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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 10:32

L'art du conteur est de dire mille choses en une, d'ouvrir des portes tout en les cachant.

En voici un exemple très connu, mais combien ont su le lire ?

 

Le nom du brave monsieur Seguin donne le ton. Si les étymologies officielles balancent entre SIG WIN, l'ami de la victoire, le plus douteux, et surtout dans ce contexte, et le scieur, de la sègue méridionale, le plus probable, phonétiquement le mot appartient à la famille de sequare, suivre, qui a donné entres autres le mot second, qu'on prononce seguond.

 

Et le mouvement du scieur est toujours le même, du matin au soir, qui débite ses morceaux de bois. C'est le mental qui analyse, la raison qui, comme le dit Jean Charon, se base sur le connu pour avancer.

 

M. Seguin est un brave homme. Pas un homme brave. L'histoire dit de la chèvre qu'elle était brave, elle, oui, qui a cherché sa voie vers les hauteurs, alors que M. Seguin, ce brave homme, n'a jamais quitté son enclos, et y enfermait son avoir.

 

M. Seguin est un suiveur. Un mouton.

 

L'appel de la montagne rappelle l'ascension du Mont Analogue par René Daumal. Irrésistible appel qui mène à l'accomplissement de la destinée, malgré la peur. Monter là-haut, c'est renoncer à la routine et à la pensée conforme. Mais qu'ont toutes mes chèvres ? se demande le pauvre bougre pour lequel l'existence en cage constitue tout l'horizon. Que peut-on aller faire dans la montagne, quand le loup y rôde ?

 

Nous sommes tous partagés entre l'enclos et le large, le conformisme de Seguin et l'envolée de la chevrette blanche.

 

Puis soudain, rien ne nous retient plus, et nous partons. La chèvre, c'est l'élan du coeur, l'intuition, l'imagination débridée.

 

Au  creux de l'après-midi, une rencontre : l'ami sauvage, un chamois noir qui déjà préfigure le terrible loup, la nature ambiguë.

 

Et puis, au soir, quand la nuit tombe, on mesure le chemin parcouru depuis qu'on est sorti du placard miteux : pauvre petite chèvre, maintenant seule face à l'horreur révélée, les oreilles dressées, les yeux luisants.

 

Daudet sert généreusement les indices, les clefs de l'histoire. Luisant, c'est lumineux. Le loup, en symbolique alchimique, c'est lukos, lux, la lumière.  

 

La redondance montre que le loup, c'est la révélation, l'éblouissante lumière qui se cache dans les ténèbres. Trop de lumière, d'insupportable lumière.

 

Toute la nuit, la chèvre, la septième petite chèvre, la septième, comme par hasard, oppose ses cornes à l'assaut de la bête, comme un certain Jacob a lutté toute une autre nuit, ou la même, peut-être, contre un ange dont l'histoire ne dit pas s'il était noir et écumant, ou lumineux.

 

Le loup, à coup de dents, enlève peu à peu la substance de la chèvre, arrache ses peaux, la dévoile, en extrait l'essence.

 

Ce n'est qu'à la fin de la nuit que le monstre se transforme et que la petite chèvre abandonne la lutte, car elle sait maintenant  ce que dissimulait le monstre, qui n'était que la somme de ses peurs.

 

Daudet insiste bien : elle se battit toute la nuit, et puis le matin, le loup la mangea. Tu m'entends bien Gringoire ?

 

As tu des oreilles pour entendre le conte ? Entendre que cette histoire pour enfants est l'histoire véritable de ceux qui refusent de vivre enclos ? Qu'après la traversée de la nuit, il y a un matin, et qu'au matin, le combat cesse enfin, et qu'enfin les deux font Un ? 

 

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Published by Vieux Jade - dans légumes verts
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commentaires

Miche 13/11/2011 05:03


Ahhhh, INSUBORDINATION et non le contraire, encore que...
on paie bien plus cher les "subordinations"!

o))))


Vieux Jade 13/11/2011 10:17



Oui, bien plus cher.



Miche 13/11/2011 05:01


Tiens, plusieurs fois ces temps derniers cette histoire de la Chèvre de Mr Seguin a fait parti du décor.
Vous en avez, cher Vieux Jade, une lecture symbolique qui me plait bien.
Je me souviens de la première fois, où j'ai entendu cette histoire. ET diantre comme j'étais d'accord avec cette chèvre, surtout ne pas se laisser enfermée !
Evidemment, cette histoire de se faire manger par le loup, ça me faisait quand même un peu peur ! Lollllll
Mais bon, j'en ai conclu qu'il y a un prix à payer pour toute subordination.
Bien à vous, VJ


Vieux Jade 13/11/2011 10:17



J'adore Alphonse Daudet. Les Trois messes basses, c'est du génie à l'état pur.



vieux jade 12/11/2011 12:41


A la relecture, je m'aperçois non sans une certaine délectation que j'ai qualifié M. Seguin de bougre. Qu'est-ce qu'un bougre ? Equivalant à bulgare, il désignait d'une part des hérétiques
manichéens, et dans un sens plus vulgaire, un sodomite d'un genre particulier, celui qui baisait des chèvres. Peut-être par assimilation aux adorateurs de Satan qui étaient censés lui baiser le cul
sous la forme d'un bouc ?
Enfin, le lape suce me semble bien éclatant. Pauvre bougre de mouton, pauvre mari marri, il n'arrivait à retenir aucune de ses chèvres, qui toutes lui préféraient le loup.


Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.