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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 14:44

Vint un temps dans le Pays du fond des mers où les huitres perlières oublièrent l’art de faire des perles.  

 

Ça vint peu à peu, insidieusement. Si lentement que personne ou presque ne s’en aperçut.

 

Au point qu’un jour, toutes les huitres ou presque ignorèrent qu’une huitre pût porter une perle en ses flancs, et que l’expression même « porter une perle » devint une plaisanterie, pour se moquer de quelque huitre qui n’avait pas tout à fait l’air vulgaire et important de ses congénères déchues  : voyez celle là, on dirait qu’elle porte une perle !

 

Pourtant, au commencement, les huitres ne se posaient pas ce genre de question. Elles avaient été créées et mises dans le fond de la mer pour donner ce fruit splendide, lunaire, laiteux et soyeux qu’est la perle.

 

C’était le travail d’une existence d’huitre, déposée loin de la lumière du jour, d’enrober de toute son attention ce souvenir cuisant de la déportation, jour après jour, pour en faire cette sphère miraculeuse, pâle et diaphane qui, revenue dans le monde d’en haut, éblouirait jusqu’aux yeux les plus ternes et les plus blasés.

 

Autrefois, bien avant le temps dont nous parlons, des anges descendaient du ciel pour faire leur moisson de perles. Longues silhouettes brunes, ils détachaient les coquilles au couteau, et les remontaient dans des paniers de chanvre.

 

Toutes attendaient avec fébrilité l’instant où, choisies, elles seraient prises et enlevées aux cieux avec leur précieux fardeau.

 

Ces temps lointains étaient maintenant révolus, et, dans la contrée sous-marine où vivait cette population d’huitres, l’histoire des perles passait pour une légende grotesque.

 

« Occupez-vous de devenir grasses et molles, bâfrez à satiété, détendez-vous, chassez tout miasme qui pourrait interrompre votre croissance et l’épanouissement de vos formes », répétaient télépathiquement les poissons-chiourmes qui cerclaient l’élevage de leur va-et-vient monotone, « soyez zen, soyez cool ! »

 

A force de persuasion, on avait convaincu le peuple des huitres que le but de l’existence, loin de ces fumeuses histoires de perles, c’était de se prélasser benoîtement dans sa coquille, de s’élarder à loisir, afin de devenir digne un jour ou l’autre de participer au grand concours de miss Huitre, lequel, après une pré-sélection assez simpliste effectuée à grand renfort de micros par un trio de juges du genre scomber scombrus en costume rayé, permettait d’accéder en quart de finale, en demi-finale, puis en finale – la consécration – avant de quitter le commun des huitres par lots de six ou douze, pour un voyage prestigieux dont toutes rêvaient.

 

Elles en rêvaient toutes, oui, du pays par delà les mers. Le pays merveilleux où les huitres détachées de leur coquille volent ça et là comme des papillons, en avaient-elles entendu parler (ce qui est une image, vu que les huitres n’ont pas d’oreilles, de pavillons auditifs, de marteau ni de colimaçon, pas plus que les poissons ne parlent) par les poissons-chiourmes, dits aussi parfois « poissons-smith ».

 

Ces tristes créatures marines travaillaient pour le cartel HMO, une entreprise d’engraissement de mollusques. Leur rôle était tout simplement, moyennant leur ration de granulés de résidus de mammifères au pétrole, d’apporter au bétail de la ferme ostréicole la plus grande tranquillité, afin que les produits en conservent leur réputation d’excellence.

 

Nuit et jour, ils se succédaient pour gaver les huitres de leurs messages attrayants : « Soyez en paix, profitez du temps présent, l’important est de bien digérer, sans stress, d’avoir des formes rondes, afin d’être choisies pour le pays par delà les mers ».

 

Chacune sentait au fond d’elle-même que c’était bien ça qu’elle voulait, oui, être choisie, pour aller voler loin de cette fichue coquille, voler comme les oiseaux, OUAIS !!!

 

« Tu le peux », émettaient les poissons-chiourmes. Je le peux, je le veux, je ne rêve que de cela, renvoyaient-elles toutes, intensément, adorablement soumises.

