Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 08:54

am_3-1-.JPG

 

L'esprit souffle où il veut, dit l'évangile de Jean.

 

S'il y a des lieux où l'esprit soufflait et veillait, c'est bien dans ces lieux maintenant presque tous fermés : les bistrots.

 

Il avait peut-être pas toujours les ailes bien blanches, cet esprit là...

  

Dans les villages de mon enfance, il y avait des classes sociales évidentes et bien définies. Mais dès 5 heures du soir, tous les mâles se mettaient en mouvement pour rallier le port. C'est qu'il y en avait de nombreux, des ports. Certains cabotaient d'une jetée à l'autre, posant la pêche de la journée, c'est-à-dire tout ce qu'ils avaient pu observer de drôle ou de pitoyable, leurs joies ou leurs misères.

 

C'était un temps de parole. De la parole il ne reste rien. Dans les boutiques où l'on fait profession de parler, les invités sous surveillance disposent d'un temps de parole. Dans la rue, les gens vous disent des mots étranges venus d'ailleurs, des mots qui ne disent rien, des mots perroquets, des mots emballages, des mots crevés et usés qui ne leur appartiennent pas. Des mots prêtés par les banques, des mots d'usurier. 

 

Dans les bistrots, quel que soit l'orateur, c'était avec des mots vivants et charnus qu'il parlait. Et les plus drôles, les plus fins inventaient des hymnes homériques pour distraire une galerie rompue à tous les arts de la gaudriole.

 

Dans les bistrots, il y avait des tables attitrées. A la table du pharmacien, du toubib ou de l'assureur, on buvait du ouiski, boisson de riches, et du champagne parfois, si l'un perdait un pari ou fêtait un truc rare. A la table du garagiste et du marchand de guenilles, du ricard. A celle des ouvriers, du rouge ou du blanc.

 

Et les tournées ronflaient. A mesure que les nez rougissaient, le volume sonore grimpait en flèche. Puis commençait le bal des invectives, des joutes verbales, le hurlement des rires, de table en table.

 

Je témoigne qu'à dix-huit ou vingt ans, j'ai assisté à quelques uns des spectacles les plus drôles, les plus cocasses auxquels il m'ait jamais été donné d'assister. La verve naturelle, l'humour le plus ravageur, la pantomime, l'amitié, la compassion - on va t'aider mon pôvieux - dans un nuage de tabac.

 

Ces hommes étaient comme des gamins auxquels la maîtresse aurait donné le droit de dire toutes les bêtises. C'était mille fois plus drôle que les amuseurs autorisés par les tristes banquiers du trust de l'audiovisuel.

 

Clin d'oeil à Mme Yog, il semblerait que l'art de la biture soit un petit cousin du yoga !

 

Comme toujours, la médaille avait un revers : des femmes qui attendaient leur poivrot, lequel dépensait fastueusement l'argent du ménage. Des gens qui ont bu jusqu'à en crever. Des bagarres grossières et avinées, parfois, que les autres s'employaient à arrêter.

 

Mais ça ne m'a jamais semblé pire que la guerre et le mépris des pseudo puissants qui maintenant éclate de partout. Et, si je ne vais plus dans ces endroits où ne subsistent que des vieillards et des chômeurs dynastiques coincés devant le bar ou la télé, je mesure la distance qui nous sépare de ce monde vivant et coloré de la grisaille actuelle.

 

Un peu comme quand on quitte un pays du tiers-monde, comme on dit, pour atterrir à Paris, le monde de la pourriture grise et des visages effondrés.

 

 

 

PS : vous ne me verrez pas ces jours prochains. M'en vais à Limoges. Me v'la limogé.

Partager cet article

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans compost
commenter cet article

commentaires

LLéa 16/12/2010 21:08


Bonsoir ,


Ah ..... les jolis petits bistrots de village . L'hiver bien au chaud près de la cheminée a écouter les périples de la semaine des uns , des autres . La cuite ne faisait pas de victimes , les pieds
servaient de véhicule . Nostalgie ....


Attention les oreilles !

Mon papi , lorsqu'il rentrait de sa tournée , le samedi , tard le soir , il se trompait parfois de porte et faisait pipi dans le placard a provisions . Mamie était furax !


Bises , Léa .


Vieux Jade 16/12/2010 22:22



Bistro, c'était un mot russe pour dire : vite ! parce que les soldats de napoléon gelaient sur place, et ensuite les poivrots chroniques disaient : vite. Alors que l'important c'est le temps qui
s'écoule entre chaque tournée. Une tournée ça rappelle les cycles et les galaxies encore une fois. J'exagère ?



Benoit 16/12/2010 10:51


Bonjour vieux jade,

Dans mon petit village de Camares dans le Sud Aveyron, existent toujours deux cafés ... Crise oblige, ils sont un peu moins fréquentés. Cependant, nous y partageons toujours de grands moments, des
instants "gazette du village" où l'on prend les nouvelles des uns et des autres.

Clope au bec (nous résistons) nous parlons chasse, nature, météo, politique, cela sans se disputer pour savoir qui va payer la tournée suivante. Les habitués du menu de midi ont leur place et en
cuisine "Fred" assume les goûts et couleur de ses joyeux blagueurs. Nous avons presque tous un petit surnom !

La vie est belle et est partagée sans réserve. Taquineries, et bonnes blagues, respect des ainés dont on force le rajeunissement ...

Tu viens quand tu veux au café du commerce du Bled, c'est une pièce rare !


Vieux Jade 16/12/2010 11:32



Bravo pour votre résistance. Qui sait, il n'est pas dans les projets d'aller voir le Sud de l'Aveyron, mais si un jour on est dans le secteur, promis, on s'arrêtera.



Miche 16/12/2010 06:08


En lien, avec l'article précédent... moi, j'aime bien venir passer un moment dans le bistro à Vieux Jade, question d'ambiance, de gouaille, enfin c'est un tout ! Et c'est aussi simple que ça !


Vieux Jade 16/12/2010 08:22



Et une tournée !



Narf 15/12/2010 14:24


Sur un billet précédent, Vincent citait la vie sociale plutôt préservée dans les bistrots Bretons... je confirme que l'arrière pays héraulté voit de plus en plus de lieux ralliement conviviaux
s'ouvrir... par chez nous, cela semble répondre à un besoin "alternatif", social, culturel, qui se confirme de jours en jours: les gens accueillent chez eux en invitant des artistes, chacun amène
son plat, sa boisson... des associations investissent les usines désaffectées, les chapelles, es remises, pour des concerts au chapeau, des tas de festivals dans les petits villages... les
initiatives débordent de toutes parts... les gens ont soif d'autre chose, sûr.


Vieux Jade 16/12/2010 08:21



Quand ce monde aura sombré, les survivants redeviendront des humains. Mais on peut aussi le rester dès aujourd'hui.



danielleg 15/12/2010 12:54


Coucou yog et bises aussi.


Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.