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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:44

 

Dès qu'on est entré dans la voie sans retour de la découverte de soi, il faut accepter d'y rencontrer des monstres. Dès le début de sa Divine Comédie, Dante avertit : Toi qui entres ici, abandonne toute espérance !

 

Depuis quelques années, je sais que l'indispensable exploration passe par la chair. La psychanalyse qui se focalise sur les productions oniriques est insuffisante.

 

Pourtant, les rêves sont une puissante voie de connaissance. Mais, s'ils peuvent rendre compte de la situation et donner du recul, ils sont impuissants à guérir.

 

J'ai relaté ici un voyage intérieur. Voyage au centre de la Terre. Jules Verne doit être lu attentivement.

 

Cette semaine, peut-être à cause d'un excès de poivre blanc, j'ai vécu une nuit horrible : j'avais le feu aux entrailles. N'ayant aucune confiance en la pseudo médecine, j'ai avalé du khuzu que m'a donné Mme VJ, qui m'a permis de traverser en apnée une journée de labeur.

 

Si le khuzu fait baume, la raison du mal demeure. Je sais comme mon ventre est depuis toujours la région sensible de ma géolocalisation. A vif, le ventre. On a tout fait, régression, hypnose, transe : découvert un vieillard très grand et décharné dont le ventre et les jambes ne répondaient plus, images de guerre, d'obus ou d'explosion, de lames perçant les tripes, mais rien de cela ne permet d'avancer, de résoudre.

 

Ce dimanche matin, éveillé vers cinq heures, j'ai du temps. La douleur est toujours là, tapie. J'y vais. Je dirige ma conscience vers elle, j'y entre, je lui parle, je lui dis, comme à un animal craintif : Viens. Viens.

 

Comme le renard du petit Prince, il faut du temps pour qu'elle accepte. Viens.

 

J'ai conscience que mon ventre est, comme les souterrains des villes, le refuge de tout ce que ma conscience honteuse a balayé loin de sa vue. Tous les comportements que la peur du regard des autres m'a amené à expulser y sont tristement descendus, dans l'oubli des abysses.

 

C'est un royaume indépendant, une cour des miracles, nourrie de rebuts, d'excréments, d'énergies basses, de ressentiment. Un monde qui souffre et appelle lumière et reconnaissance.

 

De profundis clamavi ...

 

J'y vais. Viens, ouvre toi, laisse-moi entrer. Et alors ça bouge.

 

D'abord, une sorte de dôme luisant et humide, gris vert, c'est le dos d'une bête sous-marine, énorme, qui émerge, qui occupe l'espace et gonfle mon ventre bien au delà de son volume réel.

 

Une pieuvre, peut-être. Calmement, je la considère. Viens. Et des torrents de noir pur envahissent ma vision, comme des nuages d'encre. L'encre sert d'écran aux poulpes.

 

Elle se vide et l'horizon est d'un noir de jais. Quand on en parlera, plus tard, Mme VJ me dira que les anciens chinois considéraient que l'homme est le réceptacle de neuf vers, dont celui de l'estomac ou des boyaux. 

 

Je n'ai pas peur, je ne veux pas le tuer, juste attentif à ne pas perdre le contact. La douleur bouge parfois. Un peu au dessous, mais parfois sous et même au dessus du nombril. Rester dedans. Ouvre-toi, viens.

 

Soudain, surgit l'image d'une silhouette chétive d'enfant, maigre, mal assuré sur ses jambes, prêt à tomber, en avant, en arrière,comme si le vent allait l'emporter, vêtu de bleu. Viens, viens sur mon coeur, viens. Dans des traînées d'encre, la silhouette s'affermit et vient vers moi, vers mon visage. A chaque pas, elle grandit, devient jeune homme, homme, toujours vêtue de bleu, puis des hommes en marche, qui montent vers mon visage, pesants, nombreux, venez, venez, venez sur mon coeur. Rien de sentimental, de l'émotionnel purifié. Et la foule des hommes en bleu monte vers moi. 

 

Je me suis éveille vers 9 heures.