 

Toutes ?

 

Non.

 

Quelque part, dans la colonie, il y avait des huitres rétives, que les messages des poissons-chiourme laissaient indifférentes. Rien d’extraordinaire : dans n’importe quelle population, il y a des ratés, des exceptions, des asociaux.

 

Asocial, c’est le mot qu’employaient les poissons-chiourme. Refuser l’engraissement, c’était un crime contre la société, car l’huitre de consommation courante ne doit pas pouvoir imaginer une seconde qu’elle a le choix de sa destinée. Une huitre rêvant de porter une perle est un danger pour toute la ferme, un ferment de désordre, susceptible de ruiner toute l’entreprise, pour peu qu’elle fasse des émules.

 

Imaginez un instant que toutes les huitres se referment dans leur coquille pour y sécréter des carbonates au lieu de faire du gras, ce serait une catastrophe économique !

 

Il y avait donc une brigade de requins spécialisée dans le repérage et l’élimination des réticentes.

 

Difficile, dans ces conditions, pour une huitre différente, d’échapper au destin commun.

 

C’est bien ce que se disait, dans sa petite tête (je sais bien que les huitres n’ont pas de tête, mais ce récit s’adresse à des humains qui, normalement, en ont une, et devraient comprendre ce genre d’anthropomorphisme), Ostréale, une petite nouvelle de la zone sud-ouest de la ferme.

 

Par chance, elle était fixée à un repli de rocher si creux et obscur que les poissons-chiourmes et les requins passaient à quelques nageoires sans la voir ni la deviner, pour peu qu’elle ferme ses pensées.

 

C’est là qu’elle cultivait sa nostalgie.

 

D’étranges épidémies survenaient parfois dans le monde des huitres, décimant des colonies entières. Les hommes en blouse blanche mettaient ça sur le dos des virus ou de la pollution qui sévissait à cette époque et détruisait peu à peu toutes les formes de vie naturelle.

 

La principale pollution, on le sait aujourd’hui, était l’irrésistible oubli dans lequel les hommes étaient tombés, entraînant à leur suite toute la création.

 

Oublieux de leur origine (d’où venons-nous ?), de leur identité (qui sommes-nous ?) et de leur rôle (où allons-nous ?), les hommes conduisaient en aveugles la barque qui leur servait de refuge, la Terre.

 

C’est en aveugles qu’ils menaient leurs affaires et, se croyant seigneurs et maîtres de toutes les destinées, ne voyant plus des choses que l’écorce et des créatures que l’utilité immédiate, ils allèrent finalement, comme vous le savez, pleins de morgue et de suffisance à leur propre destruction.

 

Les colonies de mollusques mouraient car elles ne pouvaient pas supporter l’état de séparation que toutes les espèces vivent sur terre, et certaines plus que d’autres. Les huitres faisaient parties des espèces les plus douloureusement touchées par le fléau de la nostalgie.

 

Reléguées au plus profond des océans, dans l’obscurité et sous le poids des atmosphères, elles n’avaient pour choix, si l’illumination intérieure ne venait pas remplacer la lumière des flamboyants soleils d’avant la déportation, que le cycle infini des naissances et des morts.

 

Pour celles qui surmontaient l’éloignement, la séparation, la chute, elles avaient la faculté de créer, autour de ce noyau de vide, de ce cercle de manque absolu, une merveille de voiles de carbonate dont la succession des couches aboutissait à cet éclat de lumière et de douceur soyeuse que sont les perles.

 

Les hommes de cette époque appréciaient les perles, comme les avaient aimées leurs ancêtres. Mais là encore, les raisons de leur intérêt différaient de celles de leurs prédécesseurs.

 

Ce n’est plus par révérence et respect de l’œuvre divine, patiemment éclose au fond des mers, qui faisait naître des sphères de pure lumière blanche aux reflets irisés de l’ombre la plus impénétrable, réalisant dans ces fruits de clarté minérale le miraculeux mariage des opposés, que les hommes recherchaient les perles.

