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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 18:41

Ce soir, pour faire un pléonasme significatif, le feu brûle avec ardeur. Normal, le froid est vif, le vent mordant. Quand le temps est à la pluie, que rôde un brouillard rampant la flamme est molle, ondulée, caressante, incurvée, à reflets bleus, féminine. Flamme humide, gorgée d'eau. Mais là, par moins huit, les flammes sont oranges, ciselées, crépitantes, enlevées, âpres, dressées, masculines.

 

Hier en fin d'après-midi, alors que je me livrais à une tâche requérant toute mon attention, le téléphone sonne :

 

- Monsieur Machin ?

- Mouais ?

- Ici le journal la Montagne. Est-ce vous qui gérez les abonnements ?

- Les zabonnements ?

- Aux journaux !

- Ah oui, les zabonnements. Pas de chance, y a pas d'abonné au numéro demandé. Nous ne lisons aucun journal.

- Aucun journal ??? Mais alors, comment faites-vous pour savoir ce qui se passe autour de vous ???

- C'est simple. J'en n'ai rien à foutre.

- !!! (le mec est interloqué mais pas KO. Il poursuit) Mais pour connaître les programmes télé et radio, il faut bien un journal! (Là, il est content, il croit avoir mis un pied dans la porte).

- Pas de chance. On n'a pas la télé, ni la radio. Ça existe, vous venez d'en rencontrer.

- (intelligent le mec ne se laisse pas désarçonner, il embraie, quasi sûr de son coup) Alors si vous n'avez ni télé ni radio, il vous faut un journal, pour savoir ce qui se passe dans votre région !

- Je viens de vous dire que je n'en n'ai rien à foutre. Merci, au revoir.

 

Cet intéressant échange enfin clos, je me remets à l'ouvrage. Trois minutes passent et...dring !

 

- Monsieur Machin ?

- OUAAIS ?

- Ici l'EDF. Avec notre dernière facture, il y avait un document concernant les énergies renouvelables. L'avez-vous lu ?

- Non. Je l'ai foutu à la poubelle. Au revoir.

 

Bon. Une minute pour respirer, calmer le coeur. Le plus avisé a été le troisième qui n'a pas appelé. Parce que je crois que je lui mélangeais les sphincters à la glotte.

 

Toujours ta violence, VJ.

 

Mais je suis chez moi, dans ma maison. Je n'emmerde personne, je travaille attentivement. Un autre jour, une nana de l'Afrique du Nord, péremptoire : Bjour ! A ce genre de clairon, j'oppose toujours un silence menaçant. BJOUR!!! répète-t-elle du ton de l'institutrice chargée de m'apprendre la politesse. Alors qu'elle me dérange en pleine digestion, dans mon enclos perso. Mais c'est à moi de saisir que les temps ont changé, et que dorénavant l'intrusion à but commercial ou policier doit être saluée plus bas que terre.

 

Je défonce ta porte et tu dis merci.

 

En fait, le but n'est pas commercial. Il est bien plus insidieux. Il est de rompre ton intimité. Que nulle part tu n'aies plus de lieu à toi, d'île où te ressourcer, communier avec ton Origine.

 

Les esclaves jetables qui te harcèlent gagnent à peine de quoi recommencer à te harceler le lendemain, mais c'est ça, le but, le vrai, le seul, l'unique but : te mordre comme les chiens de meute mordent le cerf aux jarrets, au ventre. Te rendre fou, t'enlever tout repos, te désespérer.

 

Les anciens parlaient de la Maisnie Hellequin, la chasse du Diable.

 

C'est à elle que nous sommes donnés en pâture, dont nous sommes le gibier. Et cette chasse nous pousse toujours plus loin.

 

Nous tue ou nous donne la vitesse et l'élan qu'il faut pour sauter d'un état à un autre.

 

En 1244, deux cent sept personnes  assiégées  firent le saut.

 

Le feu était vif, ce jour là, comme ce soir.

 

Au fait, Monsieur l'Inquisiteur de la Montagne : le feu me renseigne suffisamment sur l'état du monde, je le regarde chaque soir, l'hiver. C'est ma télé, ma radio, mon journal.

 

L'été, c'est le ciel que je contemple. 

