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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 18:49

Je suis passé des centaines de fois dans ce couloir, sans jamais y avoir remarqué cette porte. Une petite porte de bois toute simple, peinte en faux bois.

 

Je suppose qu’elle a toujours été là, et que tout simplement, je ne l’ai pas vue.

 

C’est simple, on ne voit que ce qui nous fait signe. Tout le reste nous échappe. Ce matin là, vers onze heures, alors que je passais dans le couloir, la porte m’a dit : Regarde, je suis là. Ouvre- moi. Je l’ai ouverte.

 

J’étais dans une petite pièce sans autre issue qu’une petite fenêtre vermoulue et poussiéreuse qui laissait entrer juste assez de lumière pour que je n’aie pas besoin d’allumer. J’ignore si j’ai ou non refermé.

 

Devant moi, il y avait des cartons, de ces vieux cartons d’archives avec des dates inscrites, et un portant, comme on en trouve dans les magasins de vêtements. Plein de vieilleries. Des robes, surtout, des tailleurs, de vieux ensembles de femmes, mais aussi des costumes d’hommes, surannés, démodés, des costumes noirs, bleus et marrons avec des fils blancs entrecroisés comme j’en voyais aux enterrements au temps de ma jeunesse, lorsque l’on mettait encore ses habits du dimanche pour toutes les grandes occasions.

 

Des vêtements de grands-pères et de grand-mères, des châles, des hauts aux épaules rembourrées, et j’hésitais à les toucher, tant ça sentait la vieillerie et la poussière.

 

Soudain, j’aperçus une robe verte qui à son tour me faisait signe, dans cette masse silencieuse. J’écartai les cintres voisins, et sortis une robe d’été d’un vert d’émeraude. Et soudain je me revis, je nous revis dans cette chambre qui se trouvait au dessus d’un restaurant, où nous nous sommes défaits pour la première fois de nos vêtements, où j’ai défait un à un chaque bouton de sa robe verte, pour découvrir son dos mince et brun, j’étais comme suffoqué, et son souvenir entier est revenu, ses cheveux, lourde masse de bronze clair, ses hanches, son parfum, même. Et c’était à la fois précis et flou, comme si la distance était impossible à franchir. Mais pourquoi revenir ? Je haussai les épaules. Ce qui est mort est mort. Mes doigts et mon regard erraient encore, et peu à peu je reconnus d’autres vêtements, et tous me disaient : moi, et moi, te souviens-tu ? Et je revoyais ces scènes jusque là enfouies sous les arrivages journaliers. Et quand je fus accoutumé à cela, je vis que de chaque vêtement, partaient de petits fils presque invisibles dans la pénombre, et que chacun s’accrochait à mon ventre.

 

D’abord, je voulus me dresser et crier, balayer tout cela d’un geste. Et je m’arrêtai. Autour de moi, tournaient des formes impalpables qui disaient dans une sorte de chuchotement : souviens-toi, souviens-toi, ne nous fais pas mourir une fois de plus, nous n’avons plus que cela pour subsister, nous te prenons si peu, si peu, c’est si peu pour un vivant, et tu nous a aimées, disaient les formes de femmes, et tu nous as aimés, disaient les amis évanouis, traîtres ou trompés, et les vieillards, la tante Claire, qui piquait lorsqu’on l’embrassait, ceux des vieux qui perdaient la tête aux fêtes et qui ne savaient même plus mon prénom, parmi tous ces enfants, tu es le fils de qui ? mais qui se souvenaient encore par delà la mort, me reconnaissaient et disaient : n’oublie pas, tu es de mon sang, n’oublie pas…

 

Je ne sais pas combien de temps je suis resté, peut-être que j’ai dormi et rêvé. J’ai entendu des pas et des voix, et des rires. Je me suis mis debout, et mon pied a bousculé un vieux chapeau de feutre. Je l’ai ramassé, et distraitement, tout en cherchant à me souvenir de ce que je faisais ici, dans cette pièce confinée et obscure, j’ai vu qu’il portait un nom sur son bandeau intérieur : A. Pernath. Ca me dit quelque chose, mais c’est vraiment très loin. Car personne n’a porté ce nom dans ma famille.

 

Je suis sorti et j’ai refermé la porte. Je crois que j’ai rêvé, car lorsque je suis revenu, je ne l’ai pas retrouvée. Mais parfois, la nuit, je repense à tous ces souvenirs enfuis, cette femme à la robe verte, son rire, ses pleurs, les vieux qui s’embrassaient puis restaient assis aux mariages, D. qui est mort broyé sous le tunnel de Fourvière, dans sa voiture en panne, et d’autres, dont les vêtements désuets et racornis demeurent dans un réduit de mon cœur, et je leur ouvre les portes de mon ventre, au plus profond afin qu’ils viennent y prendre un peu de vie, et je sais qu’ils me bénissent pour cela.