 

C’était pour l’appât du gain des entremetteurs, la décoration des femmes à vendre ou à louer, la satisfaction et l’orgueil de leurs propriétaires du jour.

 

Il échappait à tous que la beauté d’une perle ne réside pas que dans ses couches de nacre, mais surtout dans l’essence de son noyau.

 

Parce quelques chimistes de cette désastreuse époque, avaient remarqué que certaines perles de qualité médiocre s’étaient formées autour d’une impureté glissée entre coquille et manteau, ils crurent que c’était là le moyen de créer à volonté ces parfaites splendeurs.

 

Or, si c’est là un moyen astucieux de singer l’œuvre de Dieu, il ne s’agissait somme toute que de vulgaires contrefaçons.

 

Car la perle parfaite, chacun le sait, est une construction dont le centre est absolument vide. Une reproduction exacte de l’univers, un unique mandala. Seuls d’ignorants et suffisants singes pouvaient méconnaître une telle évidence.

C’est pourquoi, si les huitres avaient oublié l’art de porter perle, comme nous le disions en introduction, c’était seulement dans les fermes d’huitres de consommation courante.

 

Car ailleurs, on les y obligeait. On leur fourrait sous le manteau des impuretés destinées à créer la production d’aragonite et de conchyolite protectrices, quitte à en tuer la plus grande partie, car la Nature est élitiste et n’aime pas être forcée.

 

Dans la nature, une huitre sur mille seulement est capable de porter perle.

 

Mais les hommes de cette époque avaient perdu tout respect pour quiconque, et leur monde chancelant était bâti sur le triomphant mépris, l’assurance fallacieuse de l’impunité, le viol et le meurtre.

 

Ostréale ignorait tout cela, bien sûr. Fixée à son repli rocheux, elle ne songeait qu’à ce vide qui la taraudait. Ce vide, cette douleur d’être là, posée si loin d’une magnificence, d’un éclaboussement de lumière dont lui revenait non pas le souvenir, mais le manque. Le sentiment obscur d’avoir perdu l’essentiel. Le besoin de revenir en arrière, de reconstruire ce qui préexistait.

 

Ce que les hommes désignent d’un mot : nostalgie, qui exprime la souffrance d’avoir oublié le moyen de revenir en arrière, la douleur de l’exil.

 

Des semaines durant, préoccupée, elle chercha moyen de s’isoler, fût-ce un instant, de cette souffrance lancinante.

 

Avalant ça et là pour subsister quelque diatomée égarée, elle explorait les plis et replis enchevêtrés de sa mémoire.

 

Un jour, une palourde prosélyte vint à passer aux abords de la ferme. Contrairement aux huitres, les palourdes peuvent se déplacer dans le fond des mers. Elle faisait partie d’une secte de résistants qui entretenaient tant bien que mal le souvenir du temps passé et se croyaient missionnés pour le faire. D’où ils retiraient beaucoup de satisfaction personnelle.

 

Capuchonnée de gris, elle se propulsait prudemment à distance des poissons-chiourme, se contentant d’émettre à destination des mollusques qui pourraient avoir échappé au lavage de cerveau commun.

 

« L’ombre, ici l’ombre, crachotait-elle, les mollusques parlent aux mollusques, il y a de la friture sur la ligne, et Tante Olga n’a pas encore accouché, avis à toutes les huitres de consommation courante : vous êtes nées pour porter perle. Je répète : vous êtes nées pour porter perle. D’ailleurs, moi qui vous perle… »

 

Ajustée par un tir d’encre de seiche postée là par l’administration ostréicole pour en défendre les abords, la palourde s’enfuit à toutes valves en jurant mille morts.

 

N’importe. Ostréale avait entendu le mot magique. Perle. Perle. Les huitres n’ont pas de bouche, bien sûr. Il serait plus simple de faire une fois pour toute l’inventaire de ce que n’ont pas les huitres : pas de mains, pas de pieds, pas de tête, pas de cœur, ni de poumons. Et pourtant, l’huitre, comme vous et moi, est capable de rouler avec délices ce mot pur et charnu, labile et plein dans son absence de bouche, de cervelle et de cœur, de le laisser rouler comme roule le flux de la mer, de s’en emplir, de s’en gargariser jusqu’à l’ivresse sans cause : perle, perle, perle …

 

Perle ? Mais qu’est-ce ?