 

Les religions que le monde cherche aujourd'hui à tuer pour les remplacer par le culte exclusif du pognon ont été le vecteur de la conscience aussi bien que les pires tortionnaires de l'histoire. A leur compte, on peut inscrire les périodes de jeûne du Carême et du Ramadan, par exemple, même si aujourd'hui c'est du foutage de gueule - les pieux muslim qui attendent le soir pour s'empiffrer comme des porcs, les chrétiens qui se goinfrent de poisson le vendredi.

 

Elles ont quand même transmis le souvenir des anciennes traditions qui, comme aujourd'hui encore dans le culte du peyotl ou les recherches de vision, obligeaient parfois à une privation de nourriture.

 

Parce que l'accumulation de bouffe est une aumône faite à nos démons, nos pauvres, notre peuple maudit et refoulé. Le jeûne les affame et les révolte ; alors ils sortent et se montrent à nous qui faisions comme s'ils n'existaient pas, sous le noir visage de nos terreurs accumulées et fermentées. 

 

Nos démons, s'ils hantent nos psychismes et se manifestent dans nos comportements, vivent au fond de nos entrailles. Ils y ont leur tanière.

 

C'est là qu'ils ont élevé leurs tentes, près des décharges de nos châteaux, de nos villes de verre, de nos somptueuses vitrines. Nos démons, sauf exception, sont les fantômes des cadavres de ce que nous ne voulions pas voir ou paraître, et que nous avons cru pouvoir maudire et refouler.

 

Le monde d'aujourd'hui qui jette à la rue tout ce qui n'entre pas dans ses théories et ses statistiques économiques est profondément malade, et s'enfonce un peu plus à chaque fois qu'il rejette, parque ou massacre les indésirables.

 

Il n'est que l'image de nous. Se révolter contre le monde sans reconnaître les taudis qui hantent nos propres décharges intimes, et nous font mal, c'est minable et pitoyable.

 

Comme le dit la science des anciens, la charité, bien ordonnée, commence par soi-même.

 

D'un autre côté, que les rênes du monde soient entre les mains de fous qui ne savent rien de cela et donc parfaitement aveugles est stupéfiant.

 

De profundis clamavi...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

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Published by Vieux Jade - dans attention ça pique
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commentaires

mireille 01/05/2012 21:17


http://youtu.be/lIstQqrodFA

mireille 01/05/2012 21:05


http://www.youtube.com/watch?v=lIstQqrodFA


 

Vieux Jade 02/05/2012 14:16



Ouf ! Etonnant...



mireille 01/05/2012 20:51


Tu me manques..


Le printemps s'épanoui en Terre d'Armagnac.. je viens quêter tes empreintes au fond des sons, des mots, des codes informatiques développés à l'infini..


Tu manques.. à ce printemps.. à ces partages.. éfleurements dans la matrice.. J'ai encore EnVie de tes mots, de tes ouies, de tes coups de gueules et de tes rêves..


Mais comment ne pas t'opresser par ces ressentis de vide.. antinomiques..


Je voudrais te dire la gratitude que je ressens pour avoir croisé(e) quelques instants de ma VIe l'orbe de ton partage. J'aime le mettre au féminin.. sourire..


Vis tu bien? Es tu heureux? J'espère... Pardones moi d'avoir osé partager ces sensations si tu lis un jour mes mots.. Pardones moi de te tutoyer pour t'approcher du coeur..


J'espère..


Belle Vie


 


 

Vieux Jade 02/05/2012 14:13



Merci, je vis au fil des jours, et je lis. Je suis en suspens. Je vais ni bien ni mal, je vais. :)



danielleg 19/03/2012 20:19


C'Est trop beau Jade ce que vous dites " épouser la beauté et la violence du monde c'Est faire l'Amour " génial!


Bonne soirée, et Bisous a tous!


 


                           

Vieux Jade 20/03/2012 07:41



C'est moi qu'ai écrit ça ? Ou plutôt, ça s'est écrit. Bonne journée.



dieu ou autre chose 18/03/2012 16:19


ce que vous dites représente un choix de vie.


Choisir de naitre peut etre ?


la vie n'est peut etre pas cette soumission, le regard que vous nous en donner est agréable..


Merci Bonze à lunettes..


 

Vieux Jade 18/03/2012 21:17



J'gnore si j'ai fait le choix de vivre, mais je commence à savoir comment j'ai envie de le faire.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.