Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 11:02

Naufragé dans une jolie maison perdue dans la campagne nivernaise où Mme VJ aidait quelqu'un à surmonter une crise, je suis resté seul une heure et demie, dans le salon.

 

Après avoir épuisé les charmes d'une guitare made in china correcte mais austère, j'ai regardé la bibliothèque (en pleine décadence, on trouve encore des demeures qui abritent des livres).

 

On rencontre souvent chez les autres (ces précieux autres qui sont nous et pas nous à la fois, et pour lesquels nous sommes nous aussi ces précieux autres qui, etc.) ce qu'on n'a jamais eu l'occasion de rencontrer et de découvrir auparavant.

 

Parmi ces livres, l'un a retenu mon attention. Lui seul. Il se dressait sur ses petites pages et priait très fort : moi, moi,si fort, si fort, que c'était forcément lui que je devais choisir.

 

Lui.

 

Quand j'étais môme, ma mère m'avait fourgué une BD sur le curé d'Ars, l'"athlète de Dieu".  

 

En feuilletant ce bouquin, j'ai retrouvé cette terrible impression que le monde est une arène où s'affrontent éternellement le Bien et le Mal, Dieu, ce Pôle Lumineux, et le Démon, cette ignoble crapule maléfique, qui cherche à croquer tout ce qui dépasse, cet infernal ténia qui veut tout avaler.

 

Et, paradoxalement, au delà de cette rhétorique guerrière, un véritable enseignement de sagesse, véritable parce qu'expérimenté, subtil, profond et sincère.

 

Comment, pensais-je, peut-on rencontrer aussi mêlés la philosophie la plus pure, la plus limpide, appuyée sur tant d'exemples vivants - cette profonde connaissance qu'avait Jean-Marie Vianney, prêtre catholique hors normes, des êtres humains, de leurs carences, de leur détresse -, à une telle pathologie, une telle souffrance ?

 

L'histoire du Curé d'Ars, être éminemment respectable, profondément émouvant, m'a toujours laissé partagé, dès la BD de mes dix ans. A l'époque, je n'avais ni le recul ni la culture nécessaire pour développer mon propre système.

 

Ce curé de base, peu instruit mais terriblement exigeant et, d'une certaine manière, terre à terre, vivait un drame hallucinant, d'un genre qui me semble assez hallucinatoire. 

 

Quand au XXIème siècle, les plantes enthéogènes sont qualifiées d'hallucinogènes, pour effrayer les foules et diaboliser leur vertu émancipatrice, alors que pour le pélerin qui ne recherche pas la sensation, mais l'éclaircissement, elles sont une source de sagesse et de réconciliation entre les opposés,tout ce qui ressemble à la sensation d'une impitoyable guerre cosmique ou spirituelle doit être examiné de près.

 

Microbe débutant dans la recherche, je n'ai pas l'intention de juger cette espèce de géant qu'était le curé Vianney. Comme si un peintre du dimanche se mêlait de donner son avis sur Gauguin et Van Gogh.

 

Ce n'est pas un excès d'humilité. Le simple respect des proportions.

 

Que Monsieur Vianney me pardonne, mais j'ai le sentiment qu'outre son indéniable et admirable grandeur, il a projeté avec sa redoutable puissance créatrice un conflit personnel sur la scène du monde.

 

Son théâtre intérieur était extrêmement douloureux, pour des raisons qu'une analyse attentive aurait peut-être pu démêler, et partagé entre deux pôles inconciliables : Dieu, et le démon. Deux abimes.

 

Le plein, Dieu, et le manque, le voleur.

 

L'église catholique a excommunié les "manichéens", pour leur tendance à faire du principe négatif l'équivalent du principe lumineux.

 

Comment peut-elle faire alors du Curé d'Ars, irréductible guerrier, incapable d'envisager la moindre trêve, la moindre conjuctio oppositorum, pire, considérant toute union ou tentative d'union des contraires comme trahison, oeuvre du diable, le modèle des prêtres ?

 

Son but est-il la guerre à outrance ? Y trouverait-t-elle sa subsistance et sa justification ?

 

Si Dieu, principe de Lumière, et Lumière englobante n'a pas d'équivalent, pourquoi livrer de telles batailles ?

 

Voici ce que je ne comprends pas dans cet homme admirable, ce héros que je voudrais prendre dans mes bras, pour lui donner la pauvre paix qui vit en moi, le laisser pleurer sur mon sein - avec circonspection, cependant, puisque le Grappin traînait ses meubles dans sa chambre -, et qui peut-être, me qualifierait de démon.

 

Et puis, un homme peut-il tenir un homme dans ses bras ?

 

Plus loin : un être humain peut-il, sans péché, hormis la mère son enfant, serrer un autre humain dans ses bras ?

 

Pour en venir à la vraie question : a-t-il jamais connu la tendresse humaine ? Sa mère l'a-t-elle aimé, ou l'a-t-elle rejeté ? Quelqu'un, dans le monde des hommes, lui a-t-il accordé la moindre attention, le moindre regard, la moindre tendresse ?

 

Pour le Curé d'Ars, partout rôde le démon, l'ennemi, l'obstacle, ce tentateur, cette luxure permanente, et partout, dans la chair, il souille l'oeuvre spirituelle de Dieu.

 

Alors, que faisons-nous ici ? N'avons-nous pas le droit, et le devoir, même, de nous aimer à travers tous les filtres, toutes les vicissitudes, fûssent-elles celles de la chair ?    

 

La chair, l'incarnation sont-elles un obstacle, ou au contraire, ne sont-elles pas un tremplin pour reconnaître à travers elles l'Oeuvre de Dieu, le Grand Oeuvre, le Grand Magistère ?

 

Sauf le respect que j'ai à votre égard, et il est immense, Monsieur Vianney, je crois que toute la Création est l'oeuvre de Dieu, qu'elle est contrastée et parfois difficile à lire, à connaître et à avaler, et qu'elle n'est aussi partagée que pour nous aider à surmonter notre passion guerrière mortifère, et nous ramener peu à peu vers l'Unique.

 

Je crois que votre profonde sincérité a dessiné une frontière que nous devions profondément connaître, avant de tenter de la dépasser dans le rapprochement des contraires, et que notre temps, dans le continuum alchimique doit se consacrer à unir, non plus à séparer.

 

Je crois, j'espère que votre puissant esprit aide maintenant et bénit cette oeuvre de rapprochement, de réconciliation.

 

       

Partager cet article

Repost 0
Published by Vieux Jade - dans sauvages
commenter cet article

commentaires

Ned 23/10/2013 17:52


Hélas (sic) non juste un ressenti profond (re sic) ...


 

Vieux Jade 23/10/2013 18:24



Tant pis. Mais cette horreur de la chair et sa relation au péché pourrait venir de quelque chose de semblable. Cela dit, il a une doctrine concernant ce que nous appelons "ego", qui chez lui
s'appelle "orgueil", qui est limpide et tout à fait traditionnelle.



Ned 23/10/2013 14:34


Car il fut viol-hanté dans sa chair dans sa prime jeunesse avant son antrée au seminaire !


Jean-Marie tenta touta sa vie "d'excommunier" le péché de chair de l'autre !


la Chaire fut son refuge ! Où il atira le Démon (ou la mère veille !).


Un si gentil garçon démoli par la hiérarchie ... ( et pas celle des Anges )


 

Vieux Jade 23/10/2013 17:29



Oui, ça pourrait expliquer ce qu'il vivait. Merci de cette information. Un lien, éventuellement, pour préciser ?


Merci, Ned.



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.