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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 11:36

J'ai commencé la lecture de Abel ou la traversée de l'Eden, de Marie Balmary. Elle lit les textes fondateurs du christianisme et les textes grecs originels dans leur langue, grec ancien, hébreu, et c'est assez vivifiant. Tout l'édifice poussiéreux de la religion moralisatrice s'effondre. En dessous, coule une source limpide.

 

Elle déboulonne bien des rambardes, renverse des barrières, doucement, tranquillement, patiemment, étudie les successives déclarations des droits de l'homme, et y découvre que le but maintenant officiellement proposé à l'homme, c'est une existence d'où toute transcendance, toute référence à une vie supérieure sont bannies : l'homme n'est qu'un animal amélioré dont la destinée cesse à la mort du corps, et dont le but est l'insertion optimale dans le groupe. Mouton parmi les moutons, quoi.

 

On s'en doutait, elle montre que c'est officiel.

 

Voici un extrait intéressant, concernant Freud et la psychanalyse :

 

Relisant la biographie de Jones, je fus intriguée par une anecdote de la vie de Freud à laquelle je n'avais jamais prêté attention :

 

«  En 1906, à l'occasion du 50e anniversaire de Freud,son petit groupe de disciples viennois lui offrit une médaille gravée par le fameux sculpteur Karl Maria Schwerdtner. À l’avers, le profil de Freud, au revers, un motif représentant Oedipe répondant au sphinx. Sur la tranche, ce vers de l'Oedipe roi de Sophocle : Os ta klein ainigmat èdei kratistos èn aner (Qui résolut l'énigme fameuse et fut un homme de très grand pouvoir).

Quand Freud me la montra quelques années plus tard, je lui demandai de me traduire cette citation car je n'avais plus qu'un souvenir bien vague de mon grec. Mais, modestement, il me dit de m'adresser à quelqu'un d'autre. Un curieux incident s'était produit à la remise dudit médaillon. En lisant l'inscription, Freud pâlit, s’agita et, d'une voix étranglée, demanda qui y avait songé. Il se comporta comme s'il avait rencontré quelque revenant et c'est bien ce qui est arrivé. Ferdern dit à Freud que c'était lui qui avait choisi la citation, alors ce dernier révéla que, jeune étudiant à l'université de Vienne, il avait coutume de déambuler dans la grande cour et de regarder les bustes d'anciens professeurs célèbres. C'est alors que, non seulement il avait eu le fantasme d'y voir son propre buste futur, mais encore qu'il avait imaginé ce buste portant exactement les mots qui se trouvaient sur le médaillon. »

 

Je suis retournée à la pièce de Sophocle et il m'apparaît aujourd'hui que Freud, en lisant les mots gravés sur sa médaille, avec une tout autre raison de pâlir s’il se souvenait de leur contexte. Je relis ce vers, tel que Jones le rapporte : « Qui résolut l'énigme fameuse et fut un homme de très grand pouvoir ».

 

Ceux qui croyaient par là honorer Freud commettaient un étonnant contresens. À moins que ce ne soit de leur part grave avertissement (inconscient) à la psychanalyse… Ces mots grecs sur la médaille arrivent à la fin de l'Oedipe roi, au moment Œdipe a tout découvert : sa véritable identité et ses crimes. Fou d'horreur et de douleur, il va, il vient, demandant où il pourra trouver l’épouse qui fut aussi sa mère et celle de ses enfants. Soudain, ils se rue dans la chambre, et là il trouve Jocaste pendue au lit. Il dénoue la corde et couche le corps sur le sol. Arrachant alors l’agrafe qui retenait les vêtements de la morte, ils s’en frappe les  yeux. Et c'est ainsi qu'il apparaît, maintenant, à la dernière scène, défiguré, sanglant, les yeux crevés. Le choeur, bouleversé par l'extrême malheur de son roi, le plaint et l'interroge :

 

« Qu'as-tu fait ? Comment as-tu pu détruire tes prunelles ? (…) Mieux valait pour toi ne plus vivre que vivre aveugle à jamais. »

 

A cela Oedipe répond :

 

« Ah, ne me dis pas que ce que j'ai fait n'était pas le mieux que je pusse faire ! Épargne moi et leçons et conseils. Et de quels yeux, descendu aux enfers, dussé-je, si je voyais, regarder mon père et ma pauvre mère, alors que j'ai sur tous les deux commis des forfaits plus atroces que ceux pour lesquels on se pend ? »

 

Finalement, le choeur s'adresse au peuple et la tragédie s'achève sur ces mots :

 

Le chœur : « Regardez, habitants de Thèbes des pères, le voilà, cet Oedipe, cet expert en énigmes fameuses qui était devenu le premier des humains. Personne dans sa ville ne pouvait contempler son destin sans envie. Aujourd'hui, dans quel flot d'effrayantes misères est-il précipité ! C'est donc ce dernier jour qu'il faut, pour un mortel, toujours considérer. Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin. »

 

Les mots offerts à Freud sur le médaillon ont bien désigné Oedipe, mais loin d’être prononcés à sa louange, ils sont en contraste, pour mieux faire ressortir l'épouvantable malheur du roi. Cet Œdipe, si intelligent devant les énigmes et si puissant parmi les hommes, regardez-le, habitants de Thèbes (« des pères », dit le texte grec, car les habitants, eux, ont des pères), regardez dans quel flot d'effrayantes misères il est précipité… Étrange cadeau d'anniversaire que ces mots d'une affreuse dérision pour un Grec. Freud le savait-il ? Serait-ce pour cela qu'il est devenu pâle en recevant la médaille et que, plus tard, il n'a pas voulu traduire la phrase pour Jones ?

 

Ainsi donc, notre culture - et même ici un de ses plus éminents représentants - souffrirait d'une méconnaissance. Elle ne saurait plus lire le bonheur comme bonheur, le malheur comme malheur. Mais au point d'offrir en cadeau, gravés, inaltérables, des mots qui, dans la culture où ils ont été pris, dénoncent l'illusion tragique du bonheur mensonger, cela m'a semblé remarquable, venant de ceux qui sont supposés voir plus clair que d'autres, entendre mieux.

 

 

Marie Balmary : Abel ou la traversée de l’Eden

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commentaires

Hélios 14/09/2013 15:06


Freud, le fraudeur :


 


http://bistrobarblog.blogspot.fr/2013/02/sigmund-freud-le-fraudeur.html


 


Bises

Vieux Jade 14/09/2013 19:19



Sans parler de ses freudaines :)



Ned 14/09/2013 13:35


Est-ce donc la "raison" pour laquelle à l'école "on" apprends que : Heureux qui comme Ulysse ...

Vieux Jade 14/09/2013 13:44



Je l'ignore. Comme Ulysse, Joachim du Bellay avait le mal du pays :


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.


 


Mais la terre qu'Ulysse recherchait désespérément, c'est celle de l'Origine, au delà de ce monde.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.