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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 15:13

L’ évangile des Douze aurait été reçu par inspiration par le révérend Ouseley à partir de 1881 et publié en 1902. Je suis personnellement très réticent à tout ce qui arrive par ce genre de canal. En dehors de son contenu même, il y a un fait troublant qui plaide pour l’authenticité de ce texte : le verset 6 du chapitre 19, est identique à un logion retrouvé en 1945 dans l’évangile de Thomas, log 81 : Jésus dit: « Je suis la lumière, celle qui est sur eux tous. Je suis le Tout, et le Tout est sorti de moi et Tout est revenu à moi. Fends le bois: je suis là; soulève la pierre et tu m'y trouveras. »

Mais cette phrase figure également dans les fragments des papyrus d'Oxyrhinque, découverts à partir de 1896. Plutôt qu'une prémonition, l'inspirateur pourrait avoir eu vent de fragments entre 1896 et la première publication et les glisser dans le texte pour tenter de l'authentifier. Un faux habile. Le doute reste donc de mise*.

 

Ce recueil, qui aurait été caché au Tibet (aïe) montre un Jésus ami de tous les êtres vivants, mangeant des fruits, des graines et des céréales, toutes choses accomplies et non tranchées dans leur existence, buvant du vin, ennemi résolu des meurtres sacrificiels. 

  

J’ai choisi cet extrait car il me rappelle l’acte héroïque – insensé, pour beaucoup – de Frederic Nietszche à Turin :

    

« Et il advint que le seigneur partit de la ville et passa par les montagnes avec ses disciples. Et ils arrivèrent à une montagne dans les chemins étaient raides, et là ils trouvèrent un homme avec une bête de faix.

Mais le cheval** était tombé car il était surchargé et l'homme le frappait jusqu'au sang. Et Jésus vint à lui et lui dit : « Fils de cruauté, pourquoi frappes-tu ta bête ? Ne vois-tu pas qu’elle est trop faible pour sa charge et ne sais-tu pas qu'elle souffre ? »

Mais l'homme répondit ainsi : « Qu'as-tu à voir avec ça ? J'ai le droit de frapper autant que cela me plaît car elle est à moi et je l'ai payé une belle somme d'argent. Demande à ceux qui sont avec toi, car ils sont de ma connaissance et le savent bien. »

Et certains des disciples répondirent : Oui seigneur, c'est comme il le dit. Nous avons vu quand il l'a acheté. Et le seigneur reprit : « Ne voyez-vous pas maintenant comme elle saigne, et n'entendez-vous pas non plus comme elle se plaint et se lamente ? » Mais ils répondirent : « Non, seigneur, nous ne l'entendons pas se plaindre ni se lamenter. »

Et le Seigneur était triste et dit : « Malheur à vous à cause de la lourdeur de votre coeur, qui n’entendez pas comment elle se lamente et pleure pour demander la pitié du créateur céleste, mais trois fois maudit soit celui contre lequel elle pleure et se plaint de sa douleur. »

Et il s'avança et la toucha, et la jument se releva et ses blessures étaient guéries. Mais alors il dit : « Va maintenant en chemin ; ne la frappe plus jamais, si toi aussi tu veux trouver grâce. »

Et voyant les gens venir à lui, Jésus dit à ses disciples : « A cause des malades, je suis malade. À cause des affamés, je suis affamé ; à cause des assoiffés, je suis assoiffé.

Je suis venu mettre fin au sacrifice et aux fêtes sanguinaires. Et si vous n'arrêtez pas d'offrir et de manger de la chair et du sang, la colère de Dieu ne vous quittera pas, exactement comme elle est tombé sur vos ancêtres dans le désert, eux qui avaient envie de chair et qui mangèrent en effet à satiété***, et furent emplis de pourriture, et furent consumés par la peste. »

 

DSCF0005b.JPG

 

  * Voici ce qu'en disait René Guénon :

