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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 11:22

Bordeaux-Jardin-public-sous-le-brouillard-1-.jpg

Belle photo libre de droits (merci) trouvée ici

 

 

Dès qu'on regarde derrière le rideau de la conscience diurne, on voit des ombres qui passent et chuchotent, affairées à des choses qui nous échappent. La plupart du temps, découragés, ceux qui ont réussi à jeter un coup d'oeil finissent par dire à contre-coeur que c'est de la foutaise, ou que c'est inaccessible.

 

Mais si l'on observe avec patience ce qui vient par le canal des rêves, des suggestions indéterminées ou par ce qu'on appelle depuis Jung les synchronicités de la "réalité quotidienne", que j'appelle personnellement des "convergences", si l'on croise tout, on finit par discerner des voies, des sentiers que nul autre (à part ceux qu'on reconnaît d'un coup d'oeil) ne voit.

 

A ce moment, il y a au moins deux choix : se laisser guider, en confiance, ce qui n'empêche pas d'ouvrir l'oeil. Les tibétains, eux, par le yoga du rêve, disent en discerner la nature illusoire, et s'en rendre maîtres pour le contrôler.

 

A mon (humble) avis, c'est se priver de son énergie symbolique, de son éclairage. Mais peut-être, au fond, sont-ils plus avancés, qu'ils n'ont plus besoin de cet éclairage qui est encore un théatre d'ombres pour enfants, une couche intermédiaire.

     

Dans cette "réalité", en dehors des mécaniciens, qui sont extrêmement importants eux aussi, puisqu'ils réparent et font rouler nos voitures, on trouve les poètes, dont le rôle est de rêver publiquement.

 

Les poètes sont les mécaniciens de l'entre-mondes.

 

Grands ou petits, Nerval, Rimbaud, Hölderlin, Rilke, Nietszche, et tant d'autres n'ont généralement pas prospéré de ce côté de la paroi. Mais les poètes, comme les rois celtes, les rois sacrés, et autres pontifex, dont la traduction pourrait être : shamane, même si ce mot est une espèce de faux, ou de fourre-tout bien pratique pour dissimuler que nous avons tous un versant poétique, les poètes sont tendus entre deux mondes. Ça fait mal.

 

La blessure symbolique des rois celtes, comme le dit lumineusement Robert Graves (la Déesse blanche), qui est celle du "Roi méhaigné", ou "Roi Pêcheur" du roman de Perceval, c'est celle de Jacob au gué de Yaboqq, où il vit une échelle dressée vers le ciel, parcourue par des anges, et où il passa la nuit à lutter contre l'ange qui lui démit le nerf crural. Tout se tient. La blessure du roi celte venait du fait que, voulant aborder le rivage depuis sa barque, celle-ci reculait, et le nerf de sa cuisse se rompait.

 

Jacob est l'inversion de Yaboq, tout le monde peut le voir. Le poète doit inverser son regard, comme l'Acrobate ou l'Atlante des chapiteaux romans. Culbuter, en français : renverser le cul, qui équivaut encore une fois à "couper la tête".

 

Je n'ai aucune connaissance particulière, juste des lectures et de l'expérience.

 

Tous ces boîteux sacrés sont de sacrés boîteux, qui relient péniblement le monde diurne au monde nocturne, le monde de la matière à celui de l'Esprit, le monde du sommeil au monde de l'Éveil.

 

Or, paradoxalement, le fait d'être boîteux rendait inapte à l'initiation catholique et maçonnique. La question est ouverte. Si le boîteux désigne celui qui, ne se résolvant pas à s'établir en ce monde, est jugé indigne de l'initiation, qu'est-ce que l'initiation ?

 

Une intégration à ce monde ?

 

Les initiés seraient alors de vertueuses briques de la pyramide, another brick in the wall ?

 

 

 

Le but de la psychologie pratique, sociale, est d'étouffer dans l'oeuf toute tendance à l'envol, pour ramener les sujets limite au bercail de la grande famille des rouages. Comme le Christ parfois falsifié des évangiles canoniques ramène l'Unique brebis, la seule qui cherche à transcender ce monde, vers le troupeau bêlant.

 

Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux, disent les révoltés.

 

L'initiation qui fait des moutons s'appelle castration, contre-initiation. Seul l'Esprit initie, et Il souffle où il veut.

 

L'Esprit souffle librement, et libère.

 

A quoi servent les poètes ? La question est aussi stupide que celle-ci : à quoi servent les mécaniciens ?

 

Lorsqu'un poète meurt, si au même instant il ne disparaît pas un mécanicien, alors le monde boîte. Peut-être qu'un poète vaut un certain nombre de reîtres ? C'est à espérer. Mais les comptes, au delà des apparences, sont bien tenus.

 

 

Publié initialement le 16/07/2011

 

 

 

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Published by Vieux Jade - dans 2ème service
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  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
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Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.