger certaines erreurs de jeunesse, non ?


Merci VJ. J'ai passé un excellent moment à vous lire. ♥

Vieux Jade 22/10/2013 21:00



Même pour Overblog, le temps est subjectif, semble--il...



elba 22/10/2013 12:51


Pas plus futé que les humains, ce serpent : il a coupé les manches des jours où il a besoin de ses bras, au lieu de les couper pour ses jours de repos.


Qu'importe ! au moins il n'aura plus besoin de retrousser ses manches pour travailler !


J'ai beaucoup aimé cette histoire. Je n'aime pas faire d'histoires, mais j'adore en lire ou en écouter. Celle-ci m'a fait sourire, surtout en lisant le moment où il est dit que Dieu était jeune
lorsqu'il a fait le monde. Dommage qu'il soit parti, sinon peut-être qu'il aurait pu corriger certaines de ses erreurs de jeunesse... Peut-être qu'il reviendra un jour pour le faire, qui sait ?



A présent nous savons tous pourquoi notre jour de repos s'appelle le "dix manches" (les moines copistes ont dû passer par là, et déformer une fois de plus l'orthographe initiale... ^^)


Merci, VJ.

Vieux Jade 22/10/2013 20:59



Pas bête : se reposer 5 jours et se reposer les 2 autres :)



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

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Après l’explosion

Nul ne l’a sue

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Coule la lave

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Lave la lave

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De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

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Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.