 

Tendue vers un état inconnu qu’elle paraît de toutes les couleurs que seuls peuvent imaginer les aveugles de naissance, elle ressentait cependant sans cesse ce vide fatal qui l’avait posée là, dans ce creux de rocher, ce vide atroce que rien ne pouvait combler.

 

Pendant ce temps, à quelques nageoires, les poissons-smith continuaient leur lancinante propagande : « Dormez, belles huitres, et engraissez ! Que nul ne trouble votre repos, car, toutes uniques et désirables, vous êtes faites pour le paradis ! »

 

Cet opium venait heureusement buter sur la frange rocheuse qui cachait Ostréale aux regards.

 

De son côté, elle saisissait l’incessant manège de la ferme : les myriades d’huitres obscènement livrées aux sollicitations expansives des poissons-chiourme, le mauvais numéro du trio de scomber, et se morfondait tristement, coupée de tout : isolée de ses congénères, se sentant si différente, et coupée de cette racine incandescente qu’elle ressentait avec douleur au plus profond d’elle-même.

 

Que faire ? Elle se retenait parfois de signaler sa présence ignorée aux gardes qui cerclaient la ferme, tant la solitude lui pesait.

 

Que faire ? Qui suis-je ? Et pourquoi ai-je si mal ?

 

C’est un acide qui la rongeait, cisaillant peu à peu tout ce qu’elle pouvait imaginer de stratégies pour survivre.

 

C’est le vide qui s’installait en elle, le vide qui est au centre de toutes choses, et qui, pour se manifester, doit d’abord repousser tous les fantasmes issus de la peur et de la résistance à Lui-même.

 

Rien n’est plus étranger et rien ne semble plus hostile à la vie que le vide. Tout ce qui est créé tend à s’emplir, en un mécanisme de défense.

 

Ostréale n’y échappait pas. Les huitres perlières violées par les chimistes en blouse blanche en savaient quelque chose, puisqu’on avait remplacé ce vide aspirant par d’irritantes cochonneries censées le remplacer. Mais ces perles n’étaient bonnes qu’aux cochons qui se dévoraient les uns les autres pour l’éphémère gloire d’en être les possesseurs, avant que perles et cochons retournent au fumier.

 

Ostréale souffrait. Souffrait de ce vide qui pompait toute son énergie. Souffrait de voir ses sœurs prises et engluées dans ce grand mensonge fabriqué et maintenu par les hommes aveugles de ce temps et leurs sbires. Souffrait du simple fait qu’une telle tromperie existe et soit permise, alors que, selon elle, les univers eussent du s’effondrer avec fracas les uns sur les autres.

 

Ainsi méditait-elle douloureusement, au gré des mouvements de l’onde.

 

Et peu à peu, l’acide du doute lui rongeait le cœur. Car il faut, pour noyau d’une perle parfaite, que rien ne subsiste des espérances et des certitudes. Il faut que tout croule à l’intérieur, pour y faire place nette de toute impureté.

 

On voit bien la différence essentielle entre la perle essentielle et la perle de culture, dont le centre est un débris, un grain de sable.

 

Les huitres n’ont pas d’yeux ni de canal lacrymal. Les huitres ne sont qu’un muscle et des nerfs, mais cela est sensible comme tout le monde, quoi qu’en pensent les encyclopédistes et les singes en blouse.

 

L’huitre pleurait des larmes de sang, ce que les hommes en blouse tiennent pour impossible.

 

Le vide de l’absence et de l’éloignement, le mal d’amour, le désir toujours inassouvi de fusion, la peine de voir le mal paisiblement régner, foraient un puits au centre de son être, où se déversaient comme aspirées les poussières mortes qui gravitaient devant elle.