 

 

 

 

 

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Published by Vieux Jade - dans légumes verts
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commentaires

Korrigan 16/12/2012 11:21


Hormis le fait que les vieux journaux que je n’achète jamais à l’état neuf sont pratiques pour allumer le feu dans la cheminée,
ceux-ci révèlent parfois quelques moments savoureux :


 


« Tire-lait électrique POMP. Au comptant 65000 francs ; ou traites mensuelles »


(Maison de la santé de France, octobre 1953)


 


« Marcel Gagnon, soixante-dix ans, s’est suicidé de cinq coups de revolver dans la tempe, tirés chacun à un quart d’heure
d’intervalle »


(La République du Centre, août 1954)


 


« Un ancien garde-chiourme accuse : ‘L’escroc c’est l’état’. Dans le doute, le tribunal le condamne à trois mois de
prison »


(Paris-Presse mars 1953)


 


« L’exil doré mais nostalgique de l’ex-sultan du Maroc et de son harem, Ben Youssef parmi ses Négresses caresse les plus
noirs desseins »


(Dauphiné Libéré décembre 1953)


 


« Les premières transpirations de la réunion préparatoire de la fête viennent de nous parvenir. Elles sont abondantes et de
bonne qualité »


(Courrier du Maroc novembre 1955)


 


Extraits de « L’humour involontaire » J.L.Chifflet

Vieux Jade 16/12/2012 12:31



Merci, je trouve vraiment rassurant que la "réalité" dépasse toujours, et largement, ce que la fiction aurait du mal à imposer.


Pour ma part, ayant découvert chez un brocanteur un traité de morale de 1890, intitulé : "Echos du pensionnat et catéchisme de la persévérance", à l'usage des demoiselles bourgeoises, je me
délecte de voir que derrière l'emballage catho (le démon, le mal) et "matrix" (soumission au réel, au prince), on devine le mécanisme de la projection (équivalence dehors/dedans) et on retrouve
les grands exercices de lucidité enseignés depuis l'aube des temps.


A lire par petites doses, bien sûr. Mais comme je relis Baudelaire (Paradis artificiels), PKD (romans et nouvelles), Hugo (Misérables) et autres concomitamment, ça va.



LLéa 16/12/2012 00:06


:)


 


L R.


 


Grosses bises a vous,

danielleg 14/12/2012 13:31


' Toujours ta violence VJ ' :)))


Ce qui m'étonne Jade, c'est que vous ne vous serviez pas de cette violence comme tremplin?

Vieux Jade 14/12/2012 15:16



Allez, j'y vais :


http://www.youtube.com/watch?v=y_wkQBDDgvI&feature=player_embedded#!


:)



LLéa 13/12/2012 23:37


:)


Bonsoir,


 


Oho ... merci Jade. C'est formidable, ceci est une convergitude.


J'ai le même numéro, mais a l'envers. Pas le même monde ... ;)


 


Bises a toussss,

Vieux Jade 14/12/2012 15:19







LLéa 12/12/2012 22:55


:)))))))


 


Bonsoir,


 


Jade, communique moi ton numéro de téléphone, je te donnerais une combine pour ne plus être harcelé! ,)


 


Bises,

Vieux Jade 13/12/2012 13:01



01 23 45 67 89



Présentation

  • : Le jardin de Vieux Jade
  • : Arrivages du jour, légumes secs, mauvaises herbes, quelques trucs qui arrachent la gueule. Taupes, censeurs et culs bénits s'abstenir. Si vous cherchez des certitudes, c'est pas l'endroit.
  • Contact

Décidément rétif à l'ordre bestial, j'ai fixé ma résidence ailleurs, d'où j'observe le déroulement des temps infernaux, fumier des plus belles fleurs.  J'ai un jardin secret, où les plantes poussent toutes seules. Servez-vous, si le coeur vous en dit, sans tenir compte de la chronologie, car comme le mot le dit clairement, l'heure est un leurre.

 

Une précision concernant les commentaires : n'ayant pas toujours le temps ni l'énergie de répondre aux commentaires, ceux-ci restent ouverts, sans aucune garantie que j'y réponde. Je me réserve cependant le droit de sabrer les inconvenances, dont je reste seul juge.

 

Ici, je n'est pas un autre.

Recherche

Lave

Après l’explosion

Nul ne l’a sue

Le jour d’après

Coule la lave

Brûlent les cendres

Lave la lave

Mange la louve

Larmes sans sel

De régime

Cuit et recuit 

Frottent les cendres

Récurent

 

Pas encore nu,

Pas tout à fait ?

Restent des choses

Bien accrochées

Des salissures

De vieux fantômes

D’anciennes guerres

 

Qui peut le faire, si ce n'est toi ? 

 

Nettoie

 

Les notes glissent

Comme des larmes

Gouttes de feu

Sur la paroi

 

Qui m’a volé le cœur ?

Qui m’a trempé vivant,

Comme une lame ?

Qui m’a fouetté les yeux,

M’a déchiré le ventre

Me baisant les paupières

Et m’enduisant de baume,

Me prenant par la main,

Pour me conduire

Dehors ?

Les dits de Lao Yu

LE BUT DE LA QUÊTE EST DE N'AVOIR

NI BUT, NI QUÊTE

 

***

 

QUE SAIT-IL DE LA PESANTEUR,

CELUI QUI N'EST JAMAIS TOMBÉ ?