"Il y a mieux encore : ce n'est plus seulement la liturgie, c'est maintenant l'Évangile lui-même qui est altéré, et cela sous prétexte de retour au « Christianisme primitif ». On met en circulation, à cet effet, un prétendu Evangile des Douze Saints ; ce titre nous avait fait supposer tout d'abord qu'il s'agissait de quelque Évangile apocryphe, comme il en existe un assez grand nombre ; mais nous n'avons pas été longtemps à nous rendre compte que ce n'était qu'une simple mystification. Ce prétendu Évangile, écrit en araméen, aurait été conservé dans un monastère bouddhique du Thibet, et la traduction anglaise en aurait été transmise « mentalement » à un prêtre anglican, M. Ouseley, qui la publia ensuite. On nous dit d'ailleurs que le pauvre homme était alors « âgé, sourd, physiquement affaibli ; sa vue était des pires et sa mentalité fort ralentie ; il était plus ou moins cassé par l'age » ; n'est-ce pas avouer que son état le disposait à jouer dans cette affaire un rôle de dupe ? Nous passons sur l'histoire fantastique qui est racontée pour expliquer l'origine de cette traduction, qui serait l'oeuvre d'un « Maître » qui fut autrefois le célèbre philosophe François Bacon, puis fut connu au XVIIIe siècle comme l'énigmatique comte de Saint-Germain.' Ce qui est plus intéressant, c'est de savoir quels sont les enseignements spéciaux contenus dans l'Évangile en question, et qu'on dit être « une partie essentielle du Christianisme originel, dont l'absence a tristement appauvri et appauvrit encore cette religion ». Or ces enseignements se ramènent à deux : la doctrine théosophiste de la réincarnation, et la prescription du régime végétarien et antialcoolique cher à certain « moralisme » anglo-saxon ; voilà ce qu'on veut introduire dans le Christianisme, tout en prétendant que ces mêmes enseignements se trouvaient aussi jadis dans les Évangiles canoniques, qu'ils en ont été supprimés vers le IVe siècle, et que l'Evangile des Douze Saints a seul « échappé à la corruption générale ». A vrai dire, la supercherie est assez grossière, mais il en est malheureusement encore trop qui s'y laisseront prendre. "

 

** La présence du cheval est également curieuse à cette époque et en ce lieu.

 

*** L'interprétation classique de l'épisode est plutôt qu'ils se goinfrèrent et moururent de n'avoir pas su réfréner leur fringale.

 

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Published by Vieux Jade - dans fleurs des champs
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commentaires

Miche 06/01/2011 05:01


Lorsque la Parole est juste, les pouvoirs en place cherchent à la dissimuler.
Pour autant, c'est en nous, par-delà le bruit de nos cogitations qu'elle se dit le mieux.
Là, nous reconnaissons quand elle se dit par la bouche d'autrui.


Narf 05/01/2011 19:18


Korrigan! Pour la version baroque, tu as quelques précisions ou indice? Les textes, j'm'en fous un peu,(désolée!) mais la musique, ça , ça m'intéresse!!


Korrigan 05/01/2011 10:20


A propos du « Miserere », cette œuvre fut confisquée par la papauté durant de nombreuses années, interdite au peuple.
Son audition avait lieu une fois l’an au cours de la Semaine Sainte, chanté à la fin de l’Office des Ténèbres dans une chapelle où l’on éteignait progressivement les cierges.
Pour les mélomanes, et les autres, je suggère la version telle qu’on devait la chanter au milieu du XVII ème, version baroque, pour comparaison avec la version plus connue telle qu’on devait la
chanter fin XVIII ème.

Précision quant au terme « se réfugier » c’est dans l’esprit refuge montagne.

Korrigan


Vieux Jade 06/01/2011 10:42



Merci pour ces précisions.



danielleg 05/01/2011 10:15


Mais non j'avait pas vu!
Vous avez donc des petits chiens a placer?


Vieux Jade 06/01/2011 10:40



Non non, cette photo a 10 ans, les petits sont grands, la maman est morte et l'âne a pris un coup de vieux...



Korrigan 04/01/2011 17:47


Voilà un texte réflexif qui m’amène à l’esprit cet ouvrage du Père Thivollier « Toi qui cherches, toi qui doutes ».
Pour cette soirée je vais me réfugier chez Gregorio Allegri dans son « Miserere ».

Korrigan


Vieux Jade 04/01/2011 17:55



http://fr.wikipedia.org/wiki/Gregorio_Allegri


Bonne soirée.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.