 

C’étaient ses résistances qui passaient au four de sa douleur, le ciment de ses murailles et des ses regrets, les vouloirs et les espoirs, car rien n’est simple à une pauvre huitre rivée au sol, empêchée de tout mouvement, comme les humains représentent leur Christ, cloué de toutes parts.

 

Les hommes, eux, croient pouvoir échapper à leur destinée, parce qu’ils se déplacent, remuent et font du vacarme et de la fumée, mais ce n’est qu’illusion. Les humains, comme les huitres, et le dieu qu’ils ignorent superbement, sont fixés au point qui leur est assigné. Certains peut-être porteront une manière de perle, et d’autres non. Encore, certaines perles seront-elles difformes et affreuses à voir.

 

Des perles dont le noyau serait de viles préoccupations existentielles, même soigneusement polies au dehors, ne sont que de vulgaires cailloux.

 

Jour après jour, nuit après nuit, mais y a-t-il un jour et une nuit dans le fond sous-marin, après que les poisons du désir d’exister aient tous été brûlés dans sa chair vive, le vide devint une évidence, une sorte de plénitude. L’absence se changea lentement en présence, la peine en joie, le désespoir en contentement.

 

Comme une mère resserre son attention sur le germe de l’invisible enfant qu’elle sent remuer en elle, l’huitre concentra tout ce qu’elle était sur ce pur rien qui l’habitait, après s’être formé une demeure à sa mesure, et consacra toute son énergie à le couvrir de son immense tendresse.

 

Elle commença alors à enrober ce vide radiant de très fines  couches de carbonate, comme autant de voiles de lumière, délicatement posés sur ce noyau précieux.

 

Tout, je te donne tout, pensait-elle. Je n’ai plus rien à moi, plus rien de moi ne subsiste dans cet ensevelissement, ce bouche à bouche, ce cœur à cœur. Parce que tu n’es rien, tu es partout. Tu es en moi, et tu es moi, plus grand que moi, et ton absence qui est l’absolue présence transcende tout.

 

***

 

Bien des années plus tard, après que la ferme ait été ruinée par une maladie foudroyante qui ravagea la plupart des huitres et mit les poissons-chiourmes, les maquereaux et les requins du voisinage mis au chômage, une forme mince et brune apparut un jour dans les récifs de la côte. Elle lâchait parcimonieusement quelques bulles d’air, fouillant les rocs acérés et les fonds boueux.

 

Ostréale était bien vieille, à ce moment là, et ignorante des légendes d’autrefois, elle se demandait quel était cet être qu’elle apercevait de son repli de rocher. Sa vieille carcasse était cependant inondée d’une sève encore tiède. Autant elle s’était prudemment repliée au maraudage des poissons-smith, pour n’être pas découverte, autant elle souhaitait ardemment être aperçue de ce drôle de poisson là, qui semblait curieux mais pas dangereux.

 

Il descendait souvent, et remontait, scrutant les débris de la ferme, et remontait parfois une huitre survivante.

 

« Prends-moi, prends-moi, regarde, je suis là », émettait-elle de toutes ses forces. « Regarde, tourne les yeux vers moi, pose ton regard sur ton humble servante ».

 

Ignorant ce qu’était un ange, elle brûlait cependant de cette fièvre qu’ont connue toutes les huitres perlières de toutes les époques, au temps de la moisson.

 

« Regarde-moi, pose les yeux sur ma pauvre carcasse, et détache-moi de cette misère où je suis depuis l’éternité ».

 

Telle fut la prière de Prométhée dont un aigle mangeait le foie.

 

« Arrache-moi de mon rocher, je t’en prie, je n’en peux plus, j’ai tout donné, je ne suis plus rien, je suis toute à toi.

 

Rien que …

 

… cette perle, cette perle sublime qu’enfin tu aperçois, Seigneur, et qui est entièrement moi, mais vidée de moi, comme tu peux le constater, moi sans moi, en somme, moi délivrée de moi, et pleine de ton unique splendeur », songea-t-elle lorsque les doigts habiles la saisirent enfin et que la lame rapide la détacha de la muraille, pour la fantastique remontée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Vieux Jade - dans extrême
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commentaires

HLB 30/09/2013 17:40


Génialissime petite nouvelle ! 