 

Et puis j’ai vu que d’autres fantômes me hantaient aussi, mais de vivants, ceux-là, d’histoires cassées, effilochées, non achevées, ou pas comme je l’aurais voulu. Sa trace près du canal cet hiver là, ses mèches noisette qui s’échappaient de son bonnet de laine noire, les heures passées et envolées, et ce petit fil encore, par où elle, ou une ombre d’elle restée là dans les rayons de ma mémoire se nourrit. Elle est bien vivante, pourtant et je la rencontre encore parfois.

 

Faut-il tout balayer ?

 

Oui. Je dois sortir du cercle des morts, des ombres du passé, m’en libérer. Je me délecte encore de certains souvenirs, mais je sais maintenant qu’en fait, ce sont eux qui se délectent de ma substance, et de l’énergie que je leur transmets. Je sais aussi que je suis attendu ailleurs, chez moi, et que je n’ai plus de temps à perdre… mais cette porte me hante encore, parfois…

 

 

Texte publié pour la première fois sur ce blog le 29 janvier 2010. 

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Published by Vieux Jade - dans sauvages
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commentaires

sesame 28/12/2011 14:53

Il se trouve que j'ai découvert cette adaptation la semaine dernière !
En lisant ton texte je me suis retrouvé dans l'atmosphère de la chambre close du Golem avant même de lire le nom sur le chapeau...
Au plaisir
Sésame

Vieux Jade 28/12/2011 17:45



C'est sans doute (je ne me souviens plus) qu'en écrivant ce texte j'ai soudain songé à ce thème du golem que j'ai glissé ça en clin d'oeil.



sesame 28/12/2011 13:53

VJ digne descendant d'Athanasius.

Connais-tu l'adaptation du Golem qu'en a faite Louis Pauwels pour la télé en 67 (disponible sur l'INA) ?

http://www.ina.fr/fictions-et-animations/telefilms-et-dramatiques/video/CPF86615332/le-golem.fr.html

Sesame

Vieux Jade 28/12/2011 14:13



Je désespérais :) quelqu'un l'a vu, bravo. Non, j'ignorais que Pauwels l'avait mis en scène. Merci du cadeau.



Narf 28/12/2011 07:34

Bien dit, Danielle! Merci à Toi!! :)

danielleg 27/12/2011 12:07

En tous cas Jade, j'en connait pas beaucoup des personnes comme vous qui s'ouvrent avec autant de simplicité et de confiance c'Est époustouflant!
Narf et LLéa vous aussi vous êtes épatantes!
C'Est un vrai Bonheur de vous connaitre tous, et de vous appréciez! (ben, c'Est comme çà quand on le ressent, il faut le dire! :) MERCI.

Vieux Jade 28/12/2011 07:18



Dans une autre vie, je devais être une huitre ???



Narf 27/12/2011 08:03

Lléa, j'adore les fêtes. Un peu trop c'est vrai. C'était bon et chaud. Je ne voudrais pas que ça s'arrête. C'est une des rares occasions où je peux croiser la famille dans son grand ensemble. C'est
vrai que cela me fait peur et me donne le vertige, que cela donne des perspectives immenses. Comme voir un arbre, de sa plus profonde racine à sa plus haute feuille, avec toutes ses branches et ses
ramifications.

On n'a rien sans rien, tu sais. Je ne comprends pas les gens qui veulent une vie douce et calme comme un nirvana. Je garde ça pour après, quand il sera l'heure. Eviter la nausée, la peste? Non.
Cela ne me tuera pas.

Je respecte Danielle quand elle dit "oubliez le passé", mais cela ne m'inspire pas. Je trouve ça triste. Comme un arbre sans racine. De toute façon, comme dit Huxley: "Le bonheur n'a rien de
grandiose". Je ne crois pas au nirvana sur terre. Je ne crois pas à l'euphorie perpétuelle, bien à la mode, de nos jours. Chacun a le choix et la liberté, c'est génial non?

Comment peux-tu choisir de vivre sans musique?!!! Je sais, tu as celle du vent et des ruisseaux et des oiseaux, et ta musique intérieure, si belle, je n'en doute pas. Mais, comme la famille, la
musique, c'est émouvant. C'est encore aller vers les mouvements de l'âme (et chercher les ennuis, tu vas me dire). Si tu donnes ton adresse postale à VJ, je me charge de te faire livrer des baffles
à domicile. Bises.

Vieux Jade 27/12/2011 08:27



Des baffes ?


Heureusement qu'elle à 2L...:)


ALLez avé mes 2L, moi, je vais travaiLLer.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.