 

***

 

C'EST SOUVENT LORSQU'ELLE S'ENFUIT QU'ON PERÇOIT L'ESSENCE DE LA BEAUTÉ

 

***

 

LA MER A DES MILLIARDS DE VAGUES QUI BATTENT TOUS LES RIVAGES. OU EST LE CENTRE DE LA MER ?

 

***

 

CE QUI EST MORT N'A AUCUN POUVOIR SUR CE QUI EST VIVANT

SEULS LES MORTS CRAIGNENT LES MORTS

 

***

 

QUAND LE NID BRÛLE, LES OISEAUX S’ENVOLENT

 

***

 

C’EST DANS LA CHUTE QUE LES AILES POUSSENT

 

***

 

CE QUI PEUT ÊTRE PERDU EST SANS VALEUR

 

***

 

LA MAISON EST PLUS GRANDE QUE LA PORTE

 

***

 

L’ERREUR EST LA VOIE

 

***

 

LA ROUTE EST DURE A CELUI QUI BOÎTE

 

***

 

LA LUMIERE DE L’ETOILE EST DANS L’ŒIL QUI LA REGARDE

 

***

 

LES PETITS NOURRISSENT LES GRANDS

 

***

 

LES RICHES ONT UNE BOUCHE
MAIS PAS DE MAINS POUR LA REMPLIR

C’EST POURQUOI IL LEUR FAUT
DE NOMBREUX SERVITEURS ;


CEUX QUI ONT DE NOMBREUX SERVITEURS
NE SAURAIENT VIVRE SEULS,

CE SONT DONC DES PAUVRES ;


CELUI QUI PEUT VIVRE SANS SERVITEURS 
EST DONC LE VERITABLE RICHE.

 

***

 

VIVRE C’EST REVENIR SUR SES PAS

 

***

 

LA NUIT LAVE LE LINGE DU SOLEIL

 

***

 

LES RUISSEAUX EMPORTENT LES MONTAGNES

 

***

 

UNE EPINE DANS LE PIED DU GENERAL : L’ARMEE S’ARRÊTE


***
 


UN PORC EN HABITS DE SOIE RESTE UN PORC,
COMME UN DIAMANT DANS LE FUMIER

RESTE UN DIAMANT.

MAIS LA PLACE D’ UN DIAMANT

EST DANS UN ECRIN DE SOIE,

ET CELLE D’UN PORC DANS LE FUMIER.

 

***

 

COMME SEULE L’EAU ETANCHE LA SOIF,
SEULE LA JUSTICE COMBLE LA FAIM DE JUSTICE

 

***

 

DU COLIBRI A L’AIGLE, IL EXISTE DE NOMBREUX OISEAUX

 

***

 

LE DEDANS REGLE LE DEHORS

 

***

 

L’EPONGE BOIT LE VIN RENVERSÉ
ET LA ROSÉE DU MATIN

 

 

***  

 

LORSQU'IL DECOUVRE LE MIEL,

L'OURS OUBLIE LA PIQÛRE DES ABEILLES

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez-Moi Lisez Moi Lisez Moi

Des mots des mots des mots des

Quand à un livre je me livre , ce que je lis me délie.

 

 

Je me demande pourquoi on n'a pas encore une loi qui oblige à faire bouillir les bébés à la naissance, afin qu'ils soient parfaitement stérilisés.

 

Circuler, pour mieux s'ôter.

Toute notre vie, on attend une grande cause pour se lever, et on passe sa vie accroupi, à croupir.

Le lucane aime prendre l'R le soir à sa lucarne.

Ce qu’il y a de bien dans l’état de siège, c’est qu’on prend le temps de s’asseoir.

 

 

Les oiseaux sont les poissons du ciel,

nous en sommes les crabes


Heureux les déjantés, ils quitteront plus facilement la route commune!

 
L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue.


Un vrai sosie, c’est invraisemblable.

   

Quand je grossis, je m’aigris ; et quand je m’aigris, je grossis.

   

Le temps, c’est de l’urgent.

   

Joindre l’utile au désagréable : se faire renverser par une ambulance.  

 

Le journal du paradis, c’est le Daily Cieux.

   

Yfaut et Yaka sont dans un bateau ; Yfaut tombe à l’eau, Yaka l’repêcher.

 

Chaque matin, s’ils ne sont pas morts, les vieux vont aux nouvelles.

 

Le poète a latitude d’explorer toutes les longitudes.

   

Etre réduit à la portion congrue, c’est fort peu. Moins, c’est incongru.

 

Peut-on dire de quelqu’un
dont la vie dépend des autres pour tout qu’il
est riche ?
La bouche est elle riche ?

Peut-on dire de quelqu’un
qui n’a rien à attendre des autres qu’il est pauvre ?
Les mains sont elles pauvres ?

 

Curieux comme mystique s’oppose à mastoc.

 

On a mis bien des ouvrages majeurs à l’index.

 

Quand le brouillard tombe, on voudrait qu’il se casse.

 

Au matin, la nuit tombe de sommeil.