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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 20:20

Voici en quelques images le résumé de la vie tumultueuse d'un homme que j'aime depuis toujours, un bougre de vieux Hollandais qui quitta le moulin paternel pour perdre son temps avec des pinceaux.

 

Rembrandt_aux_yeux_hagards-1-.jpg

 

De cet énergumène au jeune homme timide,

 

rembrandt-1-.jpg

 

à l'élégant bourgeois un peu fat de sa réussite,

 

 

Autoportrait-201640-20National-20Gallery-20Londres-1-.jpg

 

voici l'homme que ravagent la faillite et les soucis :

 Rembrandt1659-1-.jpg

 

Mais où est passé le jeune homme bouillonnant ? Celui-ci l'a t-il mangé ?

 

rembrandt-autoportrait-1-.jpg

 

Non. Le voici, qui revient, le masque ravagé. Ce dernier tableau me touche plus que tout. On dirait non pas Rembrandt peint par lui-même, mais par le pinceau amoureux de James Ensor.

 

470px-Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_142-1-.jpg

 

 

"À quel moment Rembrandt livre-t-il sa vérité ? Sans doute lorsque, comme Van Gogh, Cézanne ou Picasso dans son hallucinant autoportrait de 1972, il regarde son visage, détaille ses traits, scrutant le passage du temps ? Ou bien, lorsque accablé de deuils il interroge différemment le monde, s'enfonce dans le rêve et soumet sa technique, qui n'a plus besoin d'être éblouissante puisqu'il a cessé d'être heureux, à la seule passion de la peinture ?

 

Ce scalpel dans le royaume des humains dont il n'est plus le prince admiré et comblé.

 

Il n'y a pas dans l'histoire de la peinture un artiste qui ait aussi profondément pénétré, avec autant d'incertitudes et d'angoisse, le problème des rapports entre l'homme -c'est-à-dire lui-même- et le monde, entre le peintre et Dieu, entre le langage du moment et l'expression de l'éternité.

 

Sa vie, son art, sont un continuel questionnement ; nul avant lui n'avait découvert que la peinture possédait un tel pouvoir, celui de faire surgir du limon glorieux des couleurs à travers la magie de la lumière et de l’ombre, les effets du clair-obscur, « cette nuit qui se penche au bord de la lumière » comme l'écrivait Henri Focillon.

 

Lueurs tremblantes de la chandelle, reflet du miroir, clarté blafarde du soir dans les vitres de la fenêtre, ou perçant l'obscurité de la chambre, le chaud et resplendissant rayon solaire s'allongeant sur les meubles et le pavement…

 

(…)

 

La touche se fait large, épaisse; la brutalité nerveuse de la main gomme les transparences, dilue les nuances. L'oeil jadis vif est terne, inquiet, de longues rides strient le front, les joues s'alourdissent, les coins de la bouche tombent ; l'ancienne vanité fait place à la résignation. Le rouge et le brun dominent, ils ont l'air maintenant malaxés, écrasés, comme par un maçon. Solitaire, brisé, Rembrandt trouve la situation, lui qui fut le peintre le plus célèbre de Hollande, admiré, aimé, riche, fêté, tellement incroyable qu'il est éclate d'un rire sénile, nerveux, impossible à maîtriser…

 

Il n'est pas très vieux pourtant quand il se peint ainsi, 59 ans, mais il apparaît vingt de plus ! Ce qui a vieilli c’est sa peinture, non point à ses yeux (ni aux nôtrex), ni entre ses mains, mais dans le regard impitoyable de ses compatriotes qui le disent fou, amoral, indélicat en affaires. C'est ça qui secoue Rembrandt de ce rire pathétique et grotesque…

 

Après il se reprendra, et ses derniers autoportraits sont beaucoup plus dignes ; mais cette image restera comme celle où il ne regarde plus rien que le néant. Alors autant cependant de peindre en pitre…

 

Il ne mendie pas la pitié, il la défie, et il offre, lui Rembrandt, en même temps, à l'histoire et au monde, le plus sublime témoignage de la rencontre du destin, de la peinture et du génie. Sans aucun doute la plus vraie. Après cela il ne sera plus possible de feindre, ni de tricher : peindre pour Titien, pour Delacroix, pour Manet, pour Van Gogh, pour Cézanne, ce sera se mettre à nu.

 

La peinture moderne commence avec cette trogne décrépite dont le « rire édenté de vieux lion » bouleversa Vincent ; cette peinture qui n'est quelle même, et dont l'impressionnante alchimie unit le mystère, l'émotion et la grandeur.

 

Peinture de peintre certes, mais aussi témoignage d'homme au bord de l'abîme…

 

Regardons de près ce visage, quel admirable  « morceau » ! Cette boue lumineuse qui s'accroche aux orbites, modèle les pommettes et le nez bourgeonnant, plisse le front et se perd dans l'ombre autour des lèvres, et d'or pâle, de rouille et de sang ; les tons de cuivre évoquant des fonds de chaudron ont, ici et là, des reflets de braise, et se retrouvent jaunis sur le bonnet et le châle couvrant les vêtements de Rembrandt."

 

(Pierre Cabanne, Rembrandt, éd. Chêne).

 

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commentaires

Narf 29/11/2010 22:57


Cela n'a qu'un lien lointain avec votre article, mais comme il y a de la place, un souvenir qui surgit là. Une expo photo vue à Arles cet été: cent personnes anonymes, photographiées, dans une
suite de 1 an à 100 ans. Aucun lien entre ces personnes d'âges différents, mais c'était impressionnant de suivre cette file de portraits, dans un sens ou dans l'autre, car indépendamment d'elles,
se dégageait un "truc" indéfinissable sur la vie, les formes de la vie, à la fois étrangères et reliées.
Cela donnait une autre vision du temps et de la vie.


Narf 29/11/2010 22:47


Ha merci! Merci.

Incoyable et épatant Vieux Jade! Mais quels abîmes avez-vous donc traversés pour nourir cette sensibilité et nous offrir ces mots-là?

Bon sang! Bon Dieu! ça donne la chair de poule de vous lire, de soupçonner votre univers intime et immense, illimité... mais malgré ce décapage, on en ressort intact, vivant? Y'a de l'espoir...vous
le prouvez.

Heu...depuis le dessin du pêcheur, ça vous arrive de jouer avec les couleurs, les ombres et les lumières?

Merci pour ce regard, si bien traduit en mots et en photos: aligner ainsi les autoportraits de Rembrandt...ben oui...ça parle...fort!

Ben merci. (Encore une fois, je sais pourquoi je copie-colle.)

Bon et si j'allais m'occuper de mon auto-portrait...


Vieux Jade 30/11/2010 07:48



Je ne dessine ni ne peins, mais j'aime la peinture, et en particulier Rembrandt. Cette série (il y en a beaucoup d'autres, j'ai pris ceux que j'ai trouvé sur le net) est remarquable. Cette expo
dont vous parlez, ça devait être bien. Une bonne idée.



LLéa 29/11/2010 17:44


Coucou ,


Un éclair au café ! Miam miam ! Fait maison !


Indisciplinée Léa .:)


danielleg 29/11/2010 13:59


quand il parle de cézanne,cela me fait penser a la magnifique chanson de Michel Berger 'cézanne peint'
Il dit a un moment "Et voila l'homme,qui croise avec ces yeux,le temps d' un éclair le regard de Dieu"
Joli n'est ce pas?


Vieux Jade 29/11/2010 16:43



"le temps d'un éclair", mais pas plus. C'est déjà beaucoup. Merci.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.