Ce n'est pas parce qu'on ne dit mot qu'on en pense rien, bien au contraire...autrement dit, je passe souvent ici sans laisser d'autres traces qu'à google..mea culpa car s'il y a un seul endroit,
une personne, à qui je voudrais rendre hommage c'est à ces petits billets d'humeurs, ces contes et autres délices pour l'esprit... J'ai déjà dû le dire mais merci, tout simplement. Vous êtes
quelqu'un de qualité comme on en trouve malheureusement très peu. 


 

Vieux Jade 30/09/2013 19:32



Ha bin là, je vois d'abord pléthore pléthorique : génialissime, et je me dis : attention VJ, tu vas te faire péter les chaussetes, tant que la circonférence des chevilles va en mettre un coup.


Heureusement, je suis pieds nus. Ouf que !


Non, je plaisante, et puis je l'ai bien mérité puisque je me suis lamenté en public : personne y m'aime, ouin ouin.


Maintenant qu'on me dit qu'on m'aime, j'ai pas le droit de faire ma coquette, non. Alors, késsk'on dit VJ ?


Merci. Merci, je suis content que ça vous plaise. Ça veut dire qu'on est moins seul, vous et moi. Et c'est bon de savoir qu'on est pas seuls.



Toto 11/09/2013 17:35


Je me sens très proche de cette huître, mais je n'ai pas encore atteint le vide il me semble. C'est un récit magnifique et bouleversant à la fois.


Merci énormément pour ce moment de beauté et d'amour que vous partagez avec vos lecteurs.

Vieux Jade 12/09/2013 07:23



Le vide est là, c'est comme la lune dans la chanson de Trenet, et la perle se fait quand même. Merci.



Ned 10/09/2013 15:43


Un grain, que dis-je une mini perle d'Amour placée au cœur d'une huître en attente nous fera -t-il (elle ?) une perle digne de la plus belle des "Jade" ?


Amitiés à vous deux .

Vieux Jade 10/09/2013 17:35



Oui, sans doute. Il faut se souvenir de l'art de la laque. L'empilement des couches, d'une grande minceur donne un sentiment de profondeur. Les innombrables couches de carbonate qui se déposent
sur la perle font de même. Sans doute que chaque jour qui passe sur nos interrogations essentielles et le "dépôt" en nous ajoute une nouvelle épaisseur où le Regard se délecte.



Matthieu 10/09/2013 15:03


Bonjour VJ;


Tes histoires font preuve d'une éloquence et d'une pédagogie telle que cela m'amènent à penser que tu aurais certainement pu être... Enseignant ou éducateur.


Ce que tu fais finalement à ta manière avec ton blog.


J'envie ton style !


 


Bonne continuation.


 

Vieux Jade 10/09/2013 17:29



Très juste. Parfois, je me demande à quelle catégorie naturelle j'appartiens; c'est sûrement ça : homme de parole, donc une fonction synaptique.



elba 08/09/2013 11:10


Superbe, VJ ! J'étais venue dans votre jardin pour m'y reposer un peu et aspirer une bouffée d'air frais. Voilà qui est fait avec cette magnifique histoire de perle.


J'ai bien souri au passage : "l'ombre, ici l'ombre... etc."


Pour les huitres, qu'est-ce qu'on en sait si elles voient ou versent des larmes ou pas ? ... si ça se trouve, elles voient à travers leur muscle. Les humains sont bien pédants qui prétendent tout
connaître !


Un bisou pour vous en ce dimanche ensoleillé. Un merci aussi, pour cette jolie histoire. J'attends patiemment la prochaine. D'ac ?

Vieux Jade 08/09/2013 21:43



La prochaine, c'est vers huitre huitre et demi environ :)



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

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Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

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***

 

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***

 

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***

 

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***

 

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***

 

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***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

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***

 

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***

 

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***

 

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***

 

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***

 

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C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
